En cette rentrée de septembre, la crise des « migrants » occupe les médias… et bien entendu les « analystes » autorisés ou non s’invitent sur les réseaux sociaux où les débats font rage, donnant leurs points de vue plus ou moins éclairés, dans un déferlement d’opinions, dont certaines, par leur simplisme et inhumanité font parfois vomir… et bien sûr la Corse n’échappe pas à ce « défouloir » . Lire la suite
Tribune libre
TRIBUNE LIBRE : U PULITICANTE CORSU SARÀ PIÙ VICINU À L’ESSE O PIÙ VICINU À U NULLA ?
Eccu a dumanda ch’e mi sò fattu scuprendu u libru « Modérément Moderne » di Rémi BRAGUE, isciutu di pocu ind’è Flammarion.
Stu spicialistu ricunnisciutu di Platone è d’Aristotele s’interrugheghja nantu à l’evuluzione di l’Auropa, di fronte à a mudernità inghjennata da a mundializazione, muvimentu più maiò di i scambii di beni, di servizii, di capitali è d’investimenti ch’ellu hà cunnisciutu u pianeta da i tempi landani. Moltu più dapoi ch’elle sò ghjunte a China è l’India à aghjunghjesi à i Stati Uniti è à u Giappone di pettu à l’Auropa chì ùn la ci face à custituissi. Lire la suite
TRIBUNE LIBRE : MANIFESTE POUR UNE DÉMARCHE IDENTIQUE À CELLE DU RAPPORT ENDERLEIN & PISANI-FERRY
En novembre 2014, Jean PISANI-FERRY, économiste français de centre gauche, européen convaincu et Henrik ENDERLEIN, économiste allemand directeur de l’Institut Jacques Delors de Berlin ont remis au gouvernements Allemands et Français un rapport qui a marqué les esprits pour trois raisons :
- La première parce qu’il s’agissait d’un rapport conjoint prenant en compte les synergies et les spécificités des deux pays ;
- La deuxième par ce qu’il avait pour but de trouver un « New Deal » pour l’Europe, fondée sur un agenda de réformes structurelles pour lever les blocages, renforcer la compétitivité et mettre en pace un plan d’investissement au niveau européen ;
- La troisième parce qu’il s’agissait de réflexions menées sur la demande conjointe des ministres de l’économie allemands et français.
Nous vous proposons une synthèse de ce rapport en deux parties :
- une partie constat
- et une partie réflexion et proposition.
TRIBUNE LIBRE : SUR LA SINCÉRITÉ DE NOS SCRUTINS
Tous les Corses ont désormais fait le choix de porter leurs légitimes revendications par la voie démocratique.
Nombreux sont les électeurs, quelle que soit leur appartenance politique, à souhaiter des débats argumentés afin d’aboutir à des choix de développements clairs et émancipateurs.
Désormais des mains se tendent entre concurrents d’hier. Le dialogue de sourds qui prévalait jusqu’à une récente époque est révolu.
La prise de conscience est générale : il ne peut y avoir de futur commun s’il repose sur l’exclusion de telle ou telle tendance politique lors des scrutins électoraux.
Dès lors il importe que la fraude électorale, ce mal qui a empoisonné la Corse depuis des siècles et des décennies disparaisse. Le Conseil constitutionnel a d’ailleurs pris soin (DC n° 98-2562/2568 AN du 03 février 1999) d’affirmer que « la fraude affecte le principe même de la démocratie ».
Il faut donc restituer à chaque consultation sa sincérité.
Le défaut de sincérité prend corps lors de la mise en place des listes électorales, tant la rigueur qui devrait être de mise lors de leur élaboration laisse à désirer. Voici les éléments qui étayent cette affirmation.
1 – LES FAITS
Afin d’éviter la prise en compte des électeurs de l’UE qui peuvent participer aux élections municipales, l’analyse est effectuée sur la base des législatives ouvertes aux seuls nationaux.
S’agissant de la Haute-Corse, 141 communes sur 236 ont plus d’inscrits sur leurs listes électorales (Scrutin des législatives de 2012- site du ministère de l’Intérieur) que d’habitants (Carte administrative de l’Insee – population 2012).
Pour mesurer l’ampleur du phénomène il convient de préciser que les 141 communes sur 236 représentent 60 % du total des communes de Haute Corse !
Pour ces communes il y a 22 200 inscrits environ (22 225 exactement), pour une population de 15 700 habitants (15 689 exactement), soit environ 6 500 électeurs de plus que d’habitants (6 536 exactement, c’est à dire 42 % de plus.
En Corse-du-Sud
S’agissant de la Corse-du-Sud, 74 communes sur 124 ont plus d’inscrits sur leurs listes électorales (Scrutin des législatives de 2012- site du ministère de l’Intérieur) que d’habitants (Carte administrative de l’Insee – population 2012).
Pour mesurer l’ampleur du phénomène il convient de préciser que les 74 communes sur 124 représentent 60 % du total des communes de Corse-du-Sud ! L’ampleur est identique à celle de la Haute-Corse.
Pour ces communes il y a 14 800 inscrits environ (14 766 exactement), pour une population de 11 400 habitants (11 380 exactement), soit environ 3 400 électeurs de plus que d’habitants (3 386 exactement), c’est à dire 30 % de plus.
Pour résumer :
En Haute-Corse :
Communes concernées : 141 sur 236, soit 60% ;
Population des 141 communes concernées : 15 700 habitants ;
Inscrits dans les 141 communes concernées : 22 200 habitants ;
Surplus d’inscrits par rapport à la population en nombre : 6 500 !!!
Surplus d’inscrits par rapport à la population en pourcentage : 42 % !!!
En Corse-du-Sud
Communes concernées : 74 sur 124, soit 60% ;
Population des 74 communes concernées : 11 400 habitants
Inscrits dans les 141 communes concernées : 15 700 habitants
Surplus d’inscrits par rapport à la population en nombre : 3 400 !!!
Surplus d’inscrits par rapport à la population en pourcentage : 30 % !!!
Certes il y a des électeurs qui ont parfaitement le droit de voter dans ces communes puisqu’il y en a qui payent soit une TH[1], soit une TFB[2], soit une TFNB[3].
Mais comment expliquer une telle distorsion entre la population enregistrée par l’Insee et le nombre des inscrits, comment distinguer le grain de l’ivraie ?
2 – COMMENTAIRE CRITIQUE
Un tel nombre de communes concernées par ce phénomène, un tel écart entre inscrits et habitants devraient susciter des interrogations majeures, tant de la part du corps électoral, que des mouvements politiques, sans oublier les gardiens du temple : les services de l’Etat et de la Justice.
Sans vouloir rechercher la responsabilité des uns ou des autres, un constat évident s’impose : il faut absolument expliquer ce phénomène qui concerne principalement le rural.
Comment accepter que certains élus tirent leur légitimité d’un corps électoral formé par des électeurs qui pourraient ne pas être contribuables dans la commune où ils sont inscrits ?
Comment accepter que les commissions électorales (dites commissions administratives) ne s’interrogent pas sur de telles disparités ?
Rappelons qu’elles sont constituées pour chaque commune du maire ou de son représentant, du délégué de l’administration désigné par le Préfet et d’un délégué du Président du tribunal de grande instance.
Le Préfet et le Président du Tribunal de Grande Instance devraient donc êtres des acteurs essentiels pour dissiper les doutes et lever les interrogations.
Mais ce ne semble pas être le cas au regard des exemples cités !
3 – POUR UN FUTUR ÉLECTORAL « SÉRIEUX ET DIGNE »
En ce début de 21ème siècle une sérieuse refonte du corps électoral et la mise en place de procédures d’inscription rigoureuses de ces listes s’impose. il est désormais très simple, grâce aux fichiers de la direction des impôts de vérifier si tel électeur remplit ou pas ses obligations pour être électeur.
La justice et l’administration le doivent aux contribuables que sont les électeurs, conformément à la jurisprudence du Conseil constitutionnel : « il est indispensable de rappeler que, dans une démocratie, l’élection est un acte majeur qui doit s’accomplir dans des conditions sérieuses et dignes » (Cahiers du Conseil constitutionnel n° 13, § II -a).
Si la justice et l’administration ne prennent pas les mesures pour que le scrutin se déroule dans des conditions « sérieuses et dignes », que reste t-il de l’Etat de droit ?
Roger Micheli et Ghjuvan Luigi Rossi
NB 1 : le fichier qui a permis d’aboutir aux résultats cités sera transmis à toutes les personnes désireuses de connaître le détail des chiffres communaux, dès lors qu’elles en feront la demande à l’adresse suivante : ichjassi@gmail.com
NB 2 : rappelons qu’il en va de même pour celles qui souhaitent recevoir un texte publié : il leur sera communiqué au format PDF.
[1] TH : taxe d’habitation
[2] TFB : taxe sur le foncier bâti
[3] TFNB : taxe sur le foncier non bâti
TRIBUNE LIBRE : LA PRÉPARATION DES TERRITORIALES. GUERRE PICROCHOLINE OU MALÉDICTION DES PHARISIENS ?
Dans un récent billet publié sur son blog (http://www.pgp-web.com/cn/?p=2168) Pierre POGGIOLI fustige les chats et entrechats (figures de danse classique) auxquels se livrent les diverses composantes de l’ensemble nationaliste, en cette période de préparation des territoriales de décembre 2015.
Il rappelle ensuite deux évidences qui semblent, pour le moment, échapper à tous les futurs candidats :
-les électeurs veulent connaître les grandes lignes de leur action future : le fameux programme souvent rédigé par quelques uns sur un coin de table ;
-et leur stratégie pour le second tour : les regroupements à opérer pour arriver en tête des suffrages et obtenir la prime majoritaire de 9 sièges, les 42 autres étant attribués en fonction du nombre de suffrages obtenus.
J’élargirai cette réflexion à la totalité de la représentation politique de l’île tant elle me semble pertinente, et pour cause….
À droite s’est tenue une réunion secrète avec indiscrétions savamment distillées, sur fond de berlines froissant le gravillon, dans une fraîche nuit du centre de la Corse. Il y aurait en l’état trois listes.
À gauche, il s’en dessinerait cinq : celle du Président de l’exécutif ; celle qui lierait Bonifacio, Afa et la conseillère municipale socialiste de Bastia ; celle issue du duo des malheureux candidats aux dernières municipales d’Ajaccio et de Bastia ; celle formée par une éventuelle alliance entre Corse social démocrate et le MCD représenté par le Président du SYVADEC et pour clore l’ensemble, une liste communiste.
Chez les nationalistes il s’en esquisserait trois : CORSICA LIBERA, FEMU et même une troisième liste…
Enfin il ne faut pas oublier le FN. Ce qui nous donnerait 12 listes, 612 candidats et pas un seul programme pour le moment… Espérons que septembre, propice à la floraison de la bruyère soit également propice à l’éclosion des programmes.
Comment expliquer cette agitation générale et désordonnée dans la préparation de cette échéance électorale ? Je propose deux lectures : une fondée sur la guerre picrocholine, l’autre sur la permanence de la malédiction des pharisiens.
I – RAPPELS
Afin de ne pas désorienter le lecteur il convient d’effectuer quelques rappels sur ces deux notions.
1 – La guerre Picrocholine
C’est un épisode qui figure dans le GUARGANTUA de Rabelais écrit au 16ème siècle.
Une querelle locale, oppose bergers de Grandgousier (grands gosiers) et fouaciers (boulangers) d’un bourg proche. Les torts ne sont pas tout à fait partagés : les bergers souhaitent acheter des « fouaces » (fougasses). Sans explication aucune les fouaciers répondent par des insultes et frappent les bergers. Et le conflit s’envenime : les bergers frappent à leur tour et s’emparent des fouaces, tout en les payant. Jusque là la balance penche en faveur des bergers.
Mais au lieu de calmer ce qui n’est qu’une petite querelle, le roi des bergers, PICROCHOLE, déclare la mobilisation générale, et attaque le pays de Grandgousier sans lui avoir déclaré la guerre. Face aux méfaits de la guerre le roi de Grandgousier envoie un ambassadeur pour faire entendre raison à PICROCHOLE. Celui ci interprète la démarche comme un geste de faiblesse et s’engage plus avant dans le combat. Mais son armée est tellement désorganisée qu’il perd le combat et s’enfuit en y laissant même ses vêtements.
Grandgousier réagit comme un roi : mansuétude pour les peuples, refus de l’annexion du domaine de PICROCHOLE qui reviendra à son fils et punition des responsables de la guerre, les fouaciers et les mauvais conseillers de PICROCHOLE.
L’expression guerre picrocholine est donc utilisée pour qualifier un conflit local, dont l’enjeu est minime, mené avec une totale démesure par des hommes aux grands gosiers ne sachant pas faire la part des choses, c’est à dire distinguer l’essentiel de l’accessoire.
2 – La Malédiction des Pharisiens
Cette fois le texte a 2000 ans et figure dans l’Evangile de Matthieu (Nouveau Testament)
J’en cite la partie qui s’applique à notre interrogation : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! Parce que vous …dites : Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour répandre le sang des prophètes. Vous témoignez ainsi contre vous-mêmes que vous êtes les fils de ceux qui ont tué les prophètes. Comblez donc la mesure de vos pères ». (Matthieu 23-29 à 23-32).
Personnes imbues du savoir religieux, les Pharisiens, sont dans une stricte observance de la Loi Mosaïque, ce qui leur fait commettre des excès. En effet, par souci d’un respect minutieux de la Loi, ils méprisent les pauvres gens qui ne connaissent pas cette Loi et les empêchent de la connaître. Ce sont d’ailleurs eux qui composent la majorité du Sanhédrin, (Jean 11-47) c’est à dire de l’instance suprême de la communauté juive qui prononce le jugement que l’on sait, avant que Pilate ne l’acquiesce, tout en s’en lavant les mains.
Mais l’essentiel est contenu dans la phrase : « comblez la mesure de vos pères ». Ceux qui ont tué les prophètes et les sages qui ont précédé Jésus et dont parle l’Evangélise, ne sont pas les parents directs des pharisiens à qui est adressée la Malédiction. Mais ce sont leurs lointains ascendants. Les pharisiens auxquels Jésus parle sont les descendants de ceux qui ont commis ces meurtres et les dénoncent même. Cependant, par déterminisme historique ils ne sauront échapper à leur propre destin : faire comme leurs ascendants et condamner Jésus.
Ils « combleront la mesure de leur pères », ils seront à la mesure de leurs ascendants, ils feront comme leurs ascendants en condamnant Jésus, comme Jésus le leur annonce en ce verset.
L’expression malédiction des Pharisiens est donc relative à un déterminisme[1] historique qui puise ses racines dans le passé commun d’un groupe humain. Ceux qui le composent reproduisent les comportements véhiculés par leur commune histoire, malgré la dénonciation qu’ils en opèrent.
II – TRANSPOSITION À LA PRÉPARATION DES TERRITORIALES
1 – La lecture Picrocholine
A cette aune les similitudes sont multiples.
La querelle est locale : il s’agit, d’un point de vue national, d’une consultation qui concerne 320 000 personnes, soit la plus petite des futures régions. Celle qui est à l’avant dernière place, tant en population qu’en PIB, est le Centre – Val de Loire avec 2,6 millions d’habitants. Elle a un PIB de 69,6 milliards d’€ alors que celui de la Corse est de 8,2 milliards d’€. Mesurons l’écart !
La démesure est totale : 12 listes potentielles, 612 candidats et pas de programmes à part quelques rares esquisses ici ou là, mise à l’encan de quelques uns, querelles déclarées irréparables, roulements de tambours, regroupement de bataillons, réunions publiques avec démonstration de force, etc.
Les comportements ressemblent à ceux de bergers de Grandgousier : « coups politiques » entre voisins idéologiques, que ce soit à droite, à gauche ou chez les nationalistes, prises de positions destinées à se démarquer plutôt qu’à construire, stratégies tous azimuts, alliances officieuses ressemblant au mariage de la carpe et du lapin, etc.
Mais l’essentiel n’y est pas : absence de grandes lignes de l’action future et défaut d’affichage clair des alliances de second tour. Tout se passe en off : conciliabules, coups de fils et réunions plus ou moins secrètes.
2 – La lecture Pharisaïque
Tous disent qu’en ce 21ème siècle il s’agit de rompre avec les habitudes anciennes, les accords entre clans et faire passer l’intérêt de la Corse avant les querelles partisanes.
Et pourtant tous « comblent la mesure de leurs pères », reproduisent les comportements électoralistes anciens.
La droite qui se dit libérale, donc par définition respectueuse de la volonté et de la créativité individuelle, est dans un schéma pyramidal (pour ne pas dire dans un centralisme démocratique) avec deux grands généraux et un jeune colonel qui donnent la mesure à leurs potentiels électeurs.
La gauche qui se dit porteuse de progrès face au conservatisme, est empêtrée dans une querelle de chapelle, digne de figurer dans Astérix en Corse. On sent bien que le progrès et la vision moderne n’ont pas le même sens en Corse que chez Jaurès
Les nationalistes qui ont longtemps repris le refrain d’un célèbre groupe engageant les uns et les autres à ne pas aller voter pour des Grandgousiers avides de « fouaces », sont en train d’adopter les mêmes comportements que ceux qu’ils dénonçaient : le billet de Pierre POGGIOLI l’illustre à merveille.
En somme, les politiques Corses, quelle que soit la couleur de leur engagement, n’échapperont pas à la malédiction des Pharisiens : tout indique aujourd’hui, qu’ils combleront à leur tour la mesure de leurs pères, même en ce 3ème millénaire !
3 – Conclusion
Ces deux lectures se complètent et sont, malheureusement, encore d’actualité dans notre île. Il faut reconnaître que la représentation politique ne manque pas d’imagination pour la stratégie, les déclarations d’ordre général, mais qu’elle est plus avare en matière de mesures concrètes et d’axes de développement pragmatiques.
Ce n’est pas le PADDUC, qui s’est transformé en document d’urbanisme, avec une partie relative au développement économique reléguée au second plan qui y pourvoira, d’autant que le document semble promis à une dense et riche jurisprudence constitutionnelle et administrative.
Les 22 000 demandeurs d’emploi et les 64 000 personnes vivant sous le seuil de pauvreté, eux, attendent. Les électeurs aussi, sont dans l’expectative.
Espérons donc que le mois de septembre, fera floraison de contenus programmatiques sérieux et argumentés ainsi que de clarté politique.
Roger Micheli
[1] déterminisme : comportement humain dont la cause relève des antécédents, du vécu du groupe.
TRIBUNE LIBRE : LA CCI REGIONALE DE CORSE A TURIN
La chambre de commerce et d’industrie de Corse (CCIC) fait partie de l’association Alpes Méditerranée qui est composée des CCI régionales suivantes :
Le concept d’ euro région, à la base de la création de ce regroupement associatif, a pour but d’offrir aux entreprises du territoire franco-italien de l’Eurorégion Alpes – Méditerranée de nouvelles opportunités de développement et mieux faire connaître une réalité économique qui dépasse les frontières.
J’y suis intervenu lors d’une récente réunion à Turin en m’inspirant des idées développées par votre cercle de réflexion, notamment le statut des îles et la continuité territoriale. Toutes deux ont reçues un accueil très favorable et mes collègues m’ont assuré de leur appui pour porter ces idées auprès de Bruxelles.
Aussi afin de restituer un peu de la réflexion que vous avez mise à ma disposition, je vous livre le discours préparé pour cette intervention, après l’avoir modifié en y entrant la Toscane et en y ôtant Rhône-Alpes, Piémont et Val d’Aoste pour rester dans le droit fil de votre réflexion.
« Mesdames, Messieurs,
C’est avec beaucoup de joie que je suis devant vous et c’est avec humilité que je vais vous présenter mon île : la Corse.
Je dois préciser que comme tous les habitants d’une île, je suis amoureux de mon île. C’est une chose qui n’est pas facile à comprendre pour ceux qui vivent en des lieux qui permettent de se déplacer sans limite. Mais les îliens partagent ce sentiment qui les attache à leur bout de terre bordé par la mer.
La Corse n’a pas marqué les débuts de la civilisation comme l’ont fait la Crète, Rhodes et les iles grecques.
Nous, nous sommes arrivés bien après, avec Pascal Paoli qui a posé les principes démocratiques modernes et son contemporain Napoléon qui a jeté les bases de l’Etat français.
Enfin, je dois vous préciser que nous sommes, avec la Sardaigne, la plus jeune des îles de Méditerranée avec 11 000 ans à peine. En effet, c’est vers 9 000 avant JC que la montée des eaux nous a séparées. Auparavant nous ne formions que la grande île Corso-Sarde.
1 – Vous présenter la Corse c’est d’abord faire un peu d’histoire.
De ce point de vue, 1962 est une date importante. Avec 180 000 habitants la Corse est au niveau de 1806, le niveau qui était le sien sous Napoléon, un an après son sacre comme empereur.
Depuis la population de l’île avait progressé de 1 300 habitants par an, porté par le progrès du 19ème siècle : hygiène, alimentation, médecine et échanges extérieurs.
Mais à compter de 1962 la population progresse de 2 700 habitants par an, soit plus du double que celle du 19ème siècle. Comme les Corses ont quitté l’île pour chercher meilleure fortune dans l’empire colonial, ce sont de nouveaux venus qui peuplent l’île.
Cet afflux considérable et le bouleversement qu’il entraîne provoque la recherche de notre socle commun, des valeurs et de l’âme qui ont fait notre île. Cette recherche est portée par le vaste bouillonnement intellectuel qui caractérise la décolonisation à l’échelle européenne.
Il est incarné par le régionalisme qui trouve dans cet accroissement brutal de population, qu’il ressent mais ne mesure pas tout à fait, le catalyseur de son expansion.
La Corse a alors connu une période difficile. S’opposent en termes physiques et parfois meurtriers, d’un côté la survalorisation de l’identité et de l’autre côté la négation de l’identité.
La situation a désormais changé avec une acceptation de l’autre, conformément au fil de notre histoire car la Corse a toujours fabriqué des Corses, quelle que soit leur origine ethnique ou géographique.
Mais je tiens à le réaffirmer, c’est la progression démographique, avec ses conséquences économiques, sociétales et comportementales qui explique les soubresauts récents de notre histoire.
L’expansion démographique de près de 140 000 habitants, c’est-à-dire une progression de ¾ de la population de l’année 1962 repose sur un grand vecteur : la prépondérance du solde migratoire[1] sur le solde naturel[2],
Désormais l’accroissement de notre population par des arrivées continues et élevées est un élément constitutif de notre société.
2 – Vous présenter la Corse c’est aussi la comparer à notre ensemble.
En 2013, suivant les données d’Eurostat, avec 320 000 habitants, nous sommes la moins peuplée des cinq régions ici représentées :
-la Ligurie et la Sardaigne en ont 5 fois plus, soit 1,5 à 1,6 M
-la Toscane en a 12 fois plus , soit 3,7 M
-PACA en a 15 fois plus, soit 5 M.
Toujours en 2013, nous sommes celle qui a le plus faible PIB, 8,6 Milliards d’€ :
-celui de la Sardaigne est 4 fois supérieur : 3,1 Milliards d’€
-celui de la Ligurie est 6 fois supérieur : 4,8 Milliards d’€
-celui de la Toscane est 12 fois supérieur : 10,8 Milliards d’€
-celui de PACA est 18 fois supérieur : 15,3 Milliards d’€.
Pour le revenu annuel des salariés, tous secteurs confondus, les statistiques qui datent de 2010, ne doivent pas avoir subi de bouleversement. La Corse est la région dont les salariés, disposent du revenu global le plus faible, car ce sont les moins nombreux :
-seulement 4,1 Milliards d’€ à réinjecter dans le circuit économique
-la Sardaigne en a 3,5 fois plus : 14,4 Milliards d’€
-la Ligurie en a 4,2 fois plus : 17,1 Milliards d’€
-la Toscane 10,2 fois plus : 41,9 Milliards d’€
-PACA en a 17,4 fois plus : 71,5 Milliards d’€.
Il n’y a que pour le chômage, cette fois en 2013, que nous abandonnons notre dernière place à nos amis Sardes qui ont 17,5 % de chômage. Nous suivons avec 12,4 %. Viennent ensuite PACA avec 10,8 %, la Ligurie avec 9,8 %, la Toscane avec 8,7 %.
3 – Vous présenter la Corse c’est aussi en dresser quelques grands traits
La Corse est en train de subir un vieillissement important de sa population. Elle ne fonde son économie que sur une activité saisonnière et cette économie est assise sur trois rentes toutes fragiles :
-la 1ère rente qui est la rente foncière est dépendante de règles d’urbanisme mal définies ;
-la 2ème rente qui est la rente du commerce, de l’hébergement et de la restauration est dépendante des transports et le pire est à craindre avec la disparition prochaine d’une compagnie importante ; au surplus elle est en concurrence avec des destinations moins chères ;
-la 3ème rente, celle du suremploi public est menacée par la baisse des dépenses de l’Etat afin de maîtriser le déficit public.
Le secteur privé (pourvoyeur de 62 % des emplois) est composé à 95 % de TPE qui sont immédiatement impactées par la crise économique en raison de leur taille.
Enfin la Corse n’arrive à couvrir que 30 % de ses besoins, malgré ses ressources naturelles (eau, énergie, beauté des sites).
Pour conclure je dis que la Corse est en situation d’échec économique : elle n’arrive pas à développer une économie qui fournisse de l’emploi (taux de chômage supérieur à la moyenne nationale depuis 2000) et 20 % de sa population vit sous le seuil de pauvreté (950€ /mois).
4 – Y a t-il donc, en Corse, une vie hors de la rente ?
Je vais vous rassurer, oui ! Mais cette vie est fragile. Chacun sait, même si le rêve de l’emploi dans le secteur public perdure, que l’emploi futur se trouvera au sein des entreprises.
Or les entreprises du secteur privé, qui pourvoient à 62 % des emplois, sont composées à 95 % de TPE, de très petites entreprises de moins de 10 salariés qui sont ballotées par la crise économique en raison de leur taille.
Elles produisent cependant près de 70 % de la richesse de l’île !
Vient donc la question de leur pérennité, qui ne semble préoccuper personne…..
La pérennité des entreprises repose sur deux grands moteurs mal connus :
→l’investissement public pour leur activité,
→et le financement bancaire pour accompagner leur développement.
Eh bien ces deux moteurs sont au ralenti en Corse !
Premier moteur, L’investissement public repose à 70 % sur les collectivités locales.
Mais les collectivités de Corse, privilégiant la conservation du pouvoir, augmentent inconsidérément leurs dépenses courantes et notamment leurs dépenses de personnel. La conséquence est terrible ! En agissant de la sorte elles se privent de la possibilité de dégager une épargne conséquente pour pouvoir investir.
L’exemple le plus flagrant en est la consommation du plan exceptionnel d’investissement (PEI), fond mis à la disposition de la Corse pour rattraper son retard en infrastructures.
Alors que 1 940 M€ sont à la disposition du développement de l’île et donc en mesure d’alimenter l’économie, moins de 700 M€ ont été consommés à la fin 2012. Aujourd’hui nous sommes sur une consommation tendancielle de 90 à 100 M€ par an, ce qui donne 900 M€ de consommés fin 2014. Il faudra donc encore de longues années pour consommer les 1 000 M€ qui restent.
La raison découle de la faible capacité d’apport propre des collectivités locales qui ont diminué leur capacité d’épargne et limité ainsi leur possibilités d’investissement qui doit être de 30 % des 2000 M€ du PEI. Les entreprises et leurs salariés attendent…
S’agissant du second moteur, le financement bancaire, le constat est aussi particulier que le statut dont est dotée l’île. Suivant la banque de France, la Corse a été contributrice nette aux crédits accordés aux entreprises du reste du pays.
Ainsi entre 2008 et 2013, il y a eu 7660 M€ de dépôts bancaires qui ont quitté l’île faute d’utilisation. Cela équivaut à 4 PEI qui ont alimenté l’investissement hors de Corse.
Une des causes de cet échec réside en la sur-administration de l’île censée faciliter la vie des entreprises. En réalité cette sur-administration n’est qu’une machine qui auto alimente son activité, aidée en cela par l’Etat et les banques.
J’affirme ici que la Corse est sans gouvernail et ce n’est pas un récent plan de développement de plus de 3000 pages, plus long que la Bible, ou les actions économiques n’apparaissent qu’accessoirement, qui y remédiera.
5 – Dans cet océan de difficultés quelle conduite adopter ?
Après ce constat inquiétant, je vais vous donner ma vision du futur.
Il nous faut une vision qui remette les régions au centre du développement économique et l’Etat français avec son histoire centralisatrice multiséculaire n’y est pas prêt.
Je ne prétends pas détenir à moi tout seul, les clés du futur. Mais j’estime, en qualité de porte parole des entreprises et de leurs salariés, qu’il m’appartient d’apporter ma contribution.
Un renversement de la pente sur laquelle nous sommes repose sur des actions conjuguées portant sur :
→Le retour de l’investissement public au travers d’une charte proposant aux collectivités locales de consacrer la majorité de leurs recettes à l’investissement alors que c’est le contraire qui l’est actuellement ;
→Le retour de l’investissement privé avec une structure économique regroupant les décideurs territoriaux et les banques, sous le contrôle de l’Etat, afin d’orienter l’épargne vers des projets sérieux ;
→La formation des hommes avec une adaptation de la formation professionnelle aux besoins de l’île, une formation des élus avant de prendre leurs fonctions et une professionnalisation de l’économie sociale et solidaire ;
→Une maîtrise des transports extérieurs, un développement des transports intérieurs et une continuité territoriale européenne ;
→Une exploitation des richesses respectueuse de l’environnement en agissant sur le patrimoine, l’agriculture, le tourisme et le traitement des déchets des activités humaines ;
→Une fiscalité encourageant l’esprit entrepreneurial, j’ai bien dit l’esprit entrepreneurial et non la spéculation ou l’affairisme, en fonction des secteurs d’activités ;
Mais je crois au plus fort de moi même que la solution ne pourra venir que de l’Europe.
6 – Pour une solution européenne
Il a fallu attendre 1998 pour que l’insularité soit introduite dans nos règles communes : « Afin de promouvoir un développement harmonieux de l’ensemble de la Communauté,…. la Communauté vise à réduire l’écart entre les niveaux de développement des diverses régions et le retard des régions ou îles les moins favorisées, y compris les zones rurales». (Article 158).
Cependant, le Parlement européen, dans un rapport de 2007 « sur les contraintes insulaires, naturelles et économiques dans le contexte de la politique régionale » considère que « dans le cas des régions insulaires… les dispositions adoptées n’ont jamais été appliquées ».
Certes des actions spécifiques existent : les aides d’Etat à finalité régionale et les politiques de tourisme. Mais c’est à mon sens traiter le problème par le bas.
Je sollicite votre aide pour porter une vision par le haut, c’est-à-dire une définition d’un statut des îles au parlement européen.
Il aurait le mérite de s’imposer sur les lois nationales, sans être limité par les règles constitutionnelles nationales.
Pour la Corse il permettrait de transférer des pouvoirs qui ne peuvent l’être actuellement, comme une partie de la fiscalité dynamique ou l’adaptation des lois aux réalités locales. En voici un exemple au travers des transports maritimes, essentiels pour les îles.
7 – L’exemple des transports
Le dispositif de transport est régi par la règle de la continuité territoriale. Elle a pour objectif de réduire les contraintes de l’insularité et d’assurer la libre circulation des personnes et des biens à l’intérieur des Etats membres.
Ce dispositif a été mis en œuvre le 1er janvier 1976 pour les liaisons maritimes, puis en 1979 aux liaisons aériennes. Il est encadré par plusieurs règlements et directives communautaires, transposés en droit français, afin d’éviter toute distorsion de concurrence entre les transporteurs.
Ce système qui n’a pas été revu depuis 40 ans, a arrimé la Corse au seul continent Français.
De fait la Corse n’a été en mesure de développer des liens commerciaux qu’avec Marseille. Les autres régions méditerranéennes continentales ou îliennes de l’UE, qu’elles soient françaises, italiennes ou espagnoles ont été ignorées.
C’est le défaut de conception jacobin de ce dispositif qui a fait de la Corse un marché captif de consommation.
Conséquence 1 : les exportations de la Corse représentent en moyenne ¼ de ses importations. De plus cette tendance est à la hausse.
Conséquence 2 : le système productif corse a été limité à un marché de production qui ne vit que sur des niches. Ces niches se situent dans l’agro-alimentaire,le bois, quelques services informatiques et dans l’industrie avec une entreprise sous traitante d’Airbus.
On arrive ainsi à une Europe à deux vitesses :
–l’une ouverte aux autres pays, constituée par les régions continentales de l’UE ;
–l’autre composée des îles méditerranéennes qui sont économiquement bornées aux pays dont elles sont une partie administrative.
Or faut-il le rappeler, la Méditerranée est le creuset de ce que l’on a coutume d’appeler « la civilisation occidentale ». Cette civilisation, construite par le siècle des Lumières n’existerait pas sans l’apport culturel et l’héritage d’Athènes et de Rome, ni sans les échanges commerciaux qui y ont lieu depuis lors.
Or en réduisant ces échanges aux relations entre les îles et leurs seuls Etats, le dispositif de continuité territoriale est la négation de notre culture commune, ainsi que la négation de l’histoire et de la géographie de la Méditerranée !
8 – Ma vision
Pour la Corse il convient d’avoir une vision plus pragmatique : c’est celle de la mise en place d’une continuité territoriale entre territoires proches, autres que PACA.
Il s’agit de la Sardaigne, de la Toscane (Florence) et de la Ligurie (Gênes). Commençons donc par la Sardaigne.
Pour converger vers cette unité, les transports maritimes ont un rôle primordial à jouer comme facteur d’intégration régionale
Aussi l’avenir de nos deux îles réside dans la maîtrise complète des transports et dans une plus grande intégration européenne et méditerranéenne.
Cependant le développement économique conjugué de ces deux îles ne se décrète pas. Pour qu’il surgisse, il faut créer les conditions sur la base d’une position stratégique claire et simple : celle d’une initiative méditerranéenne de croissance et de développement durable !
Elle repose sur 4 axes.
Et j’ai développé les quatre axes que vous avez présentés :
Axe 1 : Une action internationale
Axe 2 – Un sommet économique Sardaigne – Corse annuel
Axe 3 : Une continuité territoriale européenne
Axe 4 : Une stratégie économique avec des actions communes
-en matière d’intelligence économique
-en matière de recherche et le développement économique
-en matière de fiscalité
J’ai conclu en précisant qu’un statut fiscal spécifique aux îles doit permettre le renforcement de l’investissement des entreprises et l’établissement de zones franches, paradis fiscaux exclus s’entend….
Ce statut permettra de favoriser les financements innovants, car ils transformeront les deux îles en acteurs de leur propre développement par leur action de proximité.
Enfin, cette dynamique devra se poursuivre par un élargissement de cette stratégie aux régions continentales de l’UE.
Plus nous serons nombreux, plus nous serons économiquement forts et plus nous serons entendus à Bruxelles et dans les diverses capitales de l’UE.
Mesdames et Messieurs,
J’espère tout d’abord avoir pu vous présenter mon île avec ses difficultés et ses potentiels immenses.
J’espère ensuite avoir pu vous faire partager la passion que je nourris envers mon île et pour son développement.
Pour conclure, je crois fermement que notre futur dépend de l’UE, au travers d’un statut européen des îles.
Je vous remercie de votre attention ».
Antoine MONDOLONI
[1] Solde migratoire : différence entre le nombre de personnes venant résider en Corse et celles allant résider hors de l’île.
[2] Solde naturel : différence entre le nombre de naissances et le nombre de décès enregistrés au cours d’une période.
Les personnes désireuses d’avoir le texte sous un format PDF peuvent en faire la demande à l’adresse mail suivante : ichjassi@gmail.com.
TRIBUNA LIBARA : L’ISULA A A LUCE DI A BIBBIA / TRIBUNE LIBRE : L’ILE A LA LUMIERE DE LA BIBLE
Per a cultura ghjudeia cum’è per a cultura occidentale, a Bibbia custituisce una enciclupedia etnulògica è sociulògica. Si sò interessati à e Sante Scritture tutti i pinsadori maestri di iss’ultimi millenarii.
U cuntrastu natu trà Celsu (filòsoffu epicurianu) è Origene (teòlugu) à u 2ndu seculu annant’à a natura divina di Ghjesù, cuntinuarà à u 20simu seculu incù Alfred de Vigny è Simone Weil rispettu à u Giardinu di l’Alivi, dopu ch’ellu appii furmulatu Nietzche u so famosu « Hè mortu Diu » in ribombu à l’ardente cristianu ch’ellu era Kierkegaard.
Di pettu à spiriti simuli pudemu misurà quant’è no simu chjuchi. Pruvendu à firmà mudestu, aghju da aduprà issu materiale pè riflette à a viulenza, chì si cunfonde cù l’isula da i tempi landani, fendu u paragone cù a Bibbia è misurendu issa viulenza à l’Anticu Testamentu in a prima parte è po à u Novu Testamentu in a siconda. Da apre piste di riflessione annant’à a viulenza in Corsica mi ghjuvaraghju d’issi dui quatri d’analisi in a terza parte.
I – A VIULENZA INGHJINNERATRICE DI CULTURA È D’UMICIDIU
In u mitu famosu, Cainu, u cultivatore, tomba u fratellu Abel, u pastore.
A causa d’iss’assassiniu hè a collara di Cainu, dopu chì Ghjeova appii accittatu solu l’offerta d’Abel. Ùn dà u racontu nisuna spiigazione chjara di a scelta divina trà i dui fratelli.
Purtantu Ghjeova cundanneghja l’umicidiu è punisce à Cainu, fendune un andaccianu, un errente perpetuu (Ge 4 -12). Ma risponde ellu à a richiesta di l’assassinu chì teme chì qualchissia u trovi è u tombi.
Segna tandu Cainu di manera chì quellu chì u trova ùn lu tombi micca (Ge 4-15) è face lege contr’à l’assassiniu, dicendu chì sì qualchissia u tumbava, Cainu sarebbe vindicatu sette volte (Ge 4-15).
Hè a prima furmulazione di u rifiutu di u principiu inflaziunistu di a viulenza, inflaziunistu significhendu chì u principiu di a viulenza sarà cuntinuu è autointrattinutu.
Pè incalcà cum’ellu si deve st’oppusizione à a viulenza autoperpetuatrice, face l’ogettu l’assassinu d’una cundanna murale assuluta perchè chì Diu grida : « Ch’ai fattu ? A voce di u sangue di u to fratellu mughja da a tarra sinament’à mè » (Ge 4-10).
A messa in vista di u criminale permette di sfarinziallu di a cumunità di l’omi, di mettelu muralmente «fora di a cumunità» per francacci d’altri assassinii.
Limitatu da a cundanna murale, l’assassiniu hè vistu cum’è l’attu fundatore di a civilizazione, di a cultura.
Hè cusì chì Cainu fece una cità (Ge 4-17). A so discindenza stà sott’à e tende è accant’à e so bande (Ge 4-20). Sona di l’arpa è di a cialambella (Ge 4-21). Stazzuneghja tutti l’ardigni di bronzu è di farru (Ge 4-22).
U crimine originale hè l’attu fundatore d’un prucidimentu chì permette u sviluppu di e cità, di u numadisimu cù e tende è cù e bande, di l’arte cù l’arpa è cù a cialambella, di e custruzzione cù u bronzu, mischiu mitulogicu d’una risistenza maiò.
Si multiplicheghjanu l’omi annant’à a Terra (Ge 6-1) fintantu chì l’Eternu s’avvechi chì a gattivera di l’omi era maiò, chì tutti i pinsamenti di u so core u purtavanu versu u male (Ge 6-5) è ch’ella era a Terra colma à viulenza (Ge 6-11).
Vense tandu u disciuglimentu di l’ordine culturale impulsu da Diu è maltrattatu da l’omu, cù u diluviu chì durarà quaranta ghjorni è quaranta notte (Ge 7-12).
Ma daretu à issu mitu ci vole à rammintassi ch’ellu ci hè una vittima nucente : Abel. È tutta a cultura, tutta a civilizazione fundata annant’à l’assassiniu originale tene per u sempre issu carattaru criminale.
Hè issu carattaru criminale chì hà da distrughje cultura è civilizazione durante i seculi, quand’è ch’ella sarà sciolta ind’è i cori è ind’è l’anime a virtù murale ch’ella cuntene a cundanna di Diu, è dinò u segnu chì avia spiccatu l’assassinu di a so cullettività.
Tandu, cumu ùn paragunà issu prucidimentu di distruzzione da a frasa chì sarebbe, sicondu a Bibbia, quella di Lemec, figliulinu di Cainu : « Sarà vindicatu sette volte Cainu, è Lemec settantasette volte » (Ge 4-24).
À parè meiu dà cunfirmazione chì a viulenza inghjenna a viulenza (Ge 7-12), Abel ùn essendu chè u primu di una lista longa di vittime chì pupuleghjanu l’Anticu Testamentu.
À palisà issu fenomenu sò i prufeti chì dicenu l’essenziale : pocu impreme ch’elle sianu rispittate e prescrizzione religiose s’ellu ùn hè rispittatu u fondu chì leia a cumunità.
È u fondu cunsiste à ùn divintà fratelli nimichi cum’è Cainu è Abel, cum’ellu hè riassuntu da a formula di u Leviticu : « Ùn ti vindicarei micca… Tinarei caru u to prossimu cum’è à tè stessu » (Lev 19-18).
M’hanu cunduttu tutti ‘ssi sviluppi à pinsà chì u Diu di l’Anticu Testamentu hè u solu auturizatu à pussede a viulenza, ciò chì hà permessu sicondu a Bibbia u sviluppu di a civilizazione è di a cultura.
II – A RUMPITURA CÙ A VIULENZA È L’UMICIDIU PER VIA DI A CULTURA
Smintichendu a cundanna murale assuluta, a voce di u sangue di u fratellu chì mughja da a terra sin’à Diu, per parafrasà a Genesi, si trasformanu l’omi in gattivi demiurghi, gattivi perchè chì perpetueghjanu a viulenza.
Vene a prima dinuncia cù Lucca chì raporta ste parolle : « Li mandaraghju i prufeti è l’apòstuli ; à certi i tumbaranu, à l’altri i persiguitaranu, da ch’elli li sianu dumandati à ‘ssa generazione i conti di u sangue di tutti i prufeti, sparsu dapoi a creazione di u mondu » (11-49,50).
Hè ripigliata da Matteu : « Vi mandu i prufeti, i savii è i scrivani. À certi i tumbarete è i crucifissarete, à l’altri i minarete cù e mazzette ind’è e vostre sinagoghe, è i persiguitarete da una cità à l’altra, da ch’ellu si sparghji annant’à voi tuttu u sangue nucente sparsu annant’à a terra, da u sangue d’Abel sin’à quellu di Zaccaria, figliolu di Baracchia, ch’è vo avete tombu trà u tempiu è l’altare. » (23-35,36).
Sò ammintati tutti ‘ssi assassinii cum’è una enumerazione cumpletta di tutti quelli cummessi, qualsiasi a latitutine. U so carattaru hè universale per via d’issu sangue nucente spartu annant’à a terra, dapoi u primu omu di a Bibbia sinamente à Zaccaria, l’ultimu di i dodeci « prufetucci ».
Sta dinuncia hè apprufundita da Ghjuvanni : « U vostru babbu hè u diavule, è vulete suddisfà e vuluntà di u vostru babbu. Da u principiu hè statu un criminale, è ùn li piace a verità, perchè chì verità in ellu ùn ci n’hè. Quand’ellu dice una bucia, li vene di u so stintu stessu ; perchè chì hè buciardu è genitore di a bucia. » (8-44)
Esse figliolu di u diavule ùn hè esse figliolu di a riprisintazione icunugràffica d’un essare chì stupa u focu, cù u so tridente è cù a so coda pinzia.
Esse figliolu di u diavule vole dì perpetuà duie cose : l’umicidiu originale è a bucìa chì nega iss’umicidiu da i tempi landani. D’altronde hè duppiamente umicidaghja issa bucìa perchè chì sbocca sempre annant’à l’umicidiu da piattanne a bucìa.
Ghjesù, postu ch’è no parlemu d’ellu, sà binissimu chì ùn sò i Farisei chì hanu tombu i prufeti, i savii è i scrivani. D’altronde ci dice u scrittu ch’elli sò i Farisei i figlioli di quelli chì hanu tombu : « S’è n’avissimu campatu in tempi di i nostri babbi, ùn l’avariamu micca aiutati à sparghje u sangue di i prufeti. Tistimuniate tandu contr’à voi stessi ch’è vo site i figlioli di quelli chì hanu tombu i prufeti. » (Mt 23- 30;31).
In stu casu spicificu, ùn s’agisce di una trasmissione genètica di l’umicidiu, di una trasmissione da babbu à figliolu di a rispunsabbilità di l’umicidiu, ma di una trasmissione culturale, spirituale è intellettuale chì si face, di modu straurdinariu, per a ripudiazione furmale di l’attitutine di i babbi.
Cundannenduli, cundannendu i so atti, ricusendu quant’elli ponu l’umicidiu, i figlioli credenu di staccassi di i so babbi. Infatti è senza sapella facenu cum’è elli !
Ùn capiscenu chì l’assassiniu di i prufeti hè a cunsiquenza di a dinuncia di l’umicidiu fatta da i prufeti. Hè per piattà iss’evidenza scumudente, per cunghjurà issa dinuncia evidente, per uccultà issa rialità evidente anch’ella chì i babbi hanu tombu.
Ricusendu quant’elli ponu l’umicidiu, i figlioli sò sempre guvernati da a listessa struttura mentale chè i so babbi, una struttura mentale duminata è marcata da u crimine originale, ch’elli ricusanu tutti cù forza ma chì volta sempre inesorabbilmente induv’è elli cum’è un boomerang. S’agisce d’un fenòmenu inflaziunistu, cuntinuu, autointrattinutu, circulariu chì imprigiuneghja l’omi cù un qualunque sistema culturale o filusòfficu è chì permette à a viulenza di perpetuassi.
Face chì l’umicidiu hè un pozzu senza fondu, una risorsa senza fine. Hè arradicatu cusì prufondu in e strutture mentale chè ciò ch’ellu ci ampara Ghjuvanni annant’à l’umicidiu ùn si pò sente mancu oghje.
Listessa per e parolle ch’ellu c’insegna Matteu chì ùn hanu ancu avutu ribombu : « Apraraghju a mo bocca per dì paràbbule è palisaraghju cose piatte dapoi a creazione di u mondu » (Mt 13-35).
Dapoi a fundazione di u mondu, ste cose piatte sò l’umicidiu è l’uccultazione di l’umicidiu. A crucifissione di u Cristu ùn hè chè u risultatu d’issu sistema : hè per ùn sente più ciò ch’ellu pruclameghja chì quelli chì l’ascoltanu si mettenu d’accordu pè spiccassi d’ellu, cunfirmendu cusì l’esattitutine di a maledizzione contr’à i Farisei tramandata da Lucca è da Matteu.
Hanu da scorre i seculi nanzu chì a doppia natura divastatrice cunstituita da l’omicidiu è da a bucìa chì u nasconde « ùn venghi frà mezu à i soii è ch’elli ùn la ricèvinu » (Ghjuvanni 1-11).
Ma sempre ind’è a storia ci sò stati l’omi, è ci sò sempre l’omi, per capisce i miccanisimi di a doppia natura divastatrice è ci hè cuncessa di spirà chì tuttu ciò chì era piattu dapoi a fundazione di u mondu sarà palisatu, per parafrasà à Matteu.
Dopu chì a viulenza ci appii purtatu à a civilizazione è à a cultura, u scopu di a cultura oramai sarà di ritruvà u fondu piattu chì nutrisce u miccanisimu di a viulenza, di disciuplicanne i fundamenti culturali, filusòffichi è murali da falli cunnosce à l’umani.
III – A VIULENZA, CULTURA DI A CORSICA
Per unepochi d’analisti, a Corsica hà un ideale ripubblicanu, una pulitica bunapartista è una rialità clanista, cù a cunsiquenza chì l’interessu cullettivu hè messu da cantu di pettu à a soma di l’interessi individuali o di l’interessi di i gruppi di pressione. Vene da custì a viulenza.
Hè bella chè capita chì ci hè un suppulu di verità in quessu l’accostu. Ma quellu ch’e prupongu eiu s’appoghja annant’à i sviluppi di prima. Per un dettu l’isula hè suminata di cappelle, di ghjesge è di catedrale. Si trovanu da l’alte cime, cum’è a cappella di Sant’Eliseu in Tavacu à 1271 m d’altitutine, à e marine, cum’è quella di Santa Maria di A Chjappella in Ruglianu, à pochi metri da l’arice di u mare.
Ma u fattu si stà chì a parolla di u Vangelu ùn hè ancu ghjunta à arradicassi quì.
A ragione hè chì, in i fatti è in u so funziunamentu, a Corsica hè greca, cum’ella hè rumana in a so ricerca d’accessione à u pudere è ghjudeia in i so raporti cù u mondu. Face chì ùn hè ancu stata in misura di fà spuntà u cuncettu di l’autunumia di l’individuu, cuntinutu in i Vangeli.
Hè cusì ch’è no ripigliemu u funziunamentu di u sistema suciale grecu, quellu chì più di 2000 anni fà ùn cunniscia a nuzione di l’ugualità trà l’omi. S’articulava a vita in giru à a nuzione di Cità.
Quelli chì ùn ne facianu parte eranu chjamati « metecchi » è si sfarinziavanu solu da a cundizione d’umani chì li era cuncessa, in u mentre chì ùn era cuncessa per i schiavi. Aldi là di a cità ci campavanu i Bàrbari. D’altronde ùn era ciò chì era sottintesu in u spiritu di Camille De Rocca Serra quand’ellu facia rimarcà ch’ellu ùn era di a cità Jean-Christophe Angelini. Listessa per u merre elettu di L’isula quand’ellu dumandava à u so cuncurrente di rientre in casa soia !
L’omu ùn esistia custì cum’è individuu, era solu u citatinu di a cità, « furmicula à mezu à a furmicule », « apa à mezu à l’ape ». U primu chì spresse un pinsamentu spùticu hè statu Socrate chì hè statu cundannatu à ingolle a cicuta.
L’isula ùn hà ancu à capisce u sensu stessu di « Arrizzati è viaghja ! » di Ghjesù à Làzaru. Ci vede u miraculu quand’ellu s’agisce d’una pruclamazione di l’autunumia, d’una affirmazione di a cuscenza individuale, di u rinculu di a deità chì face piazza à l’iniziativa umana, di u ritiru di u soffiu creatore chì lascia à l’omu cù u so ghjudiziu.
E parolle di Paulu di Tarsu –« Ùn ci hè più nè omi, nè donne, nè Ghjudei, nè Grechi, nè omi libari, nè schiavi, tutti ùn fate chè unu in GC »-, a Dichjarazione di i Diritti di l’omu è di u citatinu di 1789 – « L’omi nascenu è campanu libari è pari in i so diritti », ma dinò a Dichjarazione di e Nazione Unite –« Nascenu tutti l’umani libari è pari in dignità è in diritti ; sò dutati di ragiò è di cuscenza »- venenu à impittà annat’à a rialità greca di l’isula è ùn si ponu fà sente.
U funziunamentu puliticu, ellu, hè rumanu.
À Roma, quelli di e famiglie e più antiche, chì eranu spessu capizzoni, eranu visti cum’è i soli à avè u dirittu murale di guvernà, dopu à essesi arricchiti à u capu d’una armata o per via di u cummerciu. Infatti eranu i soli à pudella fà.
Ripunia stu funziunamentu, è hà duratu dodeci seculi, annant’à a pratica di a SPURTELLA, appughjata di modu filusòfficu annant’à u cumpurtamentu di l’evergete (quellu chì face u bè). Hè cusì chì u nobbule rumanu s’attirava gloria, ricunniscenza è pudere, senza parlà di a bona cuscenza, mutore di ripruduzzione di u prucidimentu chì dà à i so paisani menu favurizati ùn sò quantu cumudità : pruviste à gràtisi, stabbilimenti di bagni, ghjochi fastuosi o piacè sensuali.
Durante anni è anni s’hà da perpetuà a tradizione di a SPURTELLA : quelli chì contanu in a sucietà rumana si sentenu ubbligati d’accoglie a fila di e ghjente chì aspettanu di salutalli ogni mane pè riceve in ritornu a sporta di u ripastu chì pudarà esse rimpiazzatu da una manciata di listessu valore.
Sta manera di fà i rispunsevuli pulitichi corsi a ripruducenu ma facenu u cuntrariu di i Rumani, postu chì si ghjovanu elli di i fondi pubblichi è micca di i soii. È per compie, perdura a dipindenza, tuttu u cuntrariu di l’autunumia, cù l’aiutu di i sfavurizati elli stessi…
L’acquistu cristianu in fattu d’autunumia di cuscenza (l’omu creatu cum’è a maghjina di Diu significheghja ch’ellu hè dutatu d’intiligenza, di ghjudiziu è d’un pudere autùnumu) ùn hà ancu à ribumbà ind’è l’isula. È ùn accorre à ammintà tutti i Cesari lucali chì hanu cunnisciutu a sorte d’un Brutu aggruttatu sott’à u listessu tettu per pigliassi u pudere.
U raportu à u mondu vene ellu da i Ghjudei.
Sò elli chì l’hanu issu sintimu storicu, riligiosu è sociulògicu basatu annant’à l’Anticu Testamentu. Sò elli u populu elettu per via di l’allianza cunclusa da Diu cù Abrahamu : « Divintarei u Babbu d’una multitutine, oramai ti chjamaranu Abrahamu » (Ge 17-7).
Cum’è isulani, i Corsi si sentenu sarrati trà celu è mare, in un isulamentu trimendu, di pettu à l’universu cù quale elli dialugheghjanu è cù quale elli hanu una leia carnale. Li vene quessa da a storia è da a so oppusizione à u mondu : sò eletti perchè chì da i seculi si sò opposti à l’altru. Hè vera chì l’altru ùn l’hà tantu aiutatu, ch’ellu sia statu Sarracinu, Vìndalu, Bizantinu, Pisanu o Ginuvese. In sensu cuntrariu, l’altre regione di l’Auropa chì hanu vistu ghjunghje e bande di l’invasori, vinuti da livante o da punente, ùn hanu u listessu sintimentu perchè u so territoriu hè apartu di modu naturale.
Ma noi altri, à u cuntariu di i Ghjudei, simu eletti senza mitu fundatore è senza mitu fundatore ùn ci pò esse futuru.
Eccula a ragiò chì face chì, accantu à u ritrattu di u Babbu riprisentatu da PAOLI o di u BABBONE riprisentatu da SAMBUCUCCIU, parechji muvimenti si perdenu in a ricerca d’una purezza originale chì ripone annant’à un cultu mariale mal capitu.
Per un dettu cherenu à a mamma di Quellu chì vene à dinuncià l’umicidiu è a bucia chì perpetueghja l’umicidiu (Ghjuvanni 8-44) di dalli a vittoria annant’à i so nimichi, ignuranti ch’elli sò chì quessu u nimicu u portanu in elli stessi, postu chì l’impedisce di vede « e cose piatte da l’iniziu di u mondu ».
Hè annant’à issu tarricciu trìplice ch’ella cuntinueghja a viulenza, negazione d’umanità.
Dunque crergu chì u scopu di a cultura, in u so sensu u più largu, hè di dì ciò ch’ella hè a viulenza.
A viulenza cunsiste à ferisce, à mette à nulla, à interrompe a cuntinuità di l’individui. À tutti quelli chì ci participeghjanu i manda in un prucidimentu chì ùn hè più quellu induve ch’elli campavanu u so cuttidianu : hè a rumpitura di a cuntinuità ammintata quì sopra.
L’omi ci sò purtati da forze chì i cunducenu à aduprà cumpurtamenti chì ùn sò i soii, à falli tradisce a so cuscenza propia, i so ingagiamenti stessi, à l’accorta à falli tradisce a custruzzione di u so esse. Tradiscenu cusì a sustanza umana chì i face.
Perdura a viulenza instaurata. Hè custì, si sente, si vede annant’à e facciate di i stabbilimenti cummerciali è friquintemu ancu à quelli chì si ne riclamanu. È cusì cuntribbuisce à stallà un ordine chì nimu si ne pò sorte è tutti ne accettanu a perpetuazione.
Distrughje l’identità di tuttugnunu a viulenza. Infatti si facenu l’omi in a so relazione à l’altru. Da ch’elli ùn hanu più davanti à elli cà intità umane, animate da una forza chì ùn hà nulla à chì vede cù a so cundizione, u so cuttidianu, a so indiatura, instilleghja un ordine chì l’hà de rende stranieri per elli stessi.
In stu sensu strughje a so identità !
Roger Micheli / Traduzzione di Michel Frassati
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Pour la culture juive et pour la culture occidentale la bible constitue une encyclopédie ethnologique et sociologique. Tous les grands penseurs de ces derniers millénaires se sont penchés sur ces textes.
La controverse entamée entre Celse (philosophe épicurien) et Origène (théologien) au 2ème siècle sur la nature divine de Jésus, se poursuit encore au 20ème siècle avec Alfred de Vigny et Simone Weil à propos du Jardin des Oliviers, après que Nietzche ait formulé son célèbre « Dieu est mort » comme en écho au fervent chrétien qu’était Kierkegaard.
Face à de tels esprits nous mesurons combien nous sommes petits. Alors à ma très modeste place, je vais utiliser ce matériau pour réfléchir à la violence qui fait corps avec l’île de manière multiséculaire à l’aune du récit biblique, en rapportant cette violence à l’ancien testament dans une 1ère partie, puis au nouveau testament dans une 2ème partie et en utilisant ces deux cadres d’analyse pour proposer des pistes de réflexion sur la violence en Corse dans une 3ème partie.
I – LA VIOLENCE GENERATRICE DE CULTURE ET D’HOMICIDE
Dans le célèbre mythe, Caïn, le cultivateur, tue son frère Abel, le berger.
Ce meurtre résulte de la colère de Caïn après que Yahvé agrée la seule offrande d’Abel. Le récit ne donne aucune explication claire du choix divin entre les deux frères.
Yahvé condamne cependant le meurtre et punit Caïn en en faisant un vagabond, un errant perpétuel (Ge 4 -12). Mais il répond à la requête du meurtrier qui craint que quiconque ne le retrouve le tue.
Il place alors un signe sur Caïn afin que celui qui le trouve ne le tue point (Ge 4-15) et pose la loi contre le meurtre en affirmant que si quelqu’un le tuait, Caïn serait vengé sept fois. (Ge 4-15).
C’est le premier énoncé du rejet du principe inflationniste de la violence, inflationniste signifiant que le principe de la violence est continu et autoentretenu.
Pour mieux affirmer cette opposition à la violence auto perpétuatrice, le meurtrier fait l’objet d’une condamnation morale absolue car Dieu dit : « Qu’as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi ». (Ge 4-10)
Le marquage du meurtrier permet de le différencier de la communauté humaine, de le placer moralement «hors de cette communauté» et évite que les meurtres ne s’enchaînent.
Limité par cette condamnation morale, le meurtre est l’acte fondateur de la civilisation, de la culture.
Ainsi Caïn bâtit une ville (Ge 4-17). Sa descendance habite sous des tentes et près des troupeaux (Ge 4-20). Elle joue de la harpe et du chalumeau (Ge 4-21). Elle forge tous les instruments d’airain et de fer (Ge 4-22).
Le meurtre originel est l’acte fondateur d’un processus qui permet le développement des cités, du nomadisme avec les tentes et les troupeaux, de l’art avec la harpe et le chalumeau et des constructions avec l’airain, alliage mythologique d’une grande résistance.
Les hommes se multiplient sur la face de la terre (Ge 6-1) jusqu’à ce que l’Éternel voie que la méchanceté des hommes était grande, que toutes les pensées de leur cœur se portaient uniquement vers le mal (Ge 6-5) et que la terre était pleine de violence (Ge 6-11).
Vient alors la dissolution de l’ordre culturel impulsé par Dieu et malmené par l’homme, avec le déluge qui dure 40 jours et 40 nuits. (Ge 7-12)
Mais derrière ce mythe il faut se remémorer qu’il y a une victime innocente : Abel. Et toute la culture, toute la civilisation qui est fondée sur le meurtre originel garde en toile de fond ce caractère meurtrier.
Ce caractère meurtrier va détruire culture et civilisation au fil des siècles, une fois dissous dans les cœurs et les âmes la vertu morale contenue dans la condamnation de Dieu et le signe qui avaient séparé le meurtrier du reste de la collectivité.
Comment ne pas rapprocher ce processus destructeur de la phrase que le récit biblique attribue à Lémec petit fils de Caïn : « Caïn sera vengé sept fois, et Lémec soixante-dix-sept fois » (Ge 4-24).
Elle confirme à mon sens que la violence engendre la violence. (Ge 7-12). Abel n’est que le premier d’une longue liste de victimes qui peuplent l’Ancien testament.
Les dénonciateurs de ce phénomène que sont les prophètes vont à l’essentiel : peu leur importe que les prescriptions religieuses soient respectées ou pas, si le fond qui lie la communauté n’est pas respecté.
Et ce fond c’est de ne pas devenir de frères ennemis tels Caïn et Abel, comme le résume la formule du Lévitique : « Tu ne te vengeras point… Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». (Lev 19-18).
Tous ces développements m’ont conduit à penser que le Dieu de l’ancien testament est le seul détenteur autorisé de la violence, qui a permis suivant le récit biblique le développement de la civilisation et de la culture.
II – LA RUPTURE AVEC LA VIOLENCE ET L’HOMICIDE PAR LA CULTURE
En oubliant la condamnation morale absolue, la voix du sang du frère criant de la terre jusqu’à Dieu, pour paraphraser la Genèse, les hommes se transforment en mauvais démiurges. Et ils sont de mauvais démiurges car ils sont des perpétuateurs de la violence.
La première dénonciation vient avec Luc qui rapporte ces paroles : « je leur enverrai des prophètes et des apôtres; ils tueront les uns et persécuteront les autres, afin qu’il soit demandé compte à cette génération du sang de tous les prophètes qui a été répandu depuis la création du monde » (11-49,50).
Elle est reprise par Matthieu « je vous envoie des prophètes, des sages et des scribes. Vous tuerez et crucifierez les uns, vous battrez de verges les autres dans vos synagogues, et vous les persécuterez de ville en ville, afin que retombe sur vous tout le sang innocent répandu sur la terre, depuis le sang d’Abel le juste jusqu’au sang de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez tué entre le temple et l’autel. (23-35,36) ».
La mention de tous ces meurtres tient lieu d’énumération complète des tous les meurtres commis, quelles que soient les latitudes. Elle a un caractère universel au travers de ce sang innocent répandu sur la terre, depuis le premier homme du récit biblique, jusqu’à Zacharie, fils de Barachie, dernier des 12 petits prophètes.
Cette dénonciation est approfondie par Jean : « Vous avez pour père le diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement, et il ne se tient pas dans la vérité, parce qu’il n’y a pas de vérité en lui. Lorsqu’il profère le mensonge, il parle de son propre fonds; car il est menteur et le père du mensonge. » (8-44)
Etre fils du diable ce n’est pas être fils de la figure iconographique d’un être crachant le feu, muni d’un trident et d’une queue pointue.
Etre fils du diable c’est perpétuer deux choses : l’homicide originel et le mensonge qui nie cet homicide depuis la nuit des temps. D’ailleurs ce mensonge est doublement homicide car il débouche toujours sur l’homicide afin de dissimuler le mensonge de l’homicide.
Jésus, puisque c’est de lui qu’il s’agit, sait bien que ce ne sont pas les pharisiens auxquels il destine ces propos qui ont tué les prophètes, les sages et les scribes. D’ailleurs le texte dit que les pharisiens sont les fils de ceux qui ont tué : « Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour répandre le sang des prophètes. Vous témoignez ainsi contre vous-mêmes que vous êtes les fils de ceux qui ont tué les prophètes. » (Mt 23- 30;31).
Au cas d’espèce, il ne s’agit pas d’une transmission génétique de l’homicide, d’une transmission héréditaire de la responsabilité de l’homicide, mais d’une transmission culturelle, spirituelle et intellectuelle qui s’accomplit, par extraordinaire, au travers d’une répudiation formelle de l’attitude des pères.
Les fils croient se désolidariser des pères en les condamnant, en condamnant leurs actes, en rejetant au loin d’eux-mêmes l’homicide. Ils imitent sans le savoir leurs pères !
Ils ne comprennent pas que le meurtre des prophètes par leurs pères résultait de la dénonciation de l’homicide par les prophètes. C’est pour cacher cette dérangeante évidence, pour conjurer cette évidente dénonciation, pour occulter cette déssillante réalité que les pères ont tué.
En rejetant au loin l’homicide les fils restent gouvernés par une même structure mentale que celle de leurs pères, une structure mentale dominée et marquée par le meurtre originel, qu’ils rejettent toujours et encore au loin mais qui revient inexorablement vers eux tels un boomerang. Il s’agit d’un phénomène inflationniste, continu, auto-entretenu, circulaire qui emprisonne les hommes par un quelconque système culturel ou philosophique qui permet à la violence de se perpétuer.
L’homicide est de la sorte un puits sans fonds, une ressource inépuisable. Il est encré si profondément dans les structures mentales que ce que rapporte Jean sur l’homicide est encore inaudible aujourd’hui.
Il en va de même pour les paroles rapportées par Matthieu qui ne trouvent pas encore de résonance : « J’ouvrirai ma bouche en paraboles, je publierai des choses cachées depuis la création du monde » (Mt 13-35).
Ces choses cachées depuis la fondation du monde sont l’homicide et l’occultation de l’homicide. La crucifixion du Christ n’est que l’aboutissement de ce système : c’est pour ne plus entendre ce qu’il proclame que ses auditeurs se mettent d’accord pour se défaire de lui, confirmant de la sorte l’exactitude de la malédiction contre les Pharisiens rapportée par Luc et Matthieu.
Des siècles peuvent encore se dérouler avant que la double nature dévastatrice constituée de l’homicide et le mensonge qui le dissimule ne « vienne parmi les siens et qu’ils ne la reçoivent pas » (Jean 1-11).
Mais tout au long de l’histoire il y eu des humains, et il existe encore des humains, pour saisir les mécanismes de la double nature dévastatrice et il est permis d’espérer que tout ce qui était caché depuis la fondation du monde sera révélé, pour paraphraser Matthieu.
Après que la violence ait conduit à la civilisation et à la culture, c’est désormais le rôle de la culture de retrouver le fond caché qui nourrit le mécanisme de la violence, d’en argumenter les ressorts culturels, philosophiques et moraux et de les dévoiler aux humains.
III – LA VIOLENCE, CULTURE DE LA CORSE
Pour certains analystes la Corse a un idéal républicain, une politique bonapartiste et une réalité claniste et la conséquence en est que l’intérêt collectif s’efface devant la somme des intérêts individuels ou des intérêts des groupes de pression, d’où l’origine de la violence.
Certes, il y a du vrai dans cette approche. Mais l’approche que je propose est basée sur les développements antérieurs. En effet, l’île est parsemée de chapelles, églises et cathédrales. On les trouve depuis les hauts sommets, comme la chapelle San Eliséu située à 1271 m d’altitude à Tavacù, jusqu’au bord de nos plages, telle la chapelle Santa Maria della Chiapella à Rogliano, à quelques dizaines de mètres de la grève.
Mais pour autant le message évangélique n’est pas encore parvenu à s’y installer.
La raison en est à chercher dans le fait que la Corse est grecque dans son fonctionnement, romaine dans sa recherche d’accession au pouvoir et juive dans son rapport au monde. Elle n’a pas encore été en mesure de faire émerger le concept d’autonomie de l’individu contenu dans les Evangiles.
Ainsi nous reproduisons le fonctionnement du système social grec qui régnait il y a plus de 2000 ans et ignorait la notion d’égalité entre les hommes. La vie s’articulait alors autour de la notion de cité.
Ceux qui n’étaient pas membres de la cité étaient des métèques qui se différenciaient des esclaves par la seule condition d’humain qui leur était accordée, alors qu’elle n’existait pas pour les esclaves. Au delà de la cité vivaient les barbares. C’est d’ailleurs ce qui était sous jacent dans l’esprit de Camille De Rocca Serra lorsqu’il faisait remarquer que Jean-Christophe Angelini n’était pas un enfant de la cité. C’est aussi ce qui était sous jacent dans l’esprit du nouveau maire de l’Île Rousse qui demandait à son concurrent défait de rentrer chez lui.
L’homme n’y existait pas en tant qu’individu, il était et n’était que le citoyen de la cité, fourmi parmi les fourmis, abeille parmi les abeilles. Le premier qui fit preuve d’une pensée propre, Socrate, fut condamné à boire la ciguë.
L’île n’a pas encore saisi le sens profond du « lève toi et marche » de Jésus à Lazare. Elle n’y voit qu’un miracle alors qu’il s’agit d’une proclamation de l’autonomie, d’une affirmation de la conscience individuelle, du retrait de la déité qui laisse la place à l’initiative humaine, du retrait du souffle créateur qui confie à l’homme son libre arbitre.
Les paroles de Paul de Tarse (Il n’y a plus ni hommes, ni femmes, ni juifs, ni grecs, ni hommes libres, ni esclaves. Vous êtes tous un en JC), de même que la déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789 (Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits) ainsi que la déclaration des Nations Unies (Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience) viennent buter sur cette réalité grecque de l’île et demeurent encore inaudibles.
Le fonctionnement politique est lui romain.
A Rome, les membres des plus anciennes familles qui étaient le plus souvent des magnats étaient perçus comme les seuls ayant moralement le droit de gouverner. Ayant accumulés des richesses à la tête d’une armée ou par le commerce, ils étaient d’ailleurs les seuls à pouvoir le faire réellement.
Ce fonctionnement a reposé, 12 siècles durant, sur la pratique de la SPURTELA, qui est philosophiquement fondée sur le comportement de l’évergète (celui qui prodigue le bien). Ainsi le noble romain s’attire gloire, reconnaissance et pouvoir, sans compter la bonne conscience qui est le moteur de la reproduction du processus, en procurant à ses concitoyens moins favorisés une infinité des commodités : ravitaillement gratuit, établissements de bains, jeux fastueux ou plaisirs de chair.
Au fil des ans se perpétue une tradition celle de la SPURTELA : ceux qui comptent dans la société romaine se font une obligation d’accueillir la file de gens qui attendent de leur présenter chaque matin leur salutations en échange de quoi ils reçoivent un panier repas que remplacera pour la commodité un pourboire équivalent.
Les responsables politiques corses reproduisent ce processus mais à l’inverse des romains, ils le font avec de l’argent public et non plus sur des deniers personnels. Et comble du comble, la dépendance, contraire de l’autonomie des êtres perdure car les « défavorisés » y mettent du leur…
L’apport chrétien en matière d’autonomie de conscience (l’homme créé à l’image de Dieu signifie qu’il est doué d’intelligence, de libre arbitre et d’un pouvoir autonome) n’a donc pas encore trouvé d’écho dans l’île. Enfin nul besoin d’évoquer tous les Césars locaux qui ont subi le sort d’un Brutus vivant sous le même toit afin de s’emparer du pouvoir.
Le rapport au monde est lui d’essence juive.
Les juifs détiennent ce sentiment historique, religieux et sociologique sur la base de l’ancien testament. Ils sont un peuple élu à la suite de l’alliance que conclut Dieu avec Abram qui devient Abraham : « Tu deviendras le Père d’une multitude, désormais on t’appellera Abraham » (Ge 17-7).
Les Corses se sentent en qualité d’ilien, enserrés entre ciel et mer, dans un splendide isolement, face à l’univers avec lequel ils dialoguent et avec lequel ils ont un lien charnel. Ils le tirent de l’histoire et de l’opposition au monde : ils sont élus, car ils ont du au travers des siècles faire face à l’autre. Il est vrai que l’autre ne les y a guère aidé qu’il soit sarrasin, romain, vandale, byzantin, pisan ou génois. A contrario les régions d’Europe qui virent déferler les hordes de conquérants venus de l’est ou de l’ouest n’ont pas ce sentiment car leur territoire est naturellement ouvert.
Mais à l’inverse des juifs, nous sommes des élus sans mythe fondateur et sans mythe fondateur il n’existe pas de futur.
C’est la raison pour laquelle, à côté de la figure du BABBU que représente PAOLI ou du BABBONE que représente SAMBUCUCCIO, divers mouvements se perdent dans la recherche d’une pureté originelle, reposant sur un culte marial incompris.
En effet ils demandent à la mère de Celui qui vient dénoncer l’homicide et le mensonge qui perpétue l’homicide (Jean 8-44) de leur donner la victoire sur leurs ennemis, ignorants qu’ils sont, que cet ennemi est en eux-mêmes, puisqu’il leur voile « les choses cachées depuis le commencement du monde ».
C’est sur ce triple terreau que se perpétue la violence, négation d’humanité.
Je crois donc que le rôle de la culture, au sens le plus large, est de dire ce qu’est la violence.
La violence consiste à blesser, à anéantir, à interrompre la continuité des individus. Elle entraîne tous ceux qui y participent dans un processus qui n’est plus celui dans lequel ils inscrivaient leur quotidien : c’est la rupture de la continuité évoquée ci-dessus.
Les hommes y sont emportés par des forces qui les conduisent à entrer dans des comportements qui ne sont pas les leurs, à leur faire trahir leur propre conscience, leurs propres engagements, bref à leur faire trahir la construction de leur être. De la sorte ils trahissent la substance humaine qui les constitue.
La violence instaurée perdure. Elle est là, on la sent, on la voit sur les façades des établissements commerciaux, on côtoie ceux qui s’en réclament. Par là même elle instaure un ordre à l’égard duquel nul ne peut plus prendre de la distance et accepte la perpétuation.
La violence détruit l’identité de chacun. En effet les hommes se construisent dans leur relation à l’autre. Dès lors qu’ils n’ont plus en face d’eux que des entités humaines qui sont animées par un ressort qui est étranger à leur condition, à leur quotidien, à leur engagement, elle instille un ordre qui va les rendre étrangers à eux-mêmes.
En ce sens elle détruit leur identité !
Roger Micheli
TRIBUNE LIBRE : L’OCCULTATION DE LA RÉALITÉ
Il y a quelques mois, un ami de PORTIVECCHJU m’a recommandé la lecture d’un livre de Jean PEYRELEVADE intitulé « Histoire d’une névrose, la France et son économie ».
L’homme, polytechnicien, banquier, chef d’entreprise, est connu pour son engagement au centre gauche (cabinet de pierre Mauroy en 1981 puis soutien de François Bayrou en 2007). Dans son ouvrage il décrit une France incapable de comprendre l’économie. Le pays a une tradition de pouvoir absolu, depuis la monarchie jusqu’à notre Vème République où l’ordre politique entend tout gouverner. Le déplacement de François Hollande au Qatar pour la vente des avions Rafales en est une illustration récente.
Certes la géopolitique est toujours intervenue dans les affaires économiques, mais encore faut-il alimenter la création économique, l’innovation et l’entreprise pour que le politique donne un coup de pouce à l’économie. Or la France a toujours négligé l’entreprise et ses entrepreneurs. Les Français se méfient d’ailleurs des entreprises et de ceux qui les dirigent, craignant exploitation et inégalités. Ils attendent davantage de l’Etat que de l’initiative privée. Or aujourd’hui l’Etat est à bout de souffle empêtré par ses déficits et se tourne enfin vers les dites entreprises.
Et la Corse dans cette histoire ? Eh bien, elle est encore plus française que la France dans cette attitude !
Voyez l’actualité récente : le lien maritime avec la Sardaigne est en passe d’être coupé ! La CMN qui assure les liaisons avec PORTO TORRES est en sursis à Propriano et la SAREMAR qui assure les liaisons avec SANTA TERESA l’est tout autant à Bonifacio. Rien de moins…..
L’économie de deux microrégions (Valinco et Grand Sud) va subir un sacré choc ! Jugez-en au vu des chiffres qui figurent dans les développements suivants, tirés de l’excellent site de l’Observatoire Régional des Transports de la Corse (http://ortc.info/)
1 – Pour le Valinco
En moyenne la liaison avec PORTO TORRES assure 5 000 passagers (passagers aller et retour ou PASS A/R) par an. Anecdotique direz-vous. Mais si l’on regarde sur les dernières années le trafic passager (MARS-CMN signifie liaison Marseille par la CMN) est le suivant :
Quand on sait que la CMN n’est pas rentable dans des conditions normales (éloignement avec Marseille car la ligne desservait Marseille-Propriano-Porto Torres, faiblesse des échanges), quand on ne sait que trop ce que sera le futur de la SNCM, à chacun de regarder les moyennes des passagers transportés sur quatre exercices.
Il y a plus de 100 000 passagers dans la balance à Propriano !
S’agissant du fret, le trafic avec PORTO TORRES a permis de s’approcher des 70 000 Tonnes en 2012, tandis que la moyenne sur ces derniers exercices est de 56 000 tonnes (entrées et sorties ou E&S) de marchandises et matériels transportés par an :
Il y aura donc 56 000 tonnes de marchandises et matériel qui ne transiteront plus par le port de Propriano !
2 – Le Grand Sud
S’agissant des passagers les données des derniers exercices sont les suivantes :
Sans la SAREMAR il ne restera que la MOBY qui assure les liaisons estivales et qui mordra sur les 120 000 passagers de la SAREMAR (moyenne), mais elle ne compensera pas l’absence de trafic hors saison estivale.
Nous serons loin des 250 000 passagers transportés en moyenne chaque année !
S’agissant du fret la situation est encore plus grave, car la SAREMAR en disposant d’une liaison continue sur l’année assure le transport de 63 % des 70 000 tonnes de marchandises et matériels qui transitent par Bonifacio :
Nous serons loin des 70 000 tonnes de marchandises et matériels transportés en moyenne chaque année !
3 – Une Corse encore plus française que la France
C’était la formule que j’utilisais en introduction de ce billet.
Que se passe t-il face à cette catastrophe économique annoncée ? Rien strictement rien !
La droite a été trop préoccupée à se déchirer pour le conseil départemental 2A et s’interroge sur le meilleur candidat aux territoriales de décembre prochain.
La gauche est en recomposition avec le PS et le PC qui sont, pour des raisons différentes, dans et hors de la majorité de Paul GIACOBBI.
Les deux composantes nationalistes sont dans un bouillonnement d’alliances supputées et de prééminence de leadership, doublé d’une angoissante interrogation sur la conception unique ou multiple de FEMU A CORSICA.
Nous sommes exactement dans ce que décrit PEYRELEVADE : la Corse est installée dans une tradition de supériorité du politique sur les réalités économiques. Et pourtant Propriano et Bonifacio sont bien en Corse ! Et pourtant il y a bien des entreprises et des familles qui vivent de ce trafic de passagers et de fret !
En Corse, vient s’ajouter à cette conception purement française, une occultation des réalités quotidiennes. C’est la raison pour laquelle je dis que la Corse encore plus française que la France !
C’est inconcevable pour les entreprises et leurs salariés que je représente en qualité d’élu consulaire.
C’est inconcevable parce que :
→les pouvoirs publics n’entament pas une consultation avec les professionnels qui vivent directement ou indirectement de ces liaisons, avec les chambres consulaires, afin de mettre en place des solutions alternatives ;
→la liaison avec la Sardaigne qui s’impose géographiquement n’est pas examinée de manière globale avec les trois ports secondaires ;
→le troisième port du Grand Sud, Porto-Vecchio, n’entretient aucune liaison avec la Sardaigne et qu’il ne semble préoccupé que par son port de plaisance.
C’est inconcevable car existent :
→un programme INSULEUR porté par les chambres de commerce des pays méditerranéens qui vise à permettre aux iles de l’UE de disposer de moyens de développement spécifiques (il n’y a pas que la Corse qui est une île au sein de l’UE…..),
→un programme de coopération transfrontalière Italie-France permettant des liaisons avec la Sardaigne.
Mais rien on n’entend rien, on ne voit rien, on ne dit rien, car nous avons mis un grand couvercle sur les difficultés à venir. Mais quand la crise annoncée viendra, le couvercle risque de se promener du Cap Corse à Bonifacio et même de se retrouver en Sardaigne !
Antoine MONDOLONI,
Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Corse.
TRIBUNE LIBRE : REFORME INTITUTIONNELLE
Dans le prolongement de la démarche du Comité Stratégique formalisée au travers des travaux de la « Commission CHAUBON », il convient d’amorcer une étape qui devra être marquée du sceau de l’ambition et de l’efficacité.
Pour cela, il s’agira de dégager une vision stratégique claire qui devra nous permettre de fédérer de façon transversale une majorité de la représentation politique insulaire ; cella ne pourra se faire dans le cadre contraint de l’actuelle réforme territoriale. En effet, vouloir prendre le train de cette réforme bâclée, risquerait de nous « lier pour des décennies » (dixit François HOLLANDE), alors que depuis l’Acte Ier de la décentralisation, nous nous sommes toujours bien gardés de nous fondre dans le droit commun des régions.
Notre démarche devra avoir pour socle l’actuel Statut Particulier que nous demanderons de réformer ou de refondre sur les bases de nos propositions propres.
Cette « première phase constitutionnelle » de refondation statutaire devra constituer l’assise d’une « revendication autonomique » ou « autodéterminationnistes » ; formellement, elle pourrait se concevoir autour d’une proposition visant à inscrire dans la constitution française le principe de la création d’une « Collectivité Unique Autonome de Corse ».
Une « seconde phase post constitutionnelle » aura pour objectif de donner un contenu au statut d’autonomie préalablement reconnu constitutionnellement.
1) La « première phase constitutionnelle » : la revendication autodéterminationniste ou du droit à l’autonomie (inscription dans la notion de Collectivité Unique Autonome de Corse)
Notre axe stratégique devra nous amener dans les prochains mois à développer un discours autodéterminationniste qui pourrait se cristalliser sur le droit à l’autonomie de la Corse ; il s’agira de faire émerger cette revendication au sein de toutes les forces politiques afin que cet objectif soit perçu de façon homogène par la grande majorité de la société corse.
Notre objectif, à très court terme, consistera à faire en sorte que, tant la Gauche socialiste ou radicale, voire une frange communiste, que la Droite parlementaire, se fassent l’écho de l’exigence d’autonomie traversant une majorité de notre Peuple.
Cet objectif, s’il est atteint, présenterait plusieurs intérêts :
– d’une part, il permettrait d’initier dans la phase électorale qui s’annonce, une dynamique de recherches de convergences centrée sur une volonté commune : l’exigence d’une voie institutionnelle autodéterminée ;
– d’autre part, il permettrait de fragiliser un peu plus les forces politiques traditionnelles en les amenant sur ce terrain ;
– par ailleurs, il permettrait d’éviter les écueils des oppositions Droite-Gauche faisant le jeu du conservatisme et de « combinazione » stériles ;
– enfin, il permettrait de porter le discours autodéterminationniste, de façon unitaire, face à l’Etat, sur la base d’une seule revendication, à savoir, l’inscription dans la constitution française d’une « Collectivité Unique Autonome de Corse ».
Cela engendrerait donc la réforme ou la refonte de l’actuel statut dans le cadre d’un débat post constitutionnel qui aurait pour mission de définir le contenu de l’autonomie, en essayant de la pousser à son maximum.
2) La « deuxième phase post constitutionnelle » : la définition du contenu de l’autonomie (les compétences de la Collectivité Unique Autonome de Corse)
Scinder la dynamique autodéterminationniste en deux phases vise à éviter les impasses rencontrées tout au long du processus de la « Commission CHAUBON », à savoir, le « saucissonnage » de la revendication d’émancipation politique et la spirale infernale de l’opposabilité d’inconstitutionnalité, le Gouvernement, le Parlement, le Conseil Constitutionnel ayant beau jeu de retoquer systématiquement chacune des propositions, le Pouvoir n’ayant jamais été appelé à s’inscrire dans une démarche de règlement politique global. A la lumière des tâtonnements ayant prévalu lors du Processus de Matignon jusqu’aux derniers travaux de la « Commission CHAUBON », il convient aujourd’hui de tirer un trait sur un méthode ayant toujours évacué la problématique de fond, à savoir la volonté clairement partagée et assumée de donner au dossier corse une dimension politique globalisée.
Il apparaît donc urgent d’amener l’Etat à faire preuve de pragmatisme et de volonté, afin de « terminer un conflit » de 50 ans, et d’en accepter la dimension politique mais également émancipatrice.
Pour ce faire, il conviendra d’amener l’Etat et ses représentants élus et ses institutions, à :
– se départir tout à la fois de la perpétuation d’une pratique d’instrumentalisation d’un drame ;
– se détacher de l’immédiateté de la communication et s’extraire des contingences politiques inhérentes au caractère présidentialiste du régime ;
– s’éloigner des pulsions xénophobes et vindicatives d’une partie de l’opinion publique française ?
Dans cette perspective, les nationalistes ont déjà su prendre les initiatives majeures en acceptant notamment de tirer définitivement un trait sur un moyen de lutte qui a eu une place centrale et tenu un rôle capital depuis 1976, mais qui pouvait constituer une entrave à toute évolution favorable de la situation en termes de sortie de crise, d’émancipation démocratique et d’avancées institutionnelles conséquentes.
Dès lors, une nouvelle phase peut s’engager dans les rapports de la Corse avec l’Etat, déconnectée des logiques propres à l’actuelle réforme territoriale ; une phase marquant une volonté de traiter le dossier corse sous ses trois acceptions, à savoir :
– la manifestation d’un conflit politique bi-séculaire ;
– l’expression d’une volonté d’émancipation ;
– la revendication d’un statut exorbitant du droit commun français.
Cette approche ne devra intégrer aucun préalable et ne pourra occulter une phase initiale de nécessaire conciliation, c’est-à-dire l’acceptation et la reconnaissance par l’ensemble des parties prenantes, de torts et responsabilités partagés et revêtant un caractère historique.
3) Le « devoir de cicatrisation » : pour un « processus de réconciliation »
Le devoir de cicatrisation est une donnée qui n’a que très rarement été évoquée, si ce n’est, de façon partielle, informelle, et personnelle par Michel ROCARD alors Premier Ministre ; or, si nous voulons que se concrétise enfin une réelle stratégie de sortie de crise, il faudra bien qu’un jour l’Etat reconnaisse l’existence de cette crise, qu’il reconnaisse aussi dans quelle mesure il a lui-même contribué à l’alimenter depuis des décennies, voire des siècles.
– « Nos actions passées ont mené à l’affaiblissement de l’identité des autochtones, à la dispersion de leur langue et de leur culture et à l’interdiction de leurs pratiques spirituelles » (Déclaration de Réconciliation prononcée par le ministre canadien des Affaires Indiennes le 7 janvier 1998) ;
– « Au nom du gouvernement, je voudrais en cette circonstance solennelle présenter des excuses officielles au peuple autochtone ; la société ne pourra aller de l’avant qu’à partir du moment où elle aura fait amende honorable de ces abus de pouvoir » (Discours du ministre suédois des Affaires Laponnes daté du 9 août 1998) ;
– « L’Etat cherche pour le compte de tous à réparer ces injustices qu’il a reconnues, pour autant que cela soit possible à l’heure actuelle, à commencer le processus de cicatrisation et à entrer dans un nouvel âge de coopération avec les autochtones » (Déclaration faite au nom de la Reine d’Angleterre par le Premier Ministre de Nouvelle Zélande, le 22 mai 1995). Les auteurs de ces trois déclarations qui s’expriment au nom de la puissance publique, affirment deux choses fondamentales :
– d’une part, qu’il existe un « peuple autochtone », dont ils reconnaissent l’existence, la légitimité et l’antériorité sur sa propre terre ;
– d’autre part, que le comportement de l’Etat envers les autochtones a été injuste et qu’il convient de le réformer. Les représentants de l’Etat français se sont toujours refusés à s’engager sur cette voie car ils n’ont jamais voulu se mettre en situation de reconnaître leurs torts historiques envers un Peuple dont ils ont toujours dénié l’existence, et encore aujourd’hui.
Hors cette démarche est nécessaire si l’on veut construire un avenir apaisé pour la Corse, si l’on veut redéfinir le contrat entre Paris et la Corse, si l’on veut s’attacher à un véritable règlement politique ; car il y a un temps, de part et d’autre, pour les excuses, les regrets, « la mémoire des fautes » (Préambule des Accords de Nouméa).
PREMIERE ETAPE DU PROCESSUS : L’INSTALLATION D’UNE MISSION OECUMENIQUE POUR LA RECONCILIATION
L’idée pourrait être avancée, très vite, de la mise en place d’un Mission Œcuménique Pour la Réconciliation ; celle-ci aurait pour objectif la recherche d’un nouvel équilibre, de nouvelles relations entre les Corses et l’Etat français. Afin de renouer les fils du dialogue, des personnalités de formations et d’’horizons divers, Corses ou composantes de la société française, travailleraient à la reconnaissance officielle d’un passé douloureux afin d’ouvrir des perspectives politiques nouvelles et permettre l’existence d’un Peuple corse jouissant de ses droits.
DEUXIEME ETAPE DU PROCESSUS : LA SIGNATURE D’UNE DECLARATION DE RECONCILIATION
A l’issue des travaux de la Mission Œcuménique Pour la Réconciliation, pourrait suivre la signature d’une « Déclaration de réconciliation » par les représentants de la puissance publique (Etat, Collectivité Territoriale, autorités morales, religieuses et culturelles), un acte réellement nécessaire et incontournable, tout aussi important que peut l’être une consultation référendaire sur l’avenir de l’Ile. En tous les cas, cette signature doit devancer toute autre initiative si nous voulons éviter que l’avenir de la Corse et des Corses soit bradé, au détour de deux échéances électorales, sur l’autel de la seule décentralisation administrative. L’ensemble du Mouvement National, mais au-delà les femmes et les hommes de bonne volonté, devront se mobiliser pour verser cette proposition dans le débat public afin que la représentation insulaire puisse, d’une part, valablement et légitimement rejeter un énième statut octroyé, d’autre part, imposer son projet alternatif et enfin engager de façon volontariste les travaux d’élaboration de ce même projet. La société civile, mais également la communauté universitaire et le C.E.S.C. pourraient relayer cette démarche et servir de supports officiels au travail de réflexions, contributions diverses, voire de l’élaboration de la Déclaration. Ce n’est qu’à partir de la formalisation de cette Déclaration que nous pourrons nous attacher à l’élaboration d’un projet alternatif pour la Corse, dont elle constituera le Préambule.
Les objectifs de la Déclaration de Réconciliation pourraient notamment être :
-la reconnaissance de torts partagés dans la crise corse (Administration française, élus, nationalistes) ;
-la reconnaissance de la spécificité corse par rapport au cadre français (du point de vue historique, culturel, des us et traditions) ;
-l’affirmation d’une volonté de préserver l’identité corse ;
-l’affirmation d’une nécessaire réforme au fond de la question corse sur la base d’un projet élaboré en Corse ; -la décision de rupture avec la tradition républicaine dans le traitement de la problématique des minorités nationales ;
-la concrétisation d’une refonte du Contrat Social, du Pacte républicain entre Paris et la Corse sur la base d’un Pacte de Gouvernement spécifique et d’un Projet alternatif étapiste.
TROISIEME ETAPE DU PROCESSUS : L’OUVERTURE DE NEGOCIATIONS SUR LES EVOLUTIONS STATUTAIRES AU SEIN D’UN NOUVEAU CONTRAT SOCIAL ET D’UN PACTE DE GOUVERNEMENT
C’est l’ensemble de ces engagements, initiatives et décisions qui pourraient être insérées dans un « Pacte de Gouvernement » pour les 5, 10 ou 15 prochaines années. Cette volonté de régler au fond la question corse doit se concrétiser,
– Du côté de l’Etat, par la prise en compte d’une citoyenneté corse, « la Refonte du Contrat Social » et « la révision du Pacte Républicain » de 1789 ;
– Du côté de la Corse, par la confirmation d’un « droit à l’autodétermination » et l’élaboration d’un projet de « Collectivité Unique Autonome de Corse ». La phase suivante viendra conclure le Processus d’apaisement ; elle prendrait nécessairement la forme d’un « Accord de Paix ».
QUATRIEME ETAPE DU PROCESSUS : LA RATIFICATION D’UN « ACCORD DE PAIX »
a – Un impératif, engager des discussions avec Paris
En tout état de cause, et afin que toutes les parties concernées soient en mesure de répondre à ces interrogations essentielles, une nécessité ne peut être contestée : le dialogue initié, en son temps, à Matignon doit être renoué de façon urgentissime quel que soit le qualificatif qui pourra lui être accolé. Car un accord politique digne de ce nom ne peut se fonder sur une proposition politique conduite à la hussarde, et surtout ne peut que s’appuyer sur une méthode tenant compte des aspirations reconnues légitimes des Corses, formalisées in fine en termes juridiques. Il ne s’agit pas de produire un statut de plus ou une énième modification de l’existant, mais bien de s’accorder sur les conditions d’une souveraineté partagée ; sur cette base, pourquoi ne pas ambitionner clairement de voir s’ériger l’Ile en « Pays à souveraineté partagée » dans un cadre reconnu par la constitution, celui d’une « Collectivité Unique Autonome de Corse » ? Les phases contemporaines de négociations des ères DEFERRE, JOSPIN ou SARKOZY ne sont pas allées au bout des choses puisqu’elles ne se donnèrent pas pour objectifs : – de dégager une option de large émancipation ; – de redéfinir fondamentalement les relations de la Corse avec Paris ; – de bâtir un projet de société ; -de conclure et concrétiser ces objectifs par un véritable « référendum de sortie de crise ». Aussi, si nous voulons enfin dégager l’avenir commun entre PARIS et la CORSE, il conviendra impérativement de prendre d’extrême urgence deux initiatives majeures, à savoir :
-proposer une consultation référendaire portant sur une réforme institutionnelle clairement formulée (Collectivité Unique Autonome de Corse);
-y accoler un chapeau politique clarifiant les intentions fondamentales des rédacteurs (redéfinir le cadre des relations entre la Corse et Paris dans la perspective de l’établissement d’une souveraineté partagée).
Dans la même logique, il convient de rappeler aux gouvernants qui auront en charge cette initiative, que toute nouvelle consultation ne pourra marquer une fin en soi, car la Corse aura besoin d’un lent processus de réforme évolutif, incluant de nombreuses étapes.
b- interpeller l’Etat qui doit assumer sa part de responsabilité et afficher clairement sa volonté de rechercher les voies et moyens d’une solution politique globale
Dans ces conditions, dès lors que les discussions auront repris, et alors seulement, l’ensemble de la représentation élue devra poser au Pouvoir une série de questions essentielles, susceptibles de révéler son degré de volonté d’aboutir à un règlement politique apaisé et progressif de la question corse.
Ces questions pourraient être les suivantes :
-l’Etat est-il prêt à entrer dans un processus corse spécifique, se situant en dehors du simple cadre de la future réforme territoriale, hors donc du droit commun de la décentralisation? -est-il prêt à cadrer politiquement les discussions à venir, en admettant le principe de spécificité statutaire au profit de la Corse (en tant que collectivité historique, culturelle, périphérique et insulaire) ?
-est-il prêt à inscrire ce principe dans une réforme constitutionnelle appropriée ?
-est-il prêt, dans le même esprit, à accepter que cette spécificité statutaire puisse revêtir la forme de l’autonomie interne, ou de la dévolution de pouvoirs législatif et réglementaire ?
-est-il prêt, après tenue d’une campagne officielle radio-télévisée permettant un exposé pédagogique équitable sur l’ensemble des propositions envisagées, à organiser un référendum portant consultation des Corses sur trois évolutions possibles : le statut-quo (inscrit dans la démarche de décentralisation et de réforme générale de l’Etat), l’autonomie interne (dans le cadre d’une collectivité unique), l’indépendance ?
-est-il prêt à accepter que la mise en place de toute réforme ne pourra découler que des seules propositions formalisées par la représentation élue de l’Assemblée de Corse et des choix du Peuple Corse régulièrement consulté?
Si l’Etat ne transforme pas ces principes élémentaires en tabous, la reprise du dialogue pourra rapidement se présenter sous les meilleurs auspices, étant entendu que ce dialogue revêtirait un caractère éminemment politique puisqu’il porterait sur :
– le principe de la réforme constitutionnelle préalable aux réformes à venir ;
– l’échéancier des diverses initiatives ;
– la formalisation des projets par les élus territoriaux ;
– le principe de consultation des Corses et les conditions techniques de mise en place des futures institutions de la Corse ;
– l’organisation matérielle d’un référendum ; Ce cadre est d’autant plus envisageable que le Mouvement Clandestin a récemment pris une initiative majeure, celle de l’arrêt de la violence armée ; dans le même temps, l’Etat fait néanmoins comme si rien ne s’était passé.
Dans la même logique pourquoi ne pas imaginer que « la clandestinité armée », s’engage plus avant et propose à l’Etat la mise en œuvre d’un « Accord de Paix » portant sur :
- D’une part, les engagements du Mouvement Clandestin :
– la démilitarisation de l’espace politique ;
– l’arrêt définitif du recours à la violence politique ; – le dépôt négocié des armes.
- D’autre part, sur les engagements de l’Etat :
– l’arrêt des poursuites et enquêtes en cours ;
– l’engagement de négociations sur la question des prisonniers politiques et de leur libération ;
– la publication d’un calendrier de négociation.
L’ensemble de ces éléments pourrait ainsi faire l’objet d’une négociation claire, sereine et pragmatique entre l’Etat français, les mandataires du Mouvement Clandestin et des médiateurs issus de la société civile insulaire. Bien entendu, en fin de processus, seraient nécessairement abordés.
CINQUIEME ETAPE DU PROCESSUS : LA QUESTION DES PRISONNIERS ET L’AMNISTIE
-la question de l’amnistie des emprisonnés, poursuivis et recherchés,
-la question de « la paix des braves » serait abordée et tranchée dans le même esprit que la phase précédente ;
-entre-temps, le rapprochement en Corse des prisonniers politiques pourrait bien entendu constituer, sans faux-fuyants, l’un des gages du Pouvoir à vouloir régler au fond la question nationale corse.
Ce n’est donc qu’au prix de ces engagements mutuels essentiels, sans préalables, sans langue de bois, tant de la part du Pouvoir que de celle des nationalistes, que la Paix et la Démocratie pourraient enfin être au rendez-vous et qu’une page pourrait définitivement se tourner, celle de l’affrontement, celle de l’interférence de la justice française dans le règlement d’un dossier politique, et celle du cycle répression / action / répression.
Enfin, avant toute chose, il faudra que l’Etat français accepte d’assumer clairement sa part de responsabilité historique dans la situation corse ; cela passerait certainement par l’accomplissement d’un « devoir de cicatrisation ».
4) La concrétisation d’un changement fondamental tant du point de vue statutaire que de la prise en compte d’une citoyenneté insulaire
Cette notion de citoyenneté spécifique exorbitante des règles fondamentales régissant la citoyenneté française, es déjà intégrée dans le droit positif français puisque l’article 4 du statut de la Nouvelle Calédonie, ainsi que l’article 2 de la loi du 9 novembre 1988 préparatoire au référendum d’autodétermination, prévoient l’institution d’une citoyenneté néocalédonienne. Cette citoyenneté confère la qualité d’électeur aux personnes de nationalité française remplissant certaines conditions ; elle conditionne la composition du corps électoral pour les scrutins locaux (élections municipales, territoriales référendums, etc…).
L’acquisition de la citoyenneté est assujettie notamment à des conditions de résidence (20 ans de résidence). En ce sen, il conviendra de formuler des propositions concrètes de réformes institutionnelles spécifiques inspirées des démarches ayant par exemple prévalu à l’édification des statuts de Polynésie, de Nouvelle Calédonie ou de Wallis et Futuna, voire au projet de réforme ayant conduit au futur statut des collectivités d’Outre-Mer.
Quelques « marqueurs » de cette volonté de changement de paradigme pourraient être :
-L’élaboration d’un projet qui ne soit pas uniquement administratif et gestionnaire ;
-L’affectation d’une assise essentiellement politique au projet ;
-La clarification du projet sur la base de la définition de véritables « blocs de compétences » ;
-La dévolution sur cette base de nouvelles compétences à la Corse ;
-Le renforcement de la démocratie locale ;
-La limitation stricte du cumul des mandats afin notamment que les élus de chaque collectivité puisse décider en toute indépendance ;
-L’établissement d’un régime particulier en matière normative (« lois de pays ») conférant à la Corse un pouvoir législatif propre ;
-L’établissement d’un régime particulier en matière de citoyenneté (« citoyenneté corse ») en tant que territoire périphérique à forte spécificité ;
-La présentation d’un calendrier précis déterminé de façon contradictoire et paritaire;
-L’annonce d’une révision constitutionnelle spécifique au statut corse intégrant le principe de création d’une « Collectivité Unique Autonome de Corse ».
5) La refondation du contrat social par la révision du pacte républicain France/Corse de 1789, dans une approche de souveraineté partagée
Au-delà de ces « marqueurs », outre les revendications portées par les nationalistes depuis plus de 30 ans, à savoir :
-La reconnaissance du Peuple Corse permettant la prise en compte d’une citoyenneté corse ;
-L’établissement d’une citoyenneté corse sur le modèle néo-calédonien ;
– La mise en place d’un statut de résident ;
– L’adoption d’un statut fiscal dérogatoire ;
– La mise en place d’un code des investissements ;
– L’enseignement obligatoire et généralisé de la Langue et de l’Histoire corses ;
-L’investissement de l’espace public par la langue corse ;
Si l’Etat s’engage dans une telle démarche, cela signifiera clairement l’obsolescence du « Pacte Républicain » passé tacitement entre la France et la Corse en 1789, cela signifiera aussi qu’il conviendra de « refonder le Contrat Social » entre le Peuple français et le Peuple corse, et ce sur les bases suivantes :
– L’intégration du futur statut de la Corse dans une approche de souveraineté partagée, dans une réforme constitutionnelle préalable, en référence aux collectivités déjà reconnues par la Constitution : > aux collectivités d’Outre-Mer, > aux collectivités périphériques et ultra-périphériques, > aux collectivités spécifiques et insulaires, > à la Nouvelle Calédonie et à la Polynésie française.
-La perspective d’une réforme institutionnelle sur l’un des modèles suivants: > Autonomie Interne, Dévolution ;
– La création d’une fiscalité adaptée aux nouvelles compétences et fonctions : > par Péréquation, Territorialisation, Fiscalité propre, ou Autonomie fiscale ;
– La détermination d’un « droit local » : > à identifier dans les champs de compétences transférés ;
– L’attribution d’un pouvoir législatif local hors compétences régaliennes de l’Etat: Trois types de pouvoirs sont possibles : > un Pouvoir Législatif Exclusif (sur les compétences transférées), > un Pouvoir Législatif Concurrent (sur les compétences de gestion associée), > un Pouvoir Législatif d’Application (pour la mise en œuvre progressive des transferts de compétences).
– L’identification de blocs de compétences (à établir dans le cadre d’une loi organique spécifique) : > les compétences exclusives de l’Etat ; > les compétences exclusives de la Collectivité Unique Autonome ; > les compétences associées.
– L’introduction du principe de Subsidiarité (venant en complément de la répartition précédente) : > en s’inspirant notamment de l’exemple italien afin de rechercher le meilleur niveau territorial de compétence pour le bon exercice de compétences spécifiques.
– L’édification d’une structure d’accompagnement à la création de la norme et du droit local (rédaction, actualisation, codification, veille juridique, identification des périmètres) : > celle-ci pourrait être conférée au CESC ; > ou bien à une à une nouvelle structure.
– L’identification des aires fonctionnelles (régaliennes) devant rester à l’Etat : > parmi celles-ci, certaines nécessiteront un contrôle de l’Etat ; > d’autres en seront exonérées (compétences transférées);
– L’attribution de fonctions pour chaque transfert de compétence aux différents échelons du « gouvernement local » ;
– L’évaluation des besoins en ressources financières, humaines et en équipements et infrastructures, pour un bon et effectif transfert de compétences ;
– La dotation à la Collectivité Unique de Corse d’un véritable Parlement : > Celui-ci pourrait être bicaméral, une assemblée des « députés corses » (actuelle Assemblée) et une assemblée « des provinces » ou « des territoires » pouvant avoir vocation à représenter, au travers de trois collèges distincts, les Pays, Territoires ou « Provinces » insulaires (intégrant les Communautés de Communes), la Société Civile, ainsi que la Diaspora ;
– La dotation à la Corse d’un véritable Gouvernement Local : > tirant sa légitimité du Parlement et étant responsable devant lui ;
– La programmation d’une refonte totale de la carte administrative de la Corse sur la base de trois niveaux d’administration territoriale : > Communes, > Provinces (fédérations des Intercommunalités), > Collectivité Unique Autonome,
– L’attribution à la Collectivité corse d’un pouvoir d’auto-organisation ; – L’affectation de compétences dans le domaine des relations internationales (économiques et culturelles) interrégionales : « para-diplomatie »;
– L’organisation institutionnelle et administrative locale devra relever des choix des représentants de la Collectivité Unique de Corse : – L’affectation de compétences d’auto organisation administrative ; > Celle-ci devra être seule habilitée à déterminer l’adaptabilité et l’évolutivité de ses administrations, de ses territoires, de ses collectivités subalternes ainsi que leur articulation territoriale, et ce par référence aux besoins, aux nécessités et aux réalités locales (économiques, géographiques, démographiques, historiques, topographiques, culturelles…).
– La différenciation entre : > un « corps électoral de Pays » ou « de souveraineté locale » appelé à se prononcer sur les élections et consultations spécifiquement insulaires (notamment élections territoriales et municipales, intercommunales, référendums locaux), > et un « corps électoral d’Etat » appelé à se prononcer sur les consultations afférentes à l’expression de la souveraineté nationale française (législatives, présidentielles, référendums nationaux). – La création d’une structure de formation des cadres de la nouvelle Collectivité Unique Autonome : > cela s’avèrera nécessaire afin d’absorber les difficultés soulevées par les transfert de compétences.
– La représentation proportionnelle comme principe de base de toute expression de la démocratie représentative en Corse.
Il s’agit là de quelques propositions concrètes qui marqueraient à la fois la volonté de Paris de rompre avec un régime ancien, mais marquerait également un esprit de réforme visant à ancrer une démocratie réelle dans l’Ile.
Tony Fieschi
TRIBUNE LIBRE : PETRA PARLAMENTA
La mémoire collective de mon village a « porté » , jusqu’à nos jours, le fait que sa communauté, en des temps anciens, avait l’habitude de se réunir, en un lieu bien précis, pour échanger et décider de tout ce qui concernait « u so cumunu ». Aussi bien ce qui pouvait avoir trait au partage temporaire des terres à cultiver que des intérêts particuliers des individus et des familles. Il est « rapporté » que toutes les femmes et hommes pouvaient y participer ainsi que la représentation de chaque foyer sans aucune hiérarchie. Le lieu où se passaient ces échanges existe encore actuellement. Son nom de « Petra Parlamenta » porte en lui l’esprit qui y régnait. Je n’ai jamais trouvé dans mon expérience politique passée cet esprit que j’avais peut-être idéalisé. En quittant cette réunion riche et respectueuse, il m’est revenu à l’esprit : « Petra Parlamenta ».
Ghjuvan Dumenicu Rossi




















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