NOTE SUR LA REDUCTION DE LA DETTE PUBLIQUE : SEPTIEME PARTIE

SEPTIÈME PARTIE : QUEL CHEMIN POUR LA FRANCE ?

 1 – Un peu d’histoire

Lorsqu’elle l’a été la dette a été maîtrisée (on parle de consolidation de la dette) après l’élection d’un nouveau gouvernement à la suite d’une campagne électorale menée sur ce thème. Ce fut le cas en Australie (1984), au Canada (1993), Danemark (1983).

Au surplus dès lors qu’une telle politique était engagée, les mêmes efforts budgétaires se poursuivaient avec des majorités différentes. En Suède les consolidations débutant en 1981 et 1993, ont été poursuivies par des gouvernements qui ne les avaient pas engagées. Aux États-Unis, la consolidation budgétaire engagée par Bill Clinton en 1993 avec une majorité démocrate fut poursuivie avec une majorité républicaine jusqu’en 2000.

Cela signifie qu’il s’agit d’un bouleversement politique au sens noble du terme, engageant la nation dans un effort collectif de long terme qui requiert l’adhésion de la population, car elle a compris que la situation était grave.

Evidemment des exemples comme ceux du groupe Total, rapatriant en France ses filiales implantées dans des paradis fiscaux faciliteraient la chose. Evidemment la lutte contre l’exil fiscal et les rémunérations immorales faciliteraient la chose. Mais dans un contexte de prise de conscience généralisée, le gouvernement a les moyens de convaincre les uns et les autres de montrer l’exemple.

Dans un effort de maîtrise de dépenses les dépenses d’investissement sont les plus faciles à diminuer car elles ont beaucoup moins d’impact politique que la baisse des dépenses de fonctionnement qui touchent les salaires, la redistribution sociale et les transferts aux collectivités. Mais elles ont le mérite de préparer les lendemains alors que la hausse des dépenses de fonctionnement ne fait qu’aggraver la situation.

Les consolidations suédoise et finlandaise de 1993-97 ont été marquées par un effort sur des changements structurels privilégiant la croissance et l’innovation. Avec l’adhésion des partis politiques et des partenaires sociaux, les gouvernements ont pu réduire les dépenses sociales très élevées jusque là, diminuer et rationnaliser les dépenses de fonctionnement, renforcer la R&D, l’enseignement supérieur et la formation professionnelle. Les partenariats publics privés ont été systématiquement encouragés.

2 – Le nouveau contexte européen

Il existait jusqu’ici une pensée dominante selon laquelle le déficit public était un mal en soi. Or l’investissement public en innovation et en infrastructures, augmenté par la coopération des entreprises, est un facteur majeur de croissance. C’est du bon déficit générateur de recettes futures.

Aujourd’hui l’UE longtemps dominée par le strict dogme de la maîtrise à tous prix des déficits a évolué d’une part avec le plan Juncker qui a vocation à financer directement des investissements en infrastructures et avec la mise en place l’assouplissement quantitatif, qui pourrait permettre de mettre à disposition des entreprises désireuse de se développer des capitaux à des taux réduits.

Mais cela ne dispense pas la France de mener son propre effort sur la maîtrise de ses dépenses et si la situation le permet, d’améliorer ses recettes. Pour ce faire il convient d’avoir une vision globale de la manière dont fonctionne l’économie de la France. Les biens et services dont elle dispose proviennent de sa production propre (son PIB) et de des importations. Elle utilise ces ressources (les biens et services) en consommant (63%), en exportant (19 %) et en investissant (17,5%) :

TableauP71

La maîtrise des dépenses

Maîtriser ses dépenses cela signifie agir sur les salaires de la fonction publique et diminuer ses dépenses de transferts vers les collectivités locales en simplifiant son organisation administrative et celle des collectivités locales.

Il faudra commencer par les dépenses de l’Etat représentant 95 % du total des ses dépenses, celles relatives à ses services généraux, à la protection sociale, à l’enseignement, aux affaires économiques, à la défense (ponctionnée depuis de nombreuses années car elle est la grande muette) et l’ordre et la sécurité. Cela aura une incidence sur la charge de la dette, puisque le besoin de financement diminuera.

L’amélioration des recettes

Les actions visant à améliorer les recettes doivent tenir compte de l’évolution des grandes composantes de l’économie du pays :

TableauP72

stable dans le mode l’utilisation du total des biens et services utilisés (61%), une hausse des exportations qui correspond en lien avec l’augmentation de la valeur du PIB (les exportations qui représentaient 21 % du PIB en représentent 28 % en 2013). Mais la part l’investissement dans le mode l’utilisation du total des biens et services utilisés baisse (- 3%) sur la période. D’ailleurs l’investissement ne représente plus que 22 % du PIB en 2013, alors qu’il en représentait 24 % en 1980.

Comme les recettes provenant des impôts ont fortement progressé, passant de 110 Mds d’€ en 2010 à 144 Mds d’€ en 2013, soit une augmentation de 34 Mds sur 4 exercices, soit une augmentation moyenne de 8,5 Mds d’€ par an, cette ressource est épuisée.

Reste la TVA dont le total des recettes a faiblement progressé : de 136 Mds d’€ en 2010 à 144 Mds d’€ en 2013, soit 8 Mds d’€ en 4 exercices, soit une augmentation moyenne annuelle de 2 Mds d’€, dont une partie est en lien avec la croissance (2% en 2010, 2,1 % en 2011, 0,3 % en 2012 et 2013), croissance qui repose à plus de 60 % sur la consommation des biens et services produits en France et de ceux qui sont importés.

Toute hausse de la TVA provoque d’abord une légère hausse de l’inflation. Suivant la Banque de France (Quels sont les effets sur l’inflation des changements de TVA en France ? – Bulletin de la Banque de France • N° 194 • 4e trimestre 2013) lors du passage du taux normal de TVA de 18,6 % à 20,6 %, en 1995, il résulte que l’impact sur l’inflation est de 0,8 point de pourcentage : l’inflation de 0,9 % en 2013 passerait à 1,7 % et celle de 2014 de 0, 5% passerait à 1,3 %. Si l’inflation reste faible, en deçà de 2% c’est de la bonne inflation. Au-delà elle se répercute sur les taux d’emprunt et alourdit la dette.

D’un point de vue économique, l’inflation peut être favorable à certaines situations. C’est le cas notamment des emprunts à taux fixes : si l’inflation augmente, le débiteur continue de payer la même somme chaque mois, mais les intérêts perçus par la banque sont diminués de l’inflation. Donc en réalité, le prêt remboursé revient moins cher qu’au départ au débiteur. De plus, l’inflation finit par entraîner une hausse des salaires : mais comme cette hausse s’exécute toujours en décalage, la baisse du pouvoir d’achat provoque des tensions sociales, avant qu’intervienne un certain retour à l’équilibre. Si une moindre hausse des salaires, y compris celle des dirigeants, est consentie dans le cadre d’un effort national, la compétitivité de l’économie sera renforcée et permettra de créer de l’emploi.

Toute hausse de TVA est ressentie comme injuste car frappant les plus démunis au même taux que les plus riches. Mais elle a le mérite de rendre plus chers les produits importés. En l’associant à une baisse des cotisations sociales (donc une baisse d’une partie des recettes globales) elle permettrait aux entreprises françaises de vendre moins chers leurs produits à leurs pays voisins. Ce serait une baisse des prix à l’exportation, mais seulement vers les pays de l’UE, car l’écart de prix à la production est trop important avec les pays du tiers monde et de la Chine (charges sociales inexistantes et conditions de travail sans commune mesure). Mais la difficulté est de prévoir ce que feront les entreprises de ce surplus de TVA (qui donnera également lieu à de la fraude). Si elles répercutent le surplus des ventes hors du territoire national, par une baisse des prix en France la consommation s’améliorera. Si elles ne le font pas et renforcent leur fonds propres, alors la hausse de TVA aura un effet récessif sur la consommation et finalement sur le PIB.

On mesure à travers l’exemple de l’usage fait par les entreprises du surplus de recettes combien, l’effort de redressement nécessite un accord démocratique large et également un accord des acteurs économiques. Or pour le moment les Français sont dans une attitude de protection de leurs intérêts catégoriels, largement alimentée par les oppositions respectives depuis 35 ans, au travers d’un manichéisme qui n’a plus lieu d’être face au défi de la dette publique.

Aussi convient t-il de rappeler qu’une hausse de 2 points de TVA provoquerait une inflation totale inférieure à 2 % et un surplus de recettes de 14,1 Mds d’€ soit de quoi compenser 50 % du solde primaire de 2013 !

Le défi du prochain Président de la République sera de faire prendre conscience aux français de ce défi, de proposer une socle d’objectif qui recueille l’assentiment d’une large majorité et de les mettre en œuvre rapidement en utilisant également le référendum pour passer outre aux blocages des représentations catégorielles, toujours dans la 1ère année d’élection. A défaut les vieux réflexes reprendront le dessus.

« Fora u dente, fora a pena »

La suite dans un prochain article… 

ANNONCE DE LA SECONDE REUNION PUBLIQUE DU 28 MAI 2015

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La première réunion publique du cercle de réflexion « I CHJASSI DI U CUMUNU », porté recemment sur les fonds baptismaux,  qui a eu lieu le jeudi  23 avril 2015 autour de la thématique:  « Pourquoi ce cercle de réflexion aujourd’hui ?» a donné lieu à des  premiers échanges forts riches et a permis aux organisateurs de présenter la démarche autour de leurs  engagements, leurs objectifs, leur mode d’organisation, ainsi que leurs moyens d’action
Suite à cette première réunion, les membres fondateurs du cercle « I CHJASSI DI U CUMUNU »,  invitent toutes les personnes intéressées  à la deuxième réunion publique,  le jeudi 28 mai 2015 , au Bistrot du Cours (Aiacciu) à 20 h sur le thème « Évolutions institutionnelles, pour quoi faire ? ».
Programme de la réunion

La réunion se décomposera en 6 parties distinctes avec des buts et des intervenants différents :

  1. Présentation du cercle et du principe de la réunion (JL Rossi)
  2. Présentation du thème du jour dans un contexte plus général, ses limites, les perspectives et le cadre des échanges qui suivront (P Poggioli)
  3. Présentation de quelques  éléments  nécessaires à la discussion (J Taddei)
  4. Présentation d’une option pragmatique et dite « efficace ». Énumération de quelques pistes (T Fieschi)
  5.  Parole à la salle
    • Explication de  la règle utilisée pour la prise de parole ( « bâton de parole ») (F Bonardi)
    • Passage du bâton et « timing » (F Bonardi)
    • « Chairman  » (P Poggioli)
  6. Conclusion (JL Rossi)

« Chì vole stà, Un’ esci da a so casa »

PRINCIPE DU BATON DE PAROLE

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Lors de nos réunions, la prise de parole des différents intervenants est régie par une règle dite du bâton de parole.

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Origines

Cette règle était à l’origine pratiquée par les Indiens d’Amérique du Nord pendant les conseils. Son porteur pouvait parler et exprimer son point de vue sans interruption. Le bâton de parole circulait d’un orateur à l’autre. Ce principe permettant ainsi à chacun de s’exprimer sans être interrompu dans l’harmonie et le respect. Plusieurs symboles y sont associés, représentant  des aptitudes dont le porteur doit faire preuve pour être digne de prendre la parole. Par exemple : parler avec courage et sagesse, se montrer doux et chaleureux, parler avec pouvoir et force…

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Principes et objectifs

Aujourd’hui, lors de nos réunions, nous faisons passer le  bâton de parole  aux participants assis. Celle ou celui qui détient le bâton de parole en main est le seul à pouvoir parler tandis que les autres lui accordent leur attention. Le temps de parole est égal entre les participants. Un animateur est chargé de passer le bâton de parole et de chronométrer les interventions.

  • Chacun parle sur le thème de la réunion.
  • Il n’y a pas d’évaluation ni de jugement de l’animateur.
  • Personne ne critique ni ne se moque.
  • Chaque intervention est reportée par écrit et retranscrite dans une synthèse publiée sur le blog.

Donc, celui qui prend le bâton a quelque chose à dire et demande l’écoute, l’attention et le respect de tous. Il n’est pas interrompu. 
Il ne s’agit pas de questionner ou d’interpeller un autre participant mais au contraire d’exprimer, une idée, un fait, un sentiment…

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Remarque

L’animateur choisit le bâton de parole qui n’est d’ailleurs pas obligatoirement un bâton.

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Conclusion

Le bâton de parole, originaire des traditions nord-amérindiennes, est donc maintenant un outil servant à réguler la parole au sein d’un groupe. Cette règle simple instaure une écoute respectueuse et une ambiance calme, libérée de la crainte de pouvoir se faire couper la parole. De plus, le temps que le bâton parvienne au participant désireux de s’exprimer, ce dernier a l’opportunité de mûrir et synthétiser le message qu’il souhaite faire passer.

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TRIBUNE LIBRE : L’OCCULTATION DE LA RÉALITÉ

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Mon dernier billet sur la prochaine disparition des lignes maritimes avec la Sardaigne que j’ai récemment publié sur mon blog a suscité de nombreuses visites.
Mais visiblement les politiques corses sont restés muets : crainte de s’engager, crainte de la concurrence de nos amis sardes, je ne sais….
 
Il n’en reste pas moins que la réalité est là. L’équipe des CHJASSI DI U CUMUNU a bien voulu relayer mon analyse de ce sujet. Je l’en remercie vivement et exprime mon soutien à ce nouvel espace d’expression et de vie démocratique. 

Il y a quelques mois, un ami de PORTIVECCHJU m’a recommandé la lecture d’un livre de Jean PEYRELEVADE intitulé « Histoire d’une névrose, la France et son économie ».

L’homme, polytechnicien, banquier, chef d’entreprise, est connu pour son engagement au centre gauche (cabinet de pierre Mauroy en 1981 puis soutien de François Bayrou en 2007). Dans son ouvrage il décrit une France incapable de comprendre l’économie. Le pays a une tradition de pouvoir absolu, depuis la monarchie jusqu’à notre Vème République où l’ordre politique entend tout gouverner. Le déplacement de François Hollande au Qatar pour la vente des avions Rafales en est une illustration récente.

Certes la géopolitique est toujours intervenue dans les affaires économiques, mais encore faut-il alimenter la création économique, l’innovation et l’entreprise pour que le politique donne un coup de pouce à l’économie. Or la France a toujours négligé l’entreprise et ses entrepreneurs. Les Français se méfient d’ailleurs des entreprises et de ceux qui les dirigent, craignant exploitation et inégalités. Ils attendent davantage de l’Etat que de l’initiative privée. Or aujourd’hui l’Etat est à bout de souffle empêtré par ses déficits et se tourne enfin vers les dites entreprises.

Et la Corse dans cette histoire ? Eh bien, elle est encore plus française que la France dans cette attitude !

Voyez l’actualité récente : le lien maritime avec la Sardaigne est en passe d’être coupé ! La CMN qui assure les liaisons avec PORTO TORRES est en sursis à Propriano et la SAREMAR qui assure les liaisons avec SANTA TERESA l’est tout autant à Bonifacio. Rien de moins…..

L’économie de deux microrégions (Valinco et Grand Sud) va subir un sacré choc ! Jugez-en au vu des chiffres qui figurent dans les développements suivants, tirés de l’excellent site de l’Observatoire Régional des Transports de la Corse (http://ortc.info/)

1 – Pour le Valinco

En moyenne la liaison avec PORTO TORRES assure 5 000 passagers (passagers aller et retour ou PASS A/R) par an. Anecdotique direz-vous. Mais si l’on regarde sur les dernières années le trafic passager (MARS-CMN signifie liaison Marseille par la CMN) est le suivant :

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Quand on sait que la CMN n’est pas rentable dans des conditions normales (éloignement avec Marseille car la ligne desservait Marseille-Propriano-Porto Torres, faiblesse des échanges), quand on ne sait que trop ce que sera le futur de la SNCM, à chacun de regarder les moyennes des passagers transportés sur quatre exercices.

Il y a plus de 100 000 passagers dans la balance à Propriano !

S’agissant du fret, le trafic avec PORTO TORRES a permis de s’approcher des 70 000 Tonnes en 2012, tandis que la moyenne sur ces derniers exercices est de 56 000 tonnes (entrées et sorties ou E&S) de marchandises et matériels transportés par an :

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Il y aura donc 56 000 tonnes de marchandises et matériel qui ne transiteront plus par le port de Propriano !

2 – Le Grand Sud

S’agissant des passagers les données des derniers exercices sont les suivantes :

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Sans la SAREMAR il ne restera que la MOBY qui assure les liaisons estivales et qui mordra sur les 120 000 passagers de la SAREMAR (moyenne), mais elle ne compensera pas l’absence de trafic hors saison estivale.

Nous serons loin des 250 000 passagers transportés en moyenne chaque année !

S’agissant du fret la situation est encore plus grave, car la SAREMAR en disposant d’une liaison continue sur l’année assure le transport de 63 % des 70 000 tonnes de marchandises et matériels qui transitent par Bonifacio :

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Nous serons loin des 70 000 tonnes de marchandises et matériels transportés en moyenne chaque année !

3 – Une Corse encore plus française que la France

C’était la formule que j’utilisais en introduction de ce billet.

Que se passe t-il face à cette catastrophe économique annoncée ? Rien strictement rien !

La droite a été trop préoccupée à se déchirer pour le conseil départemental 2A et s’interroge sur le meilleur candidat aux territoriales de décembre prochain.

La gauche est en recomposition avec le PS et le PC qui sont, pour des raisons différentes, dans et hors de la majorité de Paul GIACOBBI.

Les deux composantes nationalistes sont dans un bouillonnement d’alliances supputées et de prééminence de leadership, doublé d’une angoissante interrogation sur la conception unique ou multiple de FEMU A CORSICA.

Nous sommes exactement dans ce que décrit PEYRELEVADE : la Corse est installée dans une tradition de supériorité du politique sur les réalités économiques. Et pourtant Propriano et Bonifacio sont bien en Corse ! Et pourtant il y a bien des entreprises et des familles qui vivent de ce trafic de passagers et de fret !

En Corse, vient s’ajouter à cette conception purement française, une occultation des réalités quotidiennes. C’est la raison pour laquelle je dis que la Corse encore plus française que la France !

C’est inconcevable pour les entreprises et leurs salariés que je représente en qualité d’élu consulaire.

C’est inconcevable parce que :

→les pouvoirs publics n’entament pas une consultation avec les professionnels qui vivent directement ou indirectement de ces liaisons, avec les chambres consulaires, afin de mettre en place des solutions alternatives ;

→la liaison avec la Sardaigne qui s’impose géographiquement n’est pas examinée de manière globale avec les trois ports secondaires ;

→le troisième port du Grand Sud, Porto-Vecchio, n’entretient aucune liaison avec la Sardaigne et qu’il ne semble préoccupé que par son port de plaisance.

C’est inconcevable car existent :

→un programme INSULEUR porté par les chambres de commerce des pays méditerranéens qui vise à permettre aux iles de l’UE de disposer de moyens de développement spécifiques (il n’y a pas que la Corse qui est une île au sein de l’UE…..),

→un programme de coopération transfrontalière Italie-France permettant des liaisons avec la Sardaigne.

Mais rien on n’entend rien, on ne voit rien, on ne dit rien, car nous avons mis un grand couvercle sur les difficultés à venir. Mais quand la crise annoncée viendra, le couvercle risque de se promener du Cap Corse à Bonifacio et même de se retrouver en Sardaigne !

Antoine MONDOLONI,

Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Corse. 

NOTE SUR LA REDUCTION DE LA DETTE PUBLIQUE : SIXIEME PARTIE

SIXIÈME PARTIE : LA DETTE PUBLIQUE

Le raccourcissement du temps politique du à l’entrée en vigueur du quinquennat, associé au manque de décision depuis plus de trente ans, a figé la prise de décision à long terme pour privilégier une prise de décision à moyen terme en début de mandat et à court terme en cours de mandat, afin de ne pas provoquer de mécontentement dans le corps électoral, mécontentement alimenté par l’opposition, quelle que soit sa couleur.

De fait la France, faute de décisions courageuses et d’un schéma politique manichéen, n’a pas su mettre en œuvre une politique de redressement de ses finances publiques. Puis survient la crise financière de 2008, examinée à l’aune des pays les plus importants de la zone Euro, soit 90 % de sa population :

TableauP61

En 2009, le total des dettes publiques des pays les plus importants de la zone euro (90 % de sa population) était de l’ordre de 80% du PIB. Il était fin 2013 à 95 % et serait plus élevé si la Grèce faisait partie de ce calcul :

TableauP62

En clair cela signifie qu’en 2009, pour 1000 Mds d’€ de richesse produites la dette des plus importants pays de la zone euro était de 781 mds d’€, et qu’en 2013, toujours pour 1000 Mds d’€ de richesses produites, la dette était passée à 950 Mds d’€.

En proportion du PIB, aucun pays n’a vu sa dette baisser, sauf l’Allemagne en 2013 ! De sorte que l’importance des dettes publiques pose aujourd’hui problème. Ces dettes ont augmenté dans une indifférence générale et la situation n’est devenue critique qu’en 2009, lors de la crise financière qui a débuté aux USA, avec des banques qui ne se faisaient plus confiance et qui n’accoraient qu’une confiance relative aux pays endettés, de sorte qu’il était de plus en plus difficile pour les Etats de se procurer des emprunts pour financer leur dette.

Cette crise de la dette issue de l’irresponsabilité politique généralisée (dans chaque pays les gouvernements préoccupés par la conservation du pouvoir ne n’ont pas pris les mesures nécessaires pour remédier à la lente dégradation de leurs dettes publiques respectives) a entraîné une hausse généralisée du chômage, occasionné d’immenses perte de revenus et de nombreuses faillites, généré récession et précarité.

Ainsi à la fin du 3ème trimestre 2014, la dette publique excède 100% du PIB dans six pays de la zone euro (Belgique à 108, Chypre à 105, Grèce à 176, Irlande à 115, Italie à 132 et Portugal à 131), et approche 100% dans deux autres pays (Espagne à 97 et France à 95). Tous ces pays, parmi lesquels quelques grands (France, Italie, Espagne), sont dans la zone dangereuse.

Ils peuvent se retrouver en crise du jour au lendemain, suivant une variation des taux. Que l’un ou l’autre de ces grands trébuche, et la zone euro sera dans une situation qui n’aurait plus rien à voir avec la crise grecque.

Or, Grèce mise à part où la dette est détenu par le FMI (32 Mds d’€), les pays de l’UE (53 Mds d’€) et la BCE au travers du FESF, Fonds européen de stabilité financière (142 Mds d’€), les dettes publiques de la zone euro sont détenues à 40 % par les banques centrales et les institutions financières de chacun des pays.

Plusieurs solutions s’offrent pour permettre aux pays d’investir à nouveau et de faire repartir l’économie de la zone euro.

1 – Solution 1

Tout d’abord effacer une partie de la dette publique d’un pays ce qui revient donc à faire perdre beaucoup d’argent aux banques de la zone euro, des dégâts salariaux et une baisse généralisée des crédits. Si certaines s’effondrent, il faudra alors les secourir. Comme il est probable que les marchés financiers refuseront de prêter à une si vaste échelle et dans un contexte si difficile, il faudra faire appel aux autres pays et au FMI, ce que nul ne peut imaginer car face à de tels ordres de grandeurs nul ne sait ce qu’il adviendra.

2 – Solution 2

Ensuite, les pays endettés proposent de transformer les dettes nationales en dettes européennes, garanties par tous les membres de la zone euro. Chaque pays continuerait à essayer d’honorer sa part, mais, en cas de trop grosses difficultés, tout ou partie de sa dette serait prise en charge par les autres pays. Naturellement, les pays moins endettés, Allemagne en tête, ne veulent pas en entendre parler.

3 – Solution 3

Enfin la BCE vient de mettre en place, l’assouplissement quantitatif (en anglais, QE pour QUANTITATIVE EASING). Ce mécanisme prévoit que la BCE va acheter jusqu’à 30 % des dettes publiques en proportion des parts de capital que chaque pays en déteint (Le capital de la BCE est de 7 620 milliards d’€). Mais en réalité, ce programme d’assouplissement monétaire est surtout porté par les banques centrales nationales.

Seuls 20 % des titres achetés seront soumis à un partage des risques, c’est-à-dire que les pertes éventuelles qui en découleront seront assumées par tous les contribuables de la zone euro. Pour les 80 % restants, chaque banque centrale nationale achètera des titres de son pays et en supportera les risques. Donc c’est le contribuable de chaque pays qui supportera 80 % des pertes.

Dans les faits les choses vont se passer de la manière suivante : la BCE va acheter des dettes publiques principalement aux institutions financières, ce qui fait baisser les taux. (NB : plus il y a d’achat du produit « monnaie », plus son prix baisse).

Ceci a en théorie deux conséquences :

→Les Etats font plus de déficit et de dette qu’initialement, pour financer directement des investissements en infrastructures via l’EFSI, le Fonds Européen pour l’Investissement Stratégique, ce qui est probable ;

→Les banques se retrouvent avec des actifs (de l’argent) qu’elles sont en mesure de prêter aux entreprises, ce qui va leur rapporter des bénéfices et qui va permettre aux dites entreprises d’investir et de relancer leur activité.

Mais il y a deux hics.

Premier hic : pour relancer l’activité les entreprises doivent trouver des clients pour acheter leurs produits, ce qui est incertain.

Deuxième hic : les banques placeront leur argent dans des pays ayant un potentiel de développement supérieur à celui de l’UE (USA, Chine pays émergents), ce qui est probable.

Le résultat sera qu’une seule des deux sortie de ces robinets (financement de l’EFSI) alimentera la relance en zone UE, l’autre (Institutions financières) le fera de manière marginale.  

« Ghjè riccu quellu ch’ùn deve nunda à nimu »

La suite dans un prochain article…

 

Seconde réunion publique : « Évolutions institutionnelles, pour quoi faire ? »

La seconde réunion publique est fixée au jeudi  28 mai 2015 à partir de 20h au Bistrot du Cours à Aiacciu.
La thématique est :  « Évolutions  institutionnelles, pour quoi faire ? »
Venez échanger autour de ce thème.
« Só ch’ùn accade in cent’anni, accade in un’ora »

TRIBUNE LIBRE : REFORME INTITUTIONNELLE

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Dans le prolongement de la démarche du Comité Stratégique formalisée au travers des travaux de la « Commission CHAUBON », il convient d’amorcer une étape qui devra être marquée du sceau de l’ambition et de l’efficacité.

Pour cela, il s’agira de dégager une vision stratégique claire qui devra nous permettre de fédérer de façon transversale une majorité de la représentation politique insulaire ; cella ne pourra se faire dans le cadre contraint de l’actuelle réforme territoriale. En effet, vouloir prendre le train de cette réforme bâclée, risquerait de nous « lier pour des décennies » (dixit François HOLLANDE), alors que depuis l’Acte Ier de la décentralisation, nous nous sommes toujours bien gardés de nous fondre dans le droit commun des régions.

Notre démarche devra avoir pour socle l’actuel Statut Particulier que nous demanderons de réformer ou de refondre sur les bases de nos propositions propres.

Cette « première phase constitutionnelle » de refondation statutaire devra constituer l’assise d’une « revendication autonomique » ou « autodéterminationnistes » ; formellement, elle pourrait se concevoir autour d’une proposition visant à inscrire dans la constitution française le principe de la création d’une « Collectivité Unique Autonome de Corse ».

Une « seconde phase post constitutionnelle » aura pour objectif de donner un contenu au statut d’autonomie préalablement reconnu constitutionnellement.

1) La « première phase constitutionnelle » : la revendication autodéterminationniste ou du droit à l’autonomie (inscription dans la notion de Collectivité Unique Autonome de Corse) 

Notre axe stratégique devra nous amener dans les prochains mois à développer un discours autodéterminationniste qui pourrait se cristalliser sur le droit à l’autonomie de la Corse ; il s’agira de faire émerger cette revendication au sein de toutes les forces politiques afin que cet objectif soit perçu de façon homogène par la grande majorité de la société corse.

Notre objectif, à très court terme, consistera à faire en sorte que, tant la Gauche socialiste ou radicale, voire une frange communiste, que la Droite parlementaire, se fassent l’écho de l’exigence d’autonomie traversant une majorité de notre Peuple.

Cet objectif, s’il est atteint, présenterait plusieurs intérêts :

– d’une part, il permettrait d’initier dans la phase électorale qui s’annonce, une dynamique de recherches de convergences centrée sur une volonté commune : l’exigence d’une voie institutionnelle autodéterminée ;

– d’autre part, il permettrait de fragiliser un peu plus les forces politiques traditionnelles en les amenant sur ce terrain ;

– par ailleurs, il permettrait d’éviter les écueils des oppositions Droite-Gauche faisant le jeu du conservatisme et de « combinazione » stériles ;

– enfin, il permettrait de porter le discours autodéterminationniste, de façon unitaire, face à l’Etat, sur la base d’une seule revendication, à savoir, l’inscription dans la constitution française d’une « Collectivité Unique Autonome de Corse ».

Cela engendrerait donc la réforme ou la refonte de l’actuel statut dans le cadre d’un débat post constitutionnel qui aurait pour mission de définir le contenu de l’autonomie, en essayant de la pousser à son maximum.

2) La « deuxième phase post constitutionnelle » : la définition du contenu de l’autonomie (les compétences de la Collectivité Unique Autonome de Corse) 

Scinder la dynamique autodéterminationniste en deux phases vise à éviter les impasses rencontrées tout au long du processus de la « Commission CHAUBON », à savoir, le « saucissonnage » de la revendication d’émancipation politique et la spirale infernale de l’opposabilité d’inconstitutionnalité, le Gouvernement, le Parlement, le Conseil Constitutionnel ayant beau jeu de retoquer systématiquement chacune des propositions, le Pouvoir n’ayant jamais été appelé à s’inscrire dans une démarche de règlement politique global. A la lumière des tâtonnements ayant prévalu lors du Processus de Matignon jusqu’aux derniers travaux de la « Commission CHAUBON », il convient aujourd’hui de tirer un trait sur un méthode ayant toujours évacué la problématique de fond, à savoir la volonté clairement partagée et assumée de donner au dossier corse une dimension politique globalisée.

Il apparaît donc urgent d’amener l’Etat à faire preuve de pragmatisme et de volonté, afin de « terminer un conflit » de 50 ans, et d’en accepter la dimension politique mais également émancipatrice.

Pour ce faire, il conviendra d’amener l’Etat et ses représentants élus et ses institutions, à :

– se départir tout à la fois de la perpétuation d’une pratique d’instrumentalisation d’un drame ;

– se détacher de l’immédiateté de la communication et s’extraire des contingences politiques inhérentes au caractère  présidentialiste du régime ;

– s’éloigner des pulsions xénophobes et vindicatives d’une partie de l’opinion publique française ?

Dans cette perspective, les nationalistes ont déjà su prendre les initiatives majeures en acceptant notamment de tirer définitivement un trait sur un moyen de lutte qui a eu une place centrale et tenu un rôle capital depuis 1976, mais qui pouvait constituer une entrave à toute évolution favorable de la situation en termes de sortie de crise, d’émancipation démocratique et d’avancées institutionnelles conséquentes.

Dès lors, une nouvelle phase peut s’engager dans les rapports de la Corse avec l’Etat, déconnectée des logiques propres à l’actuelle réforme territoriale ; une phase marquant une volonté de traiter le dossier corse sous ses trois acceptions, à savoir :

– la manifestation d’un conflit politique bi-séculaire ;

– l’expression d’une volonté d’émancipation ;

– la revendication d’un statut exorbitant du droit commun français.

Cette approche ne devra intégrer aucun préalable et ne pourra occulter une phase initiale de nécessaire conciliation, c’est-à-dire l’acceptation et la reconnaissance par l’ensemble des parties prenantes, de torts et responsabilités partagés et revêtant un caractère historique.

3) Le « devoir de cicatrisation » : pour un « processus de réconciliation » 

Le devoir de cicatrisation est une donnée qui n’a que très rarement été évoquée, si ce n’est, de façon partielle, informelle, et personnelle par Michel ROCARD alors Premier Ministre ; or, si nous voulons que se concrétise enfin une réelle stratégie de sortie de crise, il faudra bien qu’un jour l’Etat reconnaisse l’existence de cette crise, qu’il reconnaisse aussi dans quelle mesure il a lui-même contribué à l’alimenter depuis des décennies, voire des siècles.

– « Nos actions passées ont mené à l’affaiblissement de l’identité des autochtones, à la dispersion de leur langue et de leur culture et à l’interdiction de leurs pratiques spirituelles » (Déclaration de Réconciliation prononcée par le ministre canadien des Affaires Indiennes le 7 janvier 1998) ;

– « Au nom du gouvernement, je voudrais en cette circonstance solennelle présenter des excuses officielles au peuple autochtone ; la société ne pourra aller de l’avant qu’à partir du moment où elle aura fait amende honorable de ces abus de pouvoir » (Discours du ministre suédois des Affaires Laponnes daté du 9 août 1998) ;

– « L’Etat cherche pour le compte de tous à réparer ces injustices qu’il a reconnues, pour autant que cela soit possible à l’heure actuelle, à commencer le processus de cicatrisation et à entrer dans un nouvel âge de coopération avec les autochtones » (Déclaration faite au nom de la Reine d’Angleterre par le Premier Ministre de Nouvelle Zélande, le 22 mai 1995). Les auteurs de ces trois déclarations qui s’expriment au nom de la puissance publique, affirment deux choses fondamentales :

– d’une part, qu’il existe un « peuple autochtone », dont ils reconnaissent l’existence, la légitimité et l’antériorité sur sa propre terre ;

– d’autre part, que le comportement de l’Etat envers les autochtones a été injuste et qu’il convient de le réformer. Les représentants de l’Etat français se sont toujours refusés à s’engager sur cette voie car ils n’ont jamais voulu se mettre en situation de reconnaître leurs torts historiques envers un Peuple dont ils ont toujours dénié l’existence, et encore aujourd’hui.

Hors cette démarche est nécessaire si l’on veut construire un avenir apaisé pour la Corse, si l’on veut redéfinir le contrat entre Paris et la Corse, si l’on veut s’attacher à un véritable règlement politique ; car il y a un temps, de part et d’autre, pour les excuses, les regrets, « la mémoire des fautes » (Préambule des Accords de Nouméa).

PREMIERE ETAPE DU PROCESSUS : L’INSTALLATION D’UNE MISSION OECUMENIQUE POUR LA RECONCILIATION 

L’idée pourrait être avancée, très vite, de la mise en place d’un Mission Œcuménique Pour la Réconciliation ; celle-ci aurait pour objectif la recherche d’un nouvel équilibre, de nouvelles relations entre les Corses et l’Etat français. Afin de renouer les fils du dialogue, des personnalités de formations et d’’horizons divers, Corses ou composantes de la société française, travailleraient à la reconnaissance officielle d’un passé douloureux afin d’ouvrir des perspectives politiques nouvelles et permettre l’existence d’un Peuple corse jouissant de ses droits.

DEUXIEME ETAPE DU PROCESSUS : LA SIGNATURE D’UNE DECLARATION DE RECONCILIATION 

A l’issue des travaux de la Mission Œcuménique Pour la Réconciliation, pourrait suivre la signature d’une « Déclaration de réconciliation » par les représentants de la puissance publique (Etat, Collectivité Territoriale, autorités morales, religieuses et culturelles), un acte réellement nécessaire et incontournable, tout aussi important que peut l’être une consultation référendaire sur l’avenir de l’Ile. En tous les cas, cette signature doit devancer toute autre initiative si nous voulons éviter que l’avenir de la Corse et des Corses soit bradé, au détour de deux échéances électorales, sur l’autel de la seule décentralisation administrative. L’ensemble du Mouvement National, mais au-delà les femmes et les hommes de bonne volonté, devront se mobiliser pour verser cette proposition dans le débat public afin que la représentation insulaire puisse, d’une part, valablement et légitimement rejeter un énième statut octroyé, d’autre part, imposer son projet alternatif et enfin engager de façon volontariste les travaux d’élaboration de ce même projet. La société civile, mais également la communauté universitaire et le C.E.S.C. pourraient relayer cette démarche et servir de supports officiels au travail de réflexions, contributions diverses, voire de l’élaboration de la Déclaration. Ce n’est qu’à partir de la formalisation de cette Déclaration que nous pourrons nous attacher à l’élaboration d’un projet alternatif pour la Corse, dont elle constituera le Préambule.

Les objectifs de la Déclaration de Réconciliation pourraient notamment être :

-la reconnaissance de torts partagés dans la crise corse (Administration française, élus, nationalistes) ;

-la reconnaissance de la spécificité corse par rapport au cadre français (du point de vue historique, culturel, des us et traditions) ;

-l’affirmation d’une volonté de préserver l’identité corse ;

-l’affirmation d’une nécessaire réforme au fond de la question corse sur la base d’un projet élaboré en Corse ; -la décision de rupture avec la tradition républicaine dans le traitement de la problématique des minorités nationales ;

-la concrétisation d’une refonte du Contrat Social, du Pacte républicain entre Paris et la Corse sur la base d’un Pacte de Gouvernement spécifique et d’un Projet alternatif étapiste.

TROISIEME ETAPE DU PROCESSUS : L’OUVERTURE DE NEGOCIATIONS SUR LES EVOLUTIONS STATUTAIRES AU SEIN D’UN NOUVEAU CONTRAT SOCIAL ET D’UN PACTE DE GOUVERNEMENT 

C’est l’ensemble de ces engagements, initiatives et décisions qui pourraient être insérées dans un « Pacte de Gouvernement » pour les 5, 10 ou 15 prochaines années. Cette volonté de régler au fond la question corse doit se concrétiser, 

– Du côté de l’Etat, par la prise en compte d’une citoyenneté corse, « la Refonte du Contrat Social » et « la révision du Pacte Républicain » de 1789 ;

– Du côté de la Corse, par la confirmation d’un « droit à l’autodétermination » et l’élaboration d’un projet de « Collectivité Unique Autonome de Corse ». La phase suivante viendra conclure le Processus d’apaisement ; elle prendrait nécessairement la forme d’un « Accord de Paix ».

QUATRIEME ETAPE DU PROCESSUS : LA RATIFICATION D’UN « ACCORD DE PAIX » 

a – Un impératif, engager des discussions avec Paris 

En tout état de cause, et afin que toutes les parties concernées soient en mesure de répondre à ces interrogations essentielles, une nécessité ne peut être contestée : le dialogue initié, en son temps, à Matignon doit être renoué de façon urgentissime quel que soit le qualificatif qui pourra lui être accolé. Car un accord politique digne de ce nom ne peut se fonder sur une proposition politique conduite à la hussarde, et surtout ne peut que s’appuyer sur une méthode tenant compte des aspirations reconnues légitimes des Corses, formalisées in fine en termes juridiques. Il ne s’agit pas de produire un statut de plus ou une énième modification de l’existant, mais bien de s’accorder sur les conditions d’une souveraineté partagée ; sur cette base, pourquoi ne pas ambitionner clairement de voir s’ériger l’Ile en « Pays à souveraineté partagée » dans un cadre reconnu par la constitution, celui d’une « Collectivité Unique Autonome de Corse » ? Les phases contemporaines de négociations des ères DEFERRE, JOSPIN ou SARKOZY ne sont pas allées au bout des choses puisqu’elles ne se donnèrent pas pour objectifs : – de dégager une option de large émancipation ; – de redéfinir fondamentalement les relations de la Corse avec Paris ; – de bâtir un projet de société ; -de conclure et concrétiser ces objectifs par un véritable « référendum de sortie de crise ». Aussi, si nous voulons enfin dégager l’avenir commun entre PARIS et la CORSE, il conviendra impérativement de prendre d’extrême urgence deux initiatives majeures, à savoir :

-proposer une consultation référendaire portant sur une réforme institutionnelle clairement formulée (Collectivité Unique Autonome de Corse);

-y accoler un chapeau politique clarifiant les intentions fondamentales des rédacteurs (redéfinir le cadre des relations entre la Corse et Paris dans la perspective de l’établissement d’une souveraineté partagée).

Dans la même logique, il convient de rappeler aux gouvernants qui auront en charge cette initiative, que toute nouvelle consultation ne pourra marquer une fin en soi, car la Corse aura besoin d’un lent processus de réforme évolutif, incluant de nombreuses étapes.  

b-  interpeller l’Etat qui doit assumer sa part de responsabilité et afficher clairement sa volonté de rechercher les voies et moyens d’une solution politique globale 

Dans ces conditions, dès lors que les discussions auront repris, et alors seulement, l’ensemble de la représentation élue devra poser au Pouvoir une série de questions essentielles, susceptibles de révéler son degré de volonté d’aboutir à un règlement politique apaisé et progressif de la question corse.

Ces questions pourraient être les suivantes :

-l’Etat est-il prêt à entrer dans un processus corse spécifique, se situant en dehors du simple cadre de la future réforme territoriale, hors donc du droit commun de la décentralisation? -est-il prêt à cadrer politiquement les discussions à venir, en admettant le principe de spécificité statutaire au profit de la Corse (en tant que collectivité historique, culturelle, périphérique et insulaire) ?

-est-il prêt à inscrire ce principe dans une réforme constitutionnelle appropriée ?

-est-il prêt, dans le même esprit, à accepter que cette spécificité statutaire puisse revêtir la forme de l’autonomie interne, ou de la dévolution de pouvoirs législatif et réglementaire ?

-est-il prêt, après tenue d’une campagne officielle radio-télévisée permettant un exposé pédagogique équitable sur l’ensemble des propositions envisagées, à organiser un référendum portant consultation des Corses sur trois évolutions possibles : le statut-quo (inscrit dans la démarche de décentralisation et de réforme générale de l’Etat), l’autonomie interne (dans le cadre d’une collectivité unique), l’indépendance ?

-est-il prêt à accepter que la mise en place de toute réforme ne pourra découler que des seules propositions formalisées par la représentation élue de l’Assemblée de Corse et des choix du Peuple Corse régulièrement consulté?

Si l’Etat ne transforme pas ces principes élémentaires en tabous, la reprise du dialogue pourra rapidement se présenter sous les meilleurs auspices, étant entendu que ce dialogue revêtirait un caractère éminemment politique puisqu’il porterait sur :

– le principe de la réforme constitutionnelle préalable aux réformes à venir ;

– l’échéancier des diverses initiatives ;

– la formalisation des projets par les élus territoriaux ;

– le principe de consultation des Corses et les conditions techniques de mise en place des futures institutions de la Corse ;

– l’organisation matérielle d’un référendum ; Ce cadre est d’autant plus envisageable que le Mouvement Clandestin a récemment pris une initiative majeure, celle de l’arrêt de la violence armée ; dans le même temps, l’Etat fait néanmoins comme si rien ne s’était passé.

Dans la même logique pourquoi ne pas imaginer que « la clandestinité armée », s’engage plus avant et propose à l’Etat la mise en œuvre d’un « Accord de Paix » portant sur :

  • D’une part, les engagements du Mouvement Clandestin :

– la démilitarisation de l’espace politique ;

– l’arrêt définitif du recours à la violence politique ; – le dépôt négocié des armes.

  • D’autre part, sur les engagements de l’Etat :

– l’arrêt des poursuites et enquêtes en cours ;

– l’engagement de négociations sur la question des prisonniers politiques et de leur libération ;

– la publication d’un calendrier de négociation.

L’ensemble de ces éléments pourrait ainsi faire l’objet d’une négociation claire, sereine et pragmatique entre l’Etat français, les mandataires du Mouvement Clandestin et des médiateurs issus de la société civile insulaire. Bien entendu, en fin de processus, seraient nécessairement abordés.

CINQUIEME ETAPE DU PROCESSUS : LA QUESTION DES PRISONNIERS ET L’AMNISTIE

-la question de l’amnistie des emprisonnés, poursuivis et recherchés,

-la question de « la paix des braves » serait abordée et tranchée dans le même esprit que la phase précédente ;

-entre-temps, le rapprochement en Corse des prisonniers politiques pourrait bien entendu constituer, sans faux-fuyants, l’un des gages du Pouvoir à vouloir régler au fond la question nationale corse.

Ce n’est donc qu’au prix de ces engagements mutuels essentiels, sans préalables, sans langue de bois, tant de la part du Pouvoir que de celle des nationalistes, que la Paix et la Démocratie pourraient enfin être au rendez-vous et qu’une page pourrait définitivement se tourner, celle de l’affrontement, celle de l’interférence de la justice française dans le règlement d’un dossier politique, et celle du cycle répression / action / répression.

Enfin, avant toute chose, il faudra que l’Etat français accepte d’assumer clairement sa part de responsabilité historique dans la situation corse ; cela passerait certainement par l’accomplissement d’un « devoir de cicatrisation ».

4) La concrétisation d’un changement fondamental tant du point de vue statutaire que de la prise en compte d’une citoyenneté insulaire

Cette notion de citoyenneté spécifique exorbitante des règles fondamentales régissant la citoyenneté française, es déjà intégrée dans le droit positif français puisque l’article 4 du statut de la Nouvelle Calédonie, ainsi que l’article 2 de la loi du 9 novembre 1988 préparatoire au référendum d’autodétermination, prévoient l’institution d’une citoyenneté néocalédonienne. Cette citoyenneté confère la qualité d’électeur aux personnes de nationalité française remplissant certaines conditions ; elle conditionne la composition du corps électoral pour les scrutins locaux (élections municipales, territoriales référendums, etc…).

L’acquisition de la citoyenneté est assujettie notamment à des conditions de résidence (20 ans de résidence). En ce sen, il conviendra de formuler des propositions concrètes de réformes institutionnelles spécifiques inspirées des démarches ayant par exemple prévalu à l’édification des statuts de Polynésie, de Nouvelle Calédonie ou de Wallis et Futuna, voire au projet de réforme ayant conduit au futur statut des collectivités d’Outre-Mer.

Quelques « marqueurs » de cette volonté de changement de paradigme pourraient être :

-L’élaboration d’un projet qui ne soit pas uniquement administratif et gestionnaire ;

-L’affectation d’une assise essentiellement politique au projet ;

-La clarification du projet sur la base de la définition de véritables « blocs de compétences » ;

-La dévolution sur cette base de nouvelles compétences à la Corse ;

-Le renforcement de la démocratie locale ;

-La limitation stricte du cumul des mandats afin notamment que les élus de chaque collectivité puisse décider en toute indépendance ;

-L’établissement d’un régime particulier en matière normative (« lois de pays ») conférant à la Corse un pouvoir législatif propre ;

-L’établissement d’un régime particulier en matière de citoyenneté (« citoyenneté corse ») en tant que territoire périphérique à forte spécificité ;

-La présentation d’un calendrier précis déterminé de façon contradictoire et paritaire;

-L’annonce d’une révision constitutionnelle spécifique au statut corse intégrant le principe de création d’une « Collectivité Unique Autonome de Corse ».

5) La refondation du contrat social par la révision du pacte républicain France/Corse de 1789, dans une approche de souveraineté partagée 

Au-delà de ces « marqueurs », outre les revendications portées par les nationalistes depuis plus de 30 ans, à savoir :

-La reconnaissance du Peuple Corse permettant la prise en compte d’une citoyenneté corse ;

-L’établissement d’une citoyenneté corse sur le modèle néo-calédonien ;

– La mise en place d’un statut de résident ;

– L’adoption d’un statut fiscal dérogatoire ;

– La mise en place d’un code des investissements ;

– L’enseignement obligatoire et généralisé de la Langue et de l’Histoire corses ;

-L’investissement de l’espace public par la langue corse ;

Si l’Etat s’engage dans une telle démarche, cela signifiera clairement l’obsolescence du «  Pacte Républicain » passé tacitement entre la France et la Corse en 1789, cela signifiera aussi qu’il conviendra de « refonder le Contrat Social » entre le Peuple français et le Peuple corse, et ce sur les bases suivantes :

– L’intégration du futur statut de la Corse dans une approche de souveraineté partagée, dans une réforme constitutionnelle préalable, en référence aux collectivités déjà reconnues par la Constitution : > aux collectivités d’Outre-Mer, > aux collectivités périphériques et ultra-périphériques, > aux collectivités spécifiques et insulaires, > à la Nouvelle Calédonie et à la Polynésie française.

-La perspective d’une réforme institutionnelle sur l’un des modèles suivants: > Autonomie Interne, Dévolution ;

– La création d’une fiscalité adaptée aux nouvelles compétences et fonctions : > par Péréquation, Territorialisation, Fiscalité propre, ou Autonomie fiscale ;

– La détermination d’un « droit local » : > à identifier dans les champs de compétences transférés ;

– L’attribution d’un pouvoir législatif local hors compétences régaliennes de l’Etat: Trois types de pouvoirs sont possibles : > un Pouvoir Législatif Exclusif (sur les compétences transférées), > un Pouvoir Législatif Concurrent (sur les compétences de gestion associée), > un Pouvoir Législatif d’Application (pour la mise en œuvre progressive des transferts de compétences).

– L’identification de blocs de compétences (à établir dans le cadre d’une loi organique spécifique) : > les compétences exclusives de l’Etat ; > les compétences exclusives de la Collectivité Unique Autonome ; > les compétences associées.

– L’introduction du principe de Subsidiarité (venant en complément de la répartition précédente) : > en s’inspirant notamment de l’exemple italien afin de rechercher le meilleur niveau territorial de compétence pour le bon exercice de compétences spécifiques.

– L’édification d’une structure d’accompagnement à la création de la norme et du droit local (rédaction, actualisation, codification, veille juridique, identification des périmètres) : > celle-ci pourrait être conférée au CESC ; > ou bien à une à une nouvelle structure.

– L’identification des aires fonctionnelles (régaliennes) devant rester à l’Etat : > parmi celles-ci, certaines nécessiteront un contrôle de l’Etat ; > d’autres en seront exonérées (compétences transférées);

– L’attribution de fonctions pour chaque transfert de compétence aux différents échelons du « gouvernement local » ;

– L’évaluation des besoins en ressources financières, humaines et en équipements et infrastructures, pour un bon et effectif transfert de compétences ;

– La dotation à la Collectivité Unique de Corse d’un véritable Parlement : > Celui-ci pourrait être bicaméral, une assemblée des « députés corses » (actuelle Assemblée) et une assemblée « des provinces » ou « des territoires » pouvant avoir vocation à représenter, au travers de trois collèges distincts, les Pays, Territoires ou « Provinces » insulaires (intégrant les Communautés de Communes), la Société Civile, ainsi que la Diaspora ;

– La dotation à la Corse d’un véritable Gouvernement Local : > tirant sa légitimité du Parlement et étant responsable devant lui ;

– La programmation d’une refonte totale de la carte administrative de la Corse sur la base de trois niveaux d’administration territoriale : > Communes, > Provinces (fédérations des Intercommunalités), > Collectivité Unique Autonome,

– L’attribution à la Collectivité corse  d’un pouvoir d’auto-organisation ; – L’affectation de compétences dans le domaine des relations internationales (économiques et culturelles) interrégionales : « para-diplomatie »;

– L’organisation institutionnelle et administrative locale devra relever des choix des représentants de la Collectivité Unique de Corse : – L’affectation de compétences d’auto organisation administrative ; > Celle-ci devra être seule habilitée à déterminer l’adaptabilité et l’évolutivité de ses administrations, de ses territoires, de ses collectivités subalternes ainsi que leur articulation territoriale, et ce par référence aux besoins, aux nécessités et aux réalités locales (économiques, géographiques, démographiques, historiques, topographiques, culturelles…).

– La différenciation entre : > un « corps électoral de Pays » ou « de souveraineté locale » appelé à se prononcer sur les élections et consultations spécifiquement insulaires (notamment élections territoriales et municipales, intercommunales, référendums locaux), > et un « corps électoral d’Etat » appelé à se prononcer sur les consultations afférentes à l’expression de la souveraineté nationale française (législatives, présidentielles, référendums nationaux). – La création d’une structure de formation des cadres de la nouvelle Collectivité Unique Autonome : > cela s’avèrera nécessaire afin d’absorber les difficultés soulevées par les transfert de compétences.

– La représentation proportionnelle comme principe de base de toute expression de la démocratie représentative en Corse.

Il s’agit là de quelques propositions concrètes qui marqueraient à la fois la volonté de Paris de rompre avec un régime ancien, mais marquerait également un esprit de réforme visant à ancrer une démocratie réelle dans l’Ile.

Tony Fieschi

LA FRANCE EST-ELLE INDÉPENDANTE ?

Telle est la question qui est soulevée au gré de nombreuses discussions dans l’île. Mais au fait « indépendante » qu’est-ce que cela signifie ?

L’indépendance d’un pays se caractérise par l’absence de soumission à une puissance supérieure. Le pays est alors reconnu comme « souverain ». C’est-à-dire qu’il peut exercer à l’intérieur de son espace, son pouvoir, au travers d’institutions et d’un système de règles de droit pour peu que ce soit une démocratie.

C’est François 1er, le bien nommé, qui a pour la première fois, formalisé les prérogatives qu’exerce le « souverain » par des lettres de 1524. Elles concernent : la défense, la justice, le gouvernement et l’administration, la législation, la fiscalité et les grâces.

Francois-le-1er-a-cheval-BlogOuvert

 Puis un juriste favorable à l’absolutisme, Jean Bodin (1530-1596) formalise les principes sur lesquels est fondée la souveraineté d’un pays. Pour ce partisan de la royauté il appartient en propre au souverain de : « donner et casser les lois, décider de la guerre et de la paix, nommer tous les agents de l’Etat, juger en dernier ressort et exercer le droit de grâce ».

Ces grands domaines, à la source de la tradition constitutionnelle française, sont qualifiés de pouvoirs régaliens de l’Etat. Ils relèvent du domaine de la loi et sont décrits par l’article 34 de la Constitution.

On peut les résumer par :

-la justice ;

-la politique étrangère ;

-la défense et la sécurité ;

-la monnaie.

S’y rajoutent d’un point de vue fonctionnel, des missions de protection sociale (sécurité sociale, solidarité) et des misions de régulation (réglementation, éducation et formation, aides).

Mais qu’en est-il au quotidien, car la France est liée par des traités internationaux et fait partie de l’UE ?

1 – S’agissant de la justice

La France n’est plus souveraine car elle a ratifiée en 1974 la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Le justiciable peut donc faire appel des décisions de justice rendues en France devant la Cour européenne des droits de l’homme (CDEH), chargée de veiller au respect de la dite Convention.

La CDEH a par exemple condamné la France dans l’affaire TOMASI (arrêt du 27 août 1992) pour traitement à caractère inhumain et dégradant et dépassement du délai raisonnable de la procédure. Mais il existe bien d’autres condamnations qui sont accessibles sur le site de la CDEH à l’adresse suivante : (http://www.echr.coe.int/Pages/home.aspx?p=home&c=fra).

La souveraineté de la France en matière de justice n’est donc pas absolue, mais relative.

2 – S’agissant de la politique étrangère

Chaque État membre de l’Union européenne (UE) conserve une entière souveraineté dans la conduite de sa politique étrangère.

La politique étrangère et de sécurité commune (PESC), instaurée par le traité de Maastricht en 1992 n’est, elle, pas opérationnelle. Par exemple dans le conflit Russie-Ukraine, l’UE poussée par la Pologne, les États baltes et les USA, applique des sanctions pour faire plier Poutine. Mais l’Allemagne et la France s’interrogent aujourd’hui sur le bien fondé de cette politique tant leurs intérêts économiques les poussent à renouer avec la Russie, partenaire économique historique.

La tendance profonde de la diplomatie française est la fin de l’affichage d’une démarcation systématique vis-à-vis des USA. Depuis le retour dans l’OTAN en 2009, la diplomatie française ménage sa bonne relation avec le camp occidental (Israël inclus), malgré la reconnaissance en 2012 du statut d’observateur de la Palestine à l’ONU.

Avec l’arrivée de Laurent Fabius aux affaires étrangères, la diplomatie n’obéit plus au seul primat du politique mais a intégré une dimension économique : le commerce extérieur et le tourisme sont sous tutelle des affaires étrangères. Le pragmatisme d’une diplomatie au service des emplois l’emporte sur les positions idéologiques nationales, à rebours du discours politique habituel tenu auprès de l’opinion publique.

La souveraineté de la France en matière de politique étrangère est donc pleine et entière.

3 – S’agissant de la défense et de la sécurité

La politique de défense vise à protéger les intérêts vitaux (intégrité du territoire national et protection de la population), les intérêts stratégiques (maintien de la paix sur le continent européen, en Méditerranée et dans les espaces d’échanges commerciaux) et les intérêts de puissance (dotée de l’arme nucléaire, la France est membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies avec « droit de véto »).

Les interventions militaires sont encadrées à l’exception de l’évacuation de ressortissants français (Zaïre en 1993, République démocratique du Congo  en 1998). Elles se font sous mandat de l’ONU (Bosnie en 1992, Rwanda en 1994) de l’OTAN (Kosovo en 1999, Irak en 2003, Lybie en 2011) ou dans le cadre d’accord bilatéraux (Mali en 2013). C’est dans ce dernier cadre (accords de défense avec le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Tchad et Djibouti) que la France entretient encore des troupes en Afrique.

A l’exception de l’évacuation de ressortissants pour des raisons de sécurité ou d’une hypothétique attaque du territoire national, la souveraineté en matière de défense est strictement encadrée.

4 – S’agissant de la monnaie

 En ce domaine l’affaire est simple. En 1999 les banques centrales nationales de onze États, dont la France, puis celles de 18 Etats au 1er janvier 2014, ont transféré à la Banque centrale européenne (BCE) leurs compétences en matière monétaire.

La politique monétaire a pour objectif la stabilité des prix par le biais de mesures monétaires classiques : dès que l’inflation s’élève la BCE restreint l’accès au crédit, par une hausse des taux d’intérêts. En cas de déflation (baisse généralisée des prix et des salaires se traduisant par une forte augmentation du chômage), la BCE facilite l’accès au crédit par une baisse des taux d’intérêts.

La France ne dispose donc plus de la souveraineté monétaire, celle qui lui permettait de dévaluer sa monnaie, afin que tout ce qu’elle produisait soit moins cher à l’exportation et provoque une relance de l’activité économique intérieure et la création d’emploi.

5 – S’agissant de protection sociale

La France dispose de sa souveraineté mais elle est limitée par des contingences inhérentes au système de santé et de solidarité. Si celui ci est en déficit comme c’est les cas actuellement (sa dette s’élève à 225 milliards d’€ et représente 11 % du PIB), elle devra prendre des mesures pour que le remboursement de cette dette n’influe pas sur la qualité de son système de santé.

Sous cette réserve, elle reste maîtresse chez elle et dispose donc de sa souveraineté.

6 – S’agissant de régulation  

Il en va de la régulation comme de la monnaie.

La France est dans l’obligation d’adapter son dispositif juridique aux directives de Bruxelles et les tribunaux le lui rappellent bien souvent en annulant une transposition infidèle ou incomplète (CE, Sect., 28 avril 2003, Fédération française des courtiers d’assurance et réassurance, n° 233343) ou en contradiction avec des dispositions précises et inconditionnelles (CE, Sect., 27 juillet 2001, Compagnie générale des eaux, n° 229566).

Il en va de même en matière de droit du travail (le contrat nouvelle embauche de 2005 a été jugé contraire à la convention n°158 de l’Organisation internationale du travail). S’agissant du régime des aides il n’est qu’à voir la série de décisions sur les aides versées à la SNCM pour comprendre que la France a perdu sa capacité décisionnelle en l’affaire.

En matière de régulation, la souveraineté de la France n’existe donc plus.

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Remarquons pour conclure que 66% de la dette publique de la France est détenue par des non résidents et qu’il en va de même pour près de 50 % du capital des plus grandes entreprises françaises (celles qui sont cotées au CAC 40).

La conclusion est donc rude pour les cocardiers de tout poil : mise à part la politique étrangère, dans tous les autres domaines la souveraineté de la France est inexistante, contrainte ou encadrée.

Ce qui signifie que la souveraineté de la France, c’est-à-dire les pouvoirs régaliens qu’elle est en mesure d’exercer en tant que pays indépendant, est une illusion.

Vient donc la question qui est sur les lèvres de chaque lecteur : qu’en serait-il si l’on remplaçait le mot France par celui d’une région que nous chérissons ?

Fidèle à sa tradition, I CHJASSI DI U CUMUNU ne prétend pas imposer une position.

Mais les arguments présentés ci-avant sont, eux, de nature à permettre à chaque lecteur, en conscience, d’y apporter sa réponse.

NOTE SUR LA REDUCTION DE LA DETTE PUBLIQUE : QUATRIEME ET CINQUIEME PARTIES

QUATRIÈME PARTIE : LA RÉDUCTION DE LA DETTE PUBLIQUE

 La soutenabilité (c’est-à-dire, la capacité à faire baisser le montant à rembourser) de la dette dépend :  

de l’écart entre le taux de croissance de l’économie et le taux d’intérêt payé sur la dette et du solde primaire du budget. Le solde primaire du budget est égal au solde recettes – dépenses, hors dépenses d’intérêt. Il s’établit comme suit sur 30 ans (de 1980 à 2009) :

TableauP41 Sur ces 30 exercices il a été positif par 8 fois. Il a été négatif par 22 fois. Pour les exercices récents le solde primaire s’est amélioré mais en resté négatif :

TableauP42

C’est-à-dire qu’à delà du remboursement des intérêts payés durant l’exercice écoulé, il a fallu emprunter 22 fois (de 1980 à 2009) et 4 fois encore à compter de 2010 pour avoir les recettes nécessaires afin de payer les dépenses. C’est ce qui provoque l’accroissement de la dette (effet boule de neige) :

TableauP43

En pratique si le solde primaire du budget (celui qui exclut les charges d’intérêt) est égal à zéro, le taux d’endettement baisse dès lors que le taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) est supérieur au taux d’intérêt moyen versé sur la dette publique. Cela signifie que le taux d’augmentation de la richesse produite est supérieur à taux d’intérêt de la dette. L’augmentation de la richesse produite est alors supérieure à la somme due pour rembourser les intérêts de la dette. En conséquence la dette diminue.

Mais le solde primaire n’a été positif que 8 années sur 34 exercices depuis 1980, avec un écart considérable par rapport au solde négatif. La conséquence en a été un besoin permanent de financement, donc l’obligation d’emprunter sur les marchés. Donc inutile d’insister sur la voie de la comparaison entre taux d’endettement et taux de croissance du PIB, puisque la France a un solde primaire qui est structurellement déficitaire.

Toujours en pratique si le solde primaire est négatif, comme cela a été le cas 26 fois sur 34 exercices depuis 1980, il faut comparer le pourcentage du solde primaire par rapport au PIB à celui de la croissance en valeur du PIB. Si le pourcentage du solde primaire /PIB est supérieur à celui des taux d’intérêt la dette baisse, sinon elle augmente.

Et c’est ce qui est tendanciellement arrivé depuis 1980 :

TableauP44

CINQUIÈME PARTIE : SACRÉ SOLDE PRIMAIRE !

Le paragraphe précédent a démontré que le problème de la France vient du solde primaire du budget et le graphique suivant l’illustre plus encore :

TableauP51

Il convient donc de rappeler les principaux éléments qui ont influé sur ce solde primaire depuis 1980 à aujourd’hui.

De 1981 à 1986, les déficits budgétaires augmentent en raison des politiques sociales sous la Présidence de François Mitterrand.

De 1986 à 1991, sous la cohabitation avec Jacques Chirac puis avec la nouvelle victoire de Mitterrand en 1988, les soldes primaires successifs s’équilibrent, car la croissance (2,5 % en 1987, 4,6 % en 1988, 4,2 % en 1989, 2,6 % en 1990) permet d’avoir des recettes à peu près équivalentes aux recettes de l’Etat, hors intérêts de la dette

 Les années 1991 à 1995, sont marquées par une gestion socialiste (Cresson et Bérégovoy) puis par une nouvelle cohabitation (Balladur). Cette fois la croissance est en berne : 1,2 % en moyenne annuelle. Pour relancer l’activité économique et donc la croissance, les gouvernements mènent des politiques de soutien en augmentant la dépenses publiques (politiques contra-cycliques) qui provoquent une augmentation du déficit et du solde primaire.

Après la dissolution de 1996, le gouvernement Jospin bénéficie entre 1997 et 2001, de facteurs favorables : la croissance moyenne est de 3 %. Cette croissance permet de dégager des recettes fiscales supplémentaires (la fameuse « cagnotte budgétaire ») et de dégager un solde primaire positif.

De 2002 à 2007, gouvernements Raffarin et De Villepin), la croissance moyenne annuelle de 1,8% est insuffisante pour maintenir l’activité économique à un niveau provoquant suffisamment de recettes fiscales et le déficit ainsi que le solde primaire se dégradent car à nouveau des politiques de soutien par l’augmentation de la dépense publique sont mises en œuvre (politiques contra-cycliques).

A compter de 2008 intervient la crise financière qui provoque une récession économique et aboutit à un nouveau plan de relance qui augmente à nouveau les déficits et les soldes primaires. Mais aucune action n’a été menée (faiblesse politique ?) pour agir sur l’augmentation des dépenses de l’Etat :

TableauP52

C’est-à-dire que le pays n’arrive pas à se réformer, dans le but d’adapter ses dépenses qui augmentent en moyenne annuelle de 10,4 Mds d’€ à ses recettes qui elles, n’augmentent, toujours en moyenne annuelle que de 8,4 Mds :

TableauP53

Certes le déficit public est nécessaire pour financer les investissements, sous réserve que cumulé, c’est-à-dire transformé en dette par accumulation successive annuelles, il ne fasse pas dépasser 60 % du PIB du pays (Traité de Maastricht). Mais il l’a été allègrement après les années 2000 en France (voir quatrième partie). Cette date coïncide avec l’adoption du quinquennat par référendum le 24 septembre 200 et son application lors de la présidentielle de 2002 remportée par Jacques Chirac, alors opposé au front national lors du second tour de l’élection.

« A’ forza di caccia è d’ùn mette, a botte canta »

La suite dans un prochain article…

NOTE SUR LA REDUCTION DE LA DETTE PUBLIQUE : TROISIEME PARTIE

TROISIÈME PARTIE : EXAMEN DES PRINCIPALES DÉPENSES

 I – EXAMEN DE DEPENSES DES SERVICES GENERAUX (hors service de la dette)

Les services généraux hors charge de la dette représentent 111 Mds d’€ en 2013. Les deux principales composantes sont e fonctionnement de l’exécutif, du législatif, du financier et du fiscal et celui des affaires étrangères (34 %) et les transferts entre administrations publiques (60 %) :

TableauP31

La hausse de 29,42 Mds entre 1995 et 2013, repose sur la hausse des transferts entre administrations publiques (collectivités locales et autres) : près de 21 Mds sur 29,5 Mds. Il y a un volant d’action sur ce poste, pour lequel une réduction a été entreprise avec le plan de 50 Mds de baisse des dépenses :

TableauP32

Il y a un volant d’action sur ce poste, pour lequel une réduction a été entreprise, tant sur les dépenses de d’Etat (19 Mds d’€) que sur les transferts aux collectivités locales (11 Mds d’€) de 2015 à 2017.

II – EXAMEN DES DEPENSES DE PROTECTION SOCIALE

Les dépenses de protection sociale représentent 101 Mds d’€ en 2013. Les trois principales composantes sont : la prise en charge de la vieillesse (45%), les dépenses pour le logement (13,5 %) et la prise en charge de la maladie et de l’invalidité : 11 %

TableauP33

La hausse des dépenses sur la période repose à 73 % sur la prise en charge de la vieillesse. Il est à craindre que le mouvement ne perdure !

TableauP34

 Les dépenses d’enseignement représentent 78 Mds d’€ en 2013. Les quatre principales composantes sont : l’enseignement secondaire : (33 %), l’enseignement préélémentaire et élémentaire (18 %), les services annexes à l’enseignement (8 % ?) et l’enseignement supérieur (7 %) :

TableauP35

La hausse des dépenses sur la période repose à 37 % sur le secondaire, à 21 % sur l’élémentaire et le préélémentaire et à 19% sur le supérieur. Il faudrait comparer cette évolution à la démographie de chaque strate concernée pour avoir une idée de l’effort budgétaire. Le secteur est sensible : corporatisme, politisation du débat avec les parents et occultation de la réalité : le niveau général baisse ! (Voir rapports de la Cour des comptes).

TableauP36

IV – EXAMEN DES DEPENSES LIÉES À LA CHARGE DE LA DETTE

En moyenne, la charge de la dette représente 10 % des dépenses de l’Etat.

TableauP37

Elle est alimentée par le recours à l’emprunt depuis les années 80, recours à l’emprunt nécessaire pour financer le déficit public. Mais désormais cette charge pèse sur le budget de l’Etat puisqu’elle devient pérenne, en raison de la dette à rembourser (1534 Mds pour l’Etat à la fin 2013. Et il convient de sa rappeler que le recours à l’emprunt pour les années 2014 et 2015 sera respectivement de 104 et 120 Mds. (Source agence France Trésor)

Pour se convaincre de l’incapacité politique de réformer l’Etat (c’est à dire de maîtriser ses dépenses) voici les données de 1980 à 1999 puis de 2000 à 2013 :

TableauP38

TableauP39

Que faire pour que la charge de la dette pèse moins sur les dépenses ?

La solution pragmatique pour faire baisser le solde qui est négatif depuis 1980 (les dépenses ont toujours été supérieures aux recettes) est de diminuer de manière continue et lissée les dépenses.

Compte tenu de la fiscalité actuelle le consensus à un recours à toute hausse sera politiquement difficile à obtenir, sauf à décréter une urgence absolue et un effort sur un quinquennat par exemple.

NB : suivant que l’on applique une hausse du taux de TVA de 1 à 3 %, on obtient des recettes complémentaires de 7,5 Mds à 21,1 Mds sur un quinquennat.

V – EXAMEN DES DEPENSES LIÉES AUX AFFAIRES ECONOMIQUES

Les dépenses relatives aux affaires économiques représentent 41 Mds d’€ en 2013. Les trois principales composantes sont :

→ la tutelle de l’économie, des échanges et de l’emploi : 14 %

→ les transports : 9 %

→ la R&D économique : 5,5 %

TableauP310

La progression de 20 Mds d’€ est principalement portée par la tutelle et la R&D :

TableauP311

VI – LES DEPENSES DE DEFENSE

Elles s’élèvent à 39 Mds d’€ en 2013. Elles très majoritairement (85 %) sur les dépenses militaires.

TableauP312

Elles ont augmenté de 8,5 Mds d’€sur la période et cette hausse est à 80 % portée par la défense militaire. Il convient de noter une augmentation de l’aide militaire à des pays étrangers : quasiment 1 Mds d’€.

TableauP313

VII – LES DEPENSES D’ORDRE ET DE SÉCURITÉ

Elles représentent 27,5 Mds d’€ en 2013. Elles sont portées par trois composantes :

→ services de police : 67 %

→ tribunaux : 18 %

→ et administration pénitentiaire : 2,5 %

TableauP314

Sur la période la progression de 11 Mds est portée par les services de police (65 %) tandis que les tribunaux et l’administration pénitentiaire progressent bien moins : respectivement 18 % et 13 %

TableauP315

« I soldi sò tondi è filanu in furia »

La suite dans un prochain article…