CONTRIBUTION : « CEDANT ARMA TOGAE ! » (CICERON) OU VOICI VENU LE TEMPS DE L’AMNISTIE

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Depuis quatre décennies la Corse a connu des tensions et des violences générées pour partie, par un combat politique fondé sur une volonté d’émancipation et de reconnaissance des spécificités du peuple Corse.

Ce cycle est près de se clore. Lire la suite

AMNISTIE

Le vote à des majorités importantes, par la représentation de la Corse, de diverses motions sur la co-officialité, le statut de résident, etc…  s’est accompagnée il y a plus d’un an de la décision du FLNC de mettre fin à la lutte armée.

Dans ce contexte, et dans la perspective des négociations qui devront impérativement être menées avec l’État français pour finaliser les demandes démocratiques du peuple corse, il est nécessaire de solder les quarante années d’affrontement que notre pays a connues, pour matérialiser l’entrée dans une nouvelle phase.

La disparition des causes du conflit, avec la mise en place de mesures qui garantissent au peuple corse un avenir sur sa propre terre, doit nécessairement s’accompagner de mesures d’apaisement.

La question de l’amnistie des militants condamnés ou recherchés pour des faits en liaison avec le conflit qu’a connu la Corse est donc posée.

Cette demande rencontre aujourd’hui une adhésion massive à travers le vote de la majorité des municipalités, des principales institutions, assemblée de corse, conseils généraux…, et la signature de groupes associatifs, culturels, sportifs…

Au cours de son histoire la France a  connu de nombreuses amnisties, qui suivaient des périodes d’affrontements, par exemple pour les collaborateurs de la guerre 39-45, ou pour les membres de l’OAS…

Pour ces raisons, les membres du cercle I CHJASSI DI U CUMUNU estiment que l’amnistie doit nécessairement accompagner toute évolution globale vers le règlement de la question corse.

TRIBUNE LIBRE : MANIFESTE POUR UNE DÉMARCHE IDENTIQUE À CELLE DU RAPPORT ENDERLEIN & PISANI-FERRY

En novembre 2014, Jean PISANI-FERRY, économiste français de centre gauche, européen convaincu et Henrik ENDERLEIN, économiste allemand directeur de l’Institut Jacques Delors de Berlin ont remis au gouvernements Allemands et Français un rapport qui a marqué les esprits pour trois raisons :

  • La première parce qu’il s’agissait d’un rapport conjoint prenant en compte les synergies et les spécificités des deux pays ;
  • La deuxième par ce qu’il avait pour but de trouver un « New Deal » pour l’Europe, fondée sur un agenda de réformes structurelles pour lever les blocages, renforcer la compétitivité et mettre en pace un plan d’investissement au niveau européen ;
  • La troisième parce qu’il s’agissait de réflexions menées sur la demande conjointe des ministres de l’économie allemands et français.

Nous vous proposons une synthèse de ce rapport en deux parties :

  • une partie constat
  • et une partie réflexion et proposition.

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ANNONCE : PROCHAINES RÉUNIONS PUBLIQUES

  • Septembre :
    • Lieu : Bistrot du Cours, Aiacciu
    • Date : 24
    • Heure : 19 h
    • Thème : « Règlement des conflits et amnistie »
    • Coordinateur : P Poggioli
  • Octobre :
    • Lieu : Bistrot du Cours, Aiacciu
    • Date : 26
    • Heure : 19 h
    • Thème : « Social et sociétal »
    • Coordinateur : T Fieschi
  • Novembre :
    • Lieu : Bistrot du Cours, Aiacciu
    • Date : 22
    • Heure : 19 h
    • Thème : « Économie et développement appliqués au cas de la Corse »
    • Coordinateur : P Medurio
  • Décembre :
    • Lieu : Bistrot du Cours, Aiacciu
    • Date : 17
    • Heure : 19 h
    • Thème : « Développement durable »
    • Coordinateur : F Bonardi

Remarque : des réunions pourront être mises en place dans d’autres régions à la demande et après validation par les membres en charge de l’animation du cercle.

COMPRENDRE LE SCRUTIN DE DÉCEMBRE 2015

Dans une récente réflexion sur la préparation des futures territoriales de décembre 2015, l’un de nos membres relevait deux points importants :

  • l’absence de programmes ou de grandes lignes d’actions à quelques mois de l’échéance ;
  • une agitation générale et désordonnée dans la préparation de cette échéance qu’il expliquait par deux lectures sociologiques de la société Corse.

NB 1 : voir le billet intitulé « Préparation des territoriales : guerre picrocholine ou malédiction des pharisiens ? » 

Le présent billet complète cette réflexion en apportant quelques données en termes électoraux.

L’assemblée de Corse est composée de 51conseillers dont la désignation obéit aux règles définies par les articles L 366 et suivants du Code électoral.

La liste qui obtient la majorité absolue (la moitié plus un) des suffrages exprimés se voit attribuer neuf sièges complémentaires. Les sièges restants soit 42 (51- 9 = 42) sont répartis entre toutes les listes en présence, à la représentation proportionnelle.

L’expérience révèle que cette hypothèse ne s’est jamais réalisée et ce n’est pas la diversité des listes déjà annoncées (deux à droite, trois au moins à gauche) et celles à venir qui le permettra.

Dès lors il est vraisemblable qu’il y aura un second tour auquel ne seront admis à concourir que les listes ayant obtenu au premier tour un nombre de suffrages au moins égal à 7 % du total des suffrages exprimés.

Mais pour permettre d’intégrer au mieux la représentation de la volonté des électeurs les listes qui auront atteint au moins 5 % des suffrages exprimés et ne se présentent pas au second tour pourront fusionner avec une autre liste.

Il faut donc avoir en tête deux chiffres : 7% des suffrages exprimés pour être au second tour et 5 % des suffrages exprimés pour pouvoir fusionner avant le second tour.

Le facteur qui commande ces deux portes d’entrée au sein de l’Assemblé de Corse est le nombre de suffrages exprimés.

Penchons nous sur le passé, les élections territoriales de 2010 et les législatives de 2012 pour en avoir une appréciation réelle.

Les suffrages exprimés ont été les suivants :

Tableau_13_1

Le nombre de suffrages exprimés s’obtient en retranchant aux inscrits les abstentionnistes et les blancs ou nuls.

Il convient donc en premier lieu de situer à quel niveau seront les électeurs inscrits en décembre 2015.

D’un scrutin à l’autre, le nombre d’électeurs inscrits est passé de 213 312 à 220 178, soit une augmentation de 6 866 en nombre et 3,22 % en pourcentage, ce qui donne une augmentation annuelle de 1,61 % :

Tableau_13_2

Sachant qu’il y a eu des municipales en 2014 qui ont donné lieu à une recherche d’électeurs potentiels pouvant être inscrits dans chaque commune, le pourcentage annuel de 1,61 % peut être reconduit sans crainte et multiplié par trois puisqu’il y a, cette fois, trois années qui séparent les législatives de 2012 et les territoriales de 2015.

Ceci donne une augmentation de 1,61 % * 3 soit 4,83 % par rapport au nombre d’électeurs inscrits en 2012 :

Tableau_13_3

Conclusion 1 : le nombre d’électeurs inscrits en décembre sera de l’ordre de 231 000. 

Le nombre de suffrages exprimés lors des deux scrutins examinés a varié entre les valeurs suivantes : 59,61 % (1er tour des législatives 2012) et 67,42 % (2ème tour des territoriales 2010).

Dès lors nous allons envisager quatre hypothèses se situant entre ces ceux valeurs pour déterminer les suffrages exprimés de décembre 2015 : 59 % d’abord, 62 % ensuite, puis 65 % et enfin 68 %, ce qui donne le tableau suivant :

Tableau_13_4

À l’expérience la valeur la plus haute et la plus basse sont irréalistes pour un premier tour d’élection territoriale. La participation retenue se situe donc dans une fourchette allant de 62% à 65 %.

Conclusion 2 : il faudra 7 200 à 7 500 suffrages pour atteindre le seuil de 5 % afin de pouvoir fusionner.

Conclusion 3 : la barre des 7 % pour être au second tour est comprise entre 10 000 et 10 500 suffrages. 

Ces valeurs complètent l’explication sur l’absence de programme et l’agitation générale et désordonnée présentée dans le billet précité.

Pour mesurer la difficulté de l’exercice il est bon de rappeler les résultats du premier tour des territoriales de 2010 :

Tableau_13_5_bis

Conclusion terminale : les électeurs assistent pour le moment à un spectacle d’ombre où des accords potentiels sont jugés et calibrés par rapport aux personnalités occupant un territoire électoral et des éventuels apports en suffrages qu’ils pourraient apporter dans une union électorale. 

Question terminale : donneront-ils leurs suffrages sur ce seul critère ou leur choix dépendra t-il des perspectives crédibles de développement de l’île que les candidats potentiels sauront ou pas donner ?

TRIBUNE LIBRE : SUR LA SINCÉRITÉ DE NOS SCRUTINS

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Tous les Corses ont désormais fait le choix de porter leurs légitimes revendications par la voie démocratique.

Nombreux sont les électeurs, quelle que soit leur appartenance politique, à souhaiter des débats argumentés afin d’aboutir à des choix de développements clairs et émancipateurs.

Désormais des mains se tendent entre concurrents d’hier. Le dialogue de sourds qui prévalait jusqu’à une récente époque est révolu.

La prise de conscience est générale : il ne peut y avoir de futur commun s’il repose sur l’exclusion de telle ou telle tendance politique lors des scrutins électoraux.

Dès lors il importe que la fraude électorale, ce mal qui a empoisonné la Corse depuis des siècles et des décennies disparaisse. Le Conseil constitutionnel a d’ailleurs pris soin (DC n° 98-2562/2568 AN du 03 février 1999) d’affirmer que « la fraude affecte le principe même de la démocratie ».

Il faut donc restituer à chaque consultation sa sincérité.

Le défaut de sincérité prend corps lors de la mise en place des listes électorales, tant la rigueur qui devrait être de mise lors de leur élaboration laisse à désirer. Voici les éléments qui étayent cette affirmation.

1 – LES FAITS

Afin d’éviter la prise en compte des électeurs de l’UE qui peuvent participer aux élections municipales, l’analyse est effectuée sur la base des législatives ouvertes aux seuls nationaux.

S’agissant de la Haute-Corse, 141 communes sur 236 ont plus d’inscrits sur leurs listes électorales (Scrutin des législatives de 2012- site du ministère de l’Intérieur) que d’habitants (Carte administrative de l’Insee – population 2012).

Pour mesurer l’ampleur du phénomène il convient de préciser que les 141 communes sur 236 représentent 60 % du total des communes de Haute Corse !

Pour ces communes il y a 22 200 inscrits environ (22 225 exactement), pour une population de 15 700 habitants (15 689 exactement), soit environ 6 500 électeurs de plus que d’habitants (6 536 exactement, c’est à dire 42 % de plus.

En Corse-du-Sud

            S’agissant de la Corse-du-Sud, 74 communes sur 124 ont plus d’inscrits sur leurs listes électorales (Scrutin des législatives de 2012- site du ministère de l’Intérieur) que d’habitants (Carte administrative de l’Insee – population 2012).

Pour mesurer l’ampleur du phénomène il convient de préciser que les 74 communes sur 124 représentent 60 % du total des communes de Corse-du-Sud ! L’ampleur est identique à celle de la Haute-Corse.

Pour ces communes il y a 14 800  inscrits environ (14 766 exactement), pour une population de 11 400 habitants (11 380 exactement), soit environ 3 400 électeurs de plus que d’habitants (3 386 exactement), c’est à dire 30 % de plus.

Pour résumer :

En Haute-Corse :

Communes concernées : 141 sur 236, soit 60% ;

Population des 141 communes concernées   : 15 700 habitants ;

Inscrits dans les 141 communes concernées  : 22 200 habitants ;

Surplus d’inscrits par rapport à la population en nombre : 6 500 !!!

Surplus d’inscrits par rapport à la population en pourcentage : 42 % !!!

En Corse-du-Sud

Communes concernées : 74 sur 124, soit 60% ;

Population des 74 communes concernées    : 11 400 habitants

Inscrits dans les 141 communes concernées  : 15 700 habitants

Surplus d’inscrits par rapport à la population en nombre : 3 400 !!!

Surplus d’inscrits par rapport à la population en pourcentage : 30 % !!!

Certes il y a des électeurs qui ont parfaitement le droit de voter dans ces communes puisqu’il y en a qui payent soit une TH[1], soit une TFB[2], soit une TFNB[3].

Mais comment expliquer une telle distorsion entre la population enregistrée par l’Insee et le nombre des inscrits, comment distinguer le grain de l’ivraie ?

2 – COMMENTAIRE CRITIQUE

Un tel nombre de communes concernées par ce phénomène, un tel écart entre inscrits et habitants devraient susciter des interrogations majeures, tant de la part du corps électoral, que des mouvements politiques, sans oublier les gardiens du temple : les services de l’Etat et de la Justice.

Sans vouloir rechercher la responsabilité des uns ou des autres, un constat évident s’impose : il faut absolument expliquer ce phénomène qui concerne principalement le rural.

Comment accepter que certains élus tirent leur légitimité d’un corps électoral formé par des électeurs qui pourraient ne pas être contribuables dans la commune où ils sont inscrits ?

Comment accepter que les commissions électorales (dites commissions administratives) ne s’interrogent pas sur de telles disparités ?

Rappelons qu’elles sont constituées pour chaque commune du maire ou de son représentant, du délégué de l’administration désigné par le Préfet et d’un délégué du Président du tribunal de grande instance.

Le Préfet et le Président du Tribunal de Grande Instance devraient donc êtres des acteurs essentiels pour dissiper les doutes et lever les interrogations.

Mais ce ne semble pas être le cas au regard des exemples cités !

3 – POUR UN FUTUR ÉLECTORAL « SÉRIEUX ET DIGNE »

En ce début de 21ème siècle une sérieuse refonte du corps électoral et la mise en place de procédures d’inscription rigoureuses de ces listes s’impose. il est désormais très simple, grâce aux fichiers de la direction des impôts de vérifier si tel électeur remplit ou pas ses obligations pour être électeur.

La justice et l’administration le doivent aux contribuables que sont les électeurs, conformément à la jurisprudence du Conseil constitutionnel : « il est indispensable de rappeler que, dans une démocratie, l’élection est un acte majeur qui doit s’accomplir dans des conditions sérieuses et dignes » (Cahiers du Conseil constitutionnel n° 13, § II -a).

Si la justice et l’administration ne prennent pas les mesures pour que le scrutin se déroule dans des conditions « sérieuses et dignes », que reste t-il de l’Etat de droit ?  

Roger Micheli et Ghjuvan Luigi Rossi

NB 1 : le fichier qui a permis d’aboutir aux résultats cités sera transmis à toutes les personnes désireuses de connaître le détail des chiffres communaux, dès lors qu’elles en feront la demande à l’adresse suivante : ichjassi@gmail.com

NB 2 : rappelons qu’il en va de même pour celles qui souhaitent recevoir un texte publié : il leur sera communiqué au format PDF.

[1] TH : taxe d’habitation

[2] TFB : taxe sur le foncier bâti

[3] TFNB : taxe sur le foncier non bâti

TRIBUNE LIBRE : LA PRÉPARATION DES TERRITORIALES. GUERRE PICROCHOLINE OU MALÉDICTION DES PHARISIENS ?

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Dans un récent billet publié sur son blog (http://www.pgp-web.com/cn/?p=2168) Pierre POGGIOLI fustige les chats et entrechats (figures de danse classique) auxquels se livrent les diverses composantes de l’ensemble nationaliste, en cette période de préparation des territoriales de décembre 2015.

Il rappelle ensuite deux évidences qui semblent, pour le moment, échapper à tous les futurs candidats :

-les électeurs veulent connaître les grandes lignes de leur action future : le fameux programme souvent rédigé par quelques uns sur un coin de table ;

-et leur stratégie pour le second tour : les regroupements à opérer pour arriver en tête des suffrages et obtenir la prime majoritaire de 9 sièges, les 42 autres étant attribués en fonction du nombre de suffrages obtenus.

J’élargirai cette réflexion à la totalité de la représentation politique de l’île tant elle me semble pertinente, et pour cause….

À droite s’est tenue une réunion secrète avec indiscrétions savamment distillées, sur fond de berlines froissant le gravillon, dans une fraîche nuit du centre de la Corse. Il y aurait en l’état trois listes.

À gauche, il s’en dessinerait cinq : celle du Président de l’exécutif ; celle qui lierait Bonifacio, Afa et la conseillère municipale socialiste de Bastia ; celle issue du duo des malheureux candidats aux dernières municipales d’Ajaccio et de Bastia ; celle formée par une éventuelle alliance entre Corse social démocrate et le MCD représenté par le Président du SYVADEC et pour clore l’ensemble, une liste communiste.

Chez les nationalistes il s’en esquisserait trois : CORSICA LIBERA, FEMU et même une troisième liste…

Enfin il ne faut pas oublier le FN. Ce qui nous donnerait 12 listes, 612 candidats et pas un seul programme pour le moment… Espérons que septembre, propice à la floraison de la bruyère soit également propice à l’éclosion des programmes.

Comment expliquer cette agitation générale et désordonnée dans la préparation de cette échéance électorale ? Je propose deux lectures : une fondée sur la guerre picrocholine, l’autre sur la permanence de la malédiction des pharisiens.  

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 I – RAPPELS

Afin de ne pas désorienter le lecteur il convient d’effectuer quelques rappels sur ces deux notions.

 1 – La guerre Picrocholine

C’est un épisode qui figure dans le GUARGANTUA de Rabelais écrit au 16ème siècle.

Une querelle locale, oppose bergers de Grandgousier (grands gosiers) et fouaciers (boulangers) d’un bourg proche. Les torts ne sont pas tout à fait partagés : les bergers souhaitent acheter des « fouaces » (fougasses). Sans explication aucune les fouaciers répondent par des insultes et frappent les bergers. Et le conflit s’envenime : les bergers frappent à leur tour et s’emparent des fouaces, tout en les payant. Jusque là la balance penche en faveur des bergers.

Mais au lieu de calmer ce qui n’est qu’une petite querelle, le roi des bergers, PICROCHOLE, déclare la mobilisation générale, et attaque le pays de Grandgousier sans lui avoir déclaré la guerre. Face aux méfaits de la guerre le roi de Grandgousier envoie un ambassadeur pour faire entendre raison à PICROCHOLE. Celui ci interprète la démarche comme un geste de faiblesse et s’engage plus avant dans le combat. Mais son armée est tellement désorganisée qu’il perd le combat et s’enfuit en y laissant même ses vêtements.

Grandgousier réagit comme un roi : mansuétude pour les peuples, refus de l’annexion du domaine de PICROCHOLE qui reviendra à son fils et punition des responsables de la guerre, les fouaciers et les mauvais conseillers de PICROCHOLE.

L’expression guerre picrocholine est donc utilisée pour qualifier un conflit local, dont l’enjeu est minime, mené avec une totale démesure par des hommes aux grands gosiers ne sachant pas faire la part des choses, c’est à dire distinguer l’essentiel de l’accessoire.

2 – La Malédiction des Pharisiens

Cette fois le texte a 2000 ans et figure dans l’Evangile de Matthieu (Nouveau Testament)

J’en cite la partie qui s’applique à notre interrogation : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! Parce que vous …dites : Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour répandre le sang des prophètes. Vous témoignez ainsi contre vous-mêmes que vous êtes les fils de ceux qui ont tué les prophètes. Comblez donc la mesure de vos pères ». (Matthieu 23-29 à 23-32).

Personnes imbues du savoir religieux, les Pharisiens, sont dans une stricte observance de la Loi Mosaïque, ce qui leur fait commettre des excès. En effet, par souci d’un respect minutieux de la Loi, ils méprisent les pauvres gens qui ne connaissent pas cette Loi et les empêchent de la connaître. Ce sont d’ailleurs eux qui composent la majorité du Sanhédrin, (Jean 11-47) c’est à dire de l’instance suprême de la communauté juive qui prononce le jugement que l’on sait, avant que Pilate ne l’acquiesce, tout en s’en lavant les mains.

Mais l’essentiel est contenu dans la phrase : « comblez la mesure de vos pères ». Ceux qui ont tué les prophètes et les sages qui ont précédé Jésus et dont parle l’Evangélise, ne sont pas les parents directs des pharisiens à qui est adressée la Malédiction. Mais ce sont leurs lointains ascendants. Les pharisiens auxquels Jésus parle sont les descendants de ceux qui ont commis ces meurtres et les dénoncent même. Cependant, par déterminisme historique ils ne sauront échapper à leur propre destin : faire comme leurs ascendants et condamner Jésus.

Ils « combleront la mesure de leur pères », ils seront à la mesure de leurs ascendants, ils feront comme leurs ascendants en condamnant Jésus, comme Jésus le leur annonce en ce verset.

L’expression malédiction des Pharisiens est donc relative à un déterminisme[1] historique qui puise ses racines dans le passé commun d’un groupe humain. Ceux qui le composent reproduisent les comportements véhiculés par leur commune histoire, malgré la dénonciation qu’ils en opèrent.

II – TRANSPOSITION À LA PRÉPARATION DES TERRITORIALES

1 – La lecture Picrocholine

A cette aune les similitudes sont multiples.

La querelle est locale : il s’agit, d’un point de vue national, d’une consultation qui concerne 320 000 personnes, soit la plus petite des futures régions. Celle qui est à l’avant dernière place, tant en population qu’en PIB, est le Centre – Val de Loire avec 2,6 millions d’habitants. Elle a un PIB de 69,6 milliards d’€ alors que celui de la Corse est de 8,2 milliards d’€. Mesurons l’écart !

La démesure est totale : 12 listes potentielles, 612 candidats et pas de programmes à part quelques rares esquisses ici ou là, mise à l’encan de quelques uns, querelles déclarées irréparables, roulements de tambours, regroupement de bataillons, réunions publiques avec démonstration de force, etc.

Les comportements ressemblent à ceux de bergers de Grandgousier : « coups politiques » entre voisins idéologiques, que ce soit à droite, à gauche ou chez les nationalistes, prises de positions destinées à se démarquer plutôt qu’à construire, stratégies tous azimuts, alliances officieuses ressemblant au mariage de la carpe et du lapin, etc.

Mais l’essentiel n’y est pas : absence de grandes lignes de l’action future et défaut d’affichage clair des alliances de second tour. Tout se passe en off : conciliabules, coups de fils et réunions plus ou moins secrètes.

2 – La lecture Pharisaïque

Tous disent qu’en ce 21ème siècle il s’agit de rompre avec les habitudes anciennes, les accords entre clans et faire passer l’intérêt de la Corse avant les querelles partisanes.

Et pourtant tous « comblent la mesure de leurs pères », reproduisent les comportements électoralistes anciens.

La droite qui se dit libérale, donc par définition respectueuse de la volonté et de la créativité individuelle, est dans un schéma pyramidal (pour ne pas dire dans un centralisme démocratique) avec deux grands généraux et un jeune colonel qui donnent la mesure à leurs potentiels électeurs.

La gauche qui se dit porteuse de progrès face au conservatisme, est empêtrée dans une querelle de chapelle, digne de figurer dans Astérix en Corse. On sent bien que le progrès et la vision moderne n’ont pas le même sens en Corse que chez Jaurès

Les nationalistes qui ont longtemps repris le refrain d’un célèbre groupe engageant les uns et les autres à ne pas aller voter pour des Grandgousiers avides de « fouaces », sont en train d’adopter les mêmes comportements que ceux qu’ils dénonçaient : le billet de Pierre POGGIOLI l’illustre à merveille.

En somme, les politiques Corses, quelle que soit la couleur de leur engagement, n’échapperont pas à la malédiction des Pharisiens : tout indique aujourd’hui, qu’ils combleront à leur tour la mesure de leurs pères, même en ce 3ème millénaire !

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3 – Conclusion

Ces deux lectures se complètent et sont, malheureusement, encore d’actualité dans notre île. Il faut reconnaître que la représentation politique ne manque pas d’imagination pour la stratégie, les déclarations d’ordre général, mais qu’elle est plus avare en matière de mesures concrètes et d’axes de développement pragmatiques.

Ce n’est pas le PADDUC, qui s’est transformé en document d’urbanisme, avec une partie relative au développement économique reléguée au second plan qui y pourvoira, d’autant que le document semble promis à une dense et riche jurisprudence constitutionnelle et administrative.

Les 22 000 demandeurs d’emploi et les 64 000 personnes vivant sous le seuil de pauvreté, eux, attendent. Les électeurs aussi, sont dans l’expectative.

Espérons donc que le mois de septembre, fera floraison de contenus programmatiques sérieux et argumentés ainsi que de clarté politique.

Roger Micheli

[1] déterminisme : comportement humain dont la cause relève des antécédents, du vécu du groupe.