TRIBUNE LIBRE : BACHOTAGE ELECTORAL

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L’actualité scolaire

Nous sommes en pleine période d’examen du baccalauréat. Nos jeunes et moins jeunes ont utilisé différentes méthodes de travail pour appréhender cet événement majeur de leur vie. Il y a ceux qui ont travaillé régulièrement, réparti leurs efforts tout au long de ces derniers mois, planifié les échéances, prévu les obstacles, cherché des solutions et les ont souvent trouvé et il y a ceux qui ont tout misé sur les dernières semaines de révisions, tout misé sur leur talent, leur chance ou leur intelligence.

À l’approche de la date fatidique, le stress ne sera pas le même suivant les deux types d’élèves. Dans le premier groupe, ces élèves que je qualifierais de « consciencieux » auront conscience des enjeux et donc auront une angoisse légitime mais ils seront capables de quantifier leurs points forts et leurs points faibles. Dans le second groupe, dont je qualifierais les membres « d’audacieux », les élèves se retrouvent rapidement submergés par la quantité de données à ingurgiter en si peu de temps. Les journées de révisions « marathon » sont épuisantes et les portent à un seuil de nervosité et d’épuisement extrême. L’angoisse augmente exponentiellement à l’approche du jour J.

Lorsque les résultats tomberont, il y aura des réussites chez les « audacieux ». Ce taux de réussite sera cependant beaucoup moins élevé que chez les « consciencieux ». Cette réussite sera due à la qualité des élèves, à leurs capacités intellectuelles ou à leur chance mais ils auront décroché ce Bac tant convoité et auront, comme les « consciencieux », le droit de continuer leur cursus scolaire. Ils pourront faire la fête et savourer le moment.

Pour la suite, on pourra distinguer deux sous-catégories chez les « audacieux », ceux qui ont pris conscience de la nécessité de repenser la méthode de travail et ceux qui vont persévérer se disant que puisque cette méthode est gagnante, il ne voient pas pourquoi en changer.

Ce qui est certain, c’est que parmi la seconde moitié de cette sous-catégorie, très peu arriveront à faire un cursus long et de qualité dans le supérieur. Seules des personnes avec des aptitudes hors-normes sortiront du lot et iront jusqu’au bout car les lacunes finissent toujours par vous rattraper si vous ne prenez pas le temps de les gommer d’une manière ou d’une autre. On ne construit pas un édifice sur des fondations défaillantes.

Strappà i voti

Beaucoup auront pensé en lisant ces quelques lignes ci-dessus que j’ai confondu mon espace de travail et celui de mes loisirs. Que ces quelques phrases étaient des préconisations faites à mes étudiants en début d’année pour les mettre en garde face à l’ampleur de la tâche qui les attend sur les bancs de notre université.

Je l’avoue, je le fais ! J’avoue leur dire que seul le travail de fond est payant, que le travail ne suffit pas mais que sans lui on ne peut rien. J’avoue leur dire qu’il faut savoir pousser ses limites et que cela ne tombe que rarement tout cuit. Que le travail rend libre et qu’il permet d’être plus serein.

Néanmoins, ce qui m’a fait penser à ces phrases ce sont les dernières élections. Pas seulement ces législatives mais les trois dernières vécues en Corse. À chaque fois, le même scénario. Des candidats tardivement désignés par les structures, des petites tensions internes, des décisions prises à contrecœur par certains, des unions de dernière minute et ensuite… Ensuite, la frénésie, la course aux voix, les slogans en tout genre, les accolades de façade pour certains, la déferlante électorale qui balaye tout sur son passage avec ses angoisses, sa nervosité, les nouveaux « amis » et parfois ses loupés.

Certes, il y a les bons scores. Certes, il y a les victoires électorales. Certes, c’est mieux que de perdre. Certes, il faut faire campagne. Certes…

Mais objectivement, comment expliquer que c’est la seule manière de nous mobiliser réellement ? Comment se contenter de cela ? Comment ne pas essayer de bousculer cette logique de l’élection pour l’élection ? Comment se sentir à l’aise dans un mouvement d’émancipation d’un peuple quand on n’adopte plus que des slogans du type « Strappà i voti » ?

La remise en cause du « tout élection »

« Strappà i voti », ce terme qui me paraissait si banal avant me heurte maintenant. Je me suis demandé pourquoi et j’ai trouvé ! Il me heurte car il sous-entend qu’une personne a besoin que je lui demande son vote, que je lui force la main. Cette personne ne va pas voter pour ses convictions mais pour me faire plaisir. Me faire plaisir même contre ses propres idées ? Cela engendre d’autres questions. Comment se fait-il que je sois obligé de faire appel en catastrophe à mon pouvoir de persuasion ? Si cela devait être fait que sur quelques personnes cela pourrait ne pas être dramatique mais si cela devient la règle, est ce que cela ne voudrait pas dire que je n’ai pas fait mon travail en amont ? Qu’en réalité, je n’ai pas assez expliqué mon projet de société et ce que je voulais pour mon peuple.

Le fait d’engranger les victoires face à un clan en déliquescence est-il prometteur d’une société émancipée avec des pratiques autres ? Ne dit-on pas que l’on peut savoir comment seront gérées les institutions à la manière de gagner les élections ?

Alors, j’entends déjà les remarques fuser du type : « le clan c’était pire », « on n’a pas eu le temps… ». C’est vrai, le clan c’était pire mais eux ne sont pas dans une lutte d’émancipation d’un peuple. Eux, l’affichent clairement. Eux, au contraire, sont là pour « tenir » les gens. Nous non, c’est tout le contraire. Pour l’absence de temps, et bien prenons exemple sur les « consciencieux ». Ils travaillent régulièrement, assimilent les choses, les digèrent, anticipent et sont moins anxieux !

Quelques pistes pour ne pas créer une société de « porteurs de pianos »

Nous allons partir du principe que nous faisons encore des erreurs de jeunesse car le pouvoir n’était pas une caractéristique de notre mouvance politique. Que nous pouvons rectifier notre mode de fonctionnement et que nous allons adopter une méthodologie plus en accord avec ce que nous sommes. Pistes non exhaustives mais qui pourront être amendées par la suite :

  • Le premier point obligatoire est de ne pas cesser d’être sur le terrain les élections finies et le taux d’adrénaline de la campagne redescendu.
  • Le deuxième, est de mettre en place une règle de non-cumul des mandats et fonctions qui nous assurera que les personnes élues seront en capacité d’assumer leurs fonctions électorales et qui garantira que les mandats ne soient pas toujours accaparés par les mêmes « irremplaçables ».
  • Le troisième, est de mettre en place des procédures dans les structures, les mouvements ou les unions électorales qui soient respectées afin que les décisions prises soient acceptées par les minorités.
  • Le quatrième, et non moins important, est d’acter que les élus ne peuvent être présents dans les instances dirigeantes des partis. Ceci afin que les partis jouent un rôle revendicatif que les élus, de par leurs mandats au sein d’institutions de l’État français, ne sont plus en capacité de mener avec la même force.
  • Le cinquième, est de s’assurer que si l’on se présente à des élections les listes électorales soient sincères.
  • Le sixième, est de ne pas « demander » de votes. La demande rend redevable et donc alimente le vieux système « du service rendu ». L’émancipation du peuple et sa responsabilisation sont également nos objectifs à moyen terme.

Je suis intimement convaincu que nous arriverons à ce mode de fonctionnement qui permettra à notre société de ne pas être une société où « certains portent les pianos et d’autres en jouent ».

 

Jean-Louis Rossi

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