CONTRIBUTION : L’ISLAM EN CORSE

 

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PRÉAMBULE

De la nécessité d’un débat sur la présence de l’Islam en Corse

En préambule, il convient d’expliciter pourquoi I Chjassi entreprennent d’initier un débat sur l’Islam en général, et plus particulièrement sur l’Islam en Corse ?

En premier lieu, la cause « générique » s’inscrit dans les principes fondateurs de notre association qui s’est notamment donné pour « mission », de verser dans le débat public des thématiques, des questionnements, des préoccupations, des faits de société ignorés voire occultés.

Autre justification du débat de ce jour : le sujet particulièrement prégnant de l’islam, celui des musulmans et de leur lien présupposé aux problématiques de l’intégration, de l’équilibre social, de l’insécurité et du terrorisme, de la solubilité de sa pratique dans notre modèle démocratique, de son insertion dans un bain culturel bimillénaire.

Cette thématique qui revêt à notre sens un caractère central, fait pourtant partie de ces sujets dont les médias, les politiques, les culturels ne parlent pas.

Or, ce non-dit généralisé est de fait générateur de fantasmes, d’incompréhensions, de replis, de peurs, voire de haines, et donc source de problématiques concrètes, réelles, intangibles, constatées et vécues au quotidien par les Corses.

Ce non-dit conduit également, en n’identifiant pas les problématiques, à laisser perdurer, voire s’amplifier des phénomènes déjà insolubles dans nombre de villes et de banlieues françaises, et qui par ce fait, risquent de le devenir en Corse dans les toutes prochaines années.

Dans ce cadre défini, nous nous attacherons donc à développer nos échanges au travers :

– d’une part, d’un état des lieux sur l’Islam en Corse ;

– d’autre part, des interrogations que suscite l’Islam ;

– enfin, des perspectives que nous pourrions proposer de dresser.

1 – L’Islam en Corse : état des lieux :

L’Islam en Corse, c’est d’abord une population présente depuis le début des années 60 et la fin des luttes d’indépendance dans les pays du Maghreb.

Celle-ci est en effet apparue lors du premier boum immobilier insulaire de l’après-guerre essentiellement dû au basculement démographique de la Corse rurale vers les agglomérations littorales, mais également au développement touristique, et enfin à la mise en exploitation des terres agricoles de la Plaine Orientale par les « rapatriés d’Afrique du Nord ».

L’ensemble de ces phénomènes a généré l’arrivée d’une population de « travailleurs immigrés » originaires du Maroc et de Tunisie, parallèlement à une immigration sarde.

Or, 50 années plus tard, du fait de l’impossibilité de disposer de « statistiques ethniques », il s’avère malaisé d’estimer précisément la proportion de la population insulaire se reconnaissant de l’Islam ; nous en sommes donc réduits à procéder par recoupements d’études ou d’informations disparates, bien souvent non officielles.

En tout état de cause, nous pouvons assurer sans trop nous fourvoyer que la caractéristique de l’islam en Corse est que cette religion est celle de la première population étrangère de l’Ile, à savoir celle de ressortissants de pays du Maghreb (Marocains, Tunisiens en quasi-totalité).

Aujourd’hui en 2016 la population d’origine maghrébine est estimée à environ 50 000 personnes sur une population insulaire de 320 000 habitants, ce qui en fait la deuxième région de France en proportion après l’Île de France.

Approximativement, cette population compte 30% de ressortissants étrangers et 70% de Français ayant acquis la nationalité par le « droit du sol » ou par la naturalisation.

Des chiffres plaçant l’île au deuxième rang derrière l’Ile-de-France et au 1er rang en proportion pour les primo-arrivants à scolariser.

Cette présence, selon le consulat du Maroc en Corse, serait à l’heure actuelle (en comptant les étrangers n’ayant pas la nationalité française et les français originaires du Maghreb) de l’ordre de 40.000 Marocains et 8000 Tunisiens, et très peu d’Algériens.

Par ailleurs, il faut savoir qu’en 2011, 31% des enfants nés en Corse, c’est à dire environ 1.000 enfants, avaient au moins un parent de nationalité étrangère ; ce qui nous laisse supposer que la très grande majorité avait des ascendances Marocaine ou Tunisienne et donc pouvait être considérée comme insérée dans un environnement culturel et cultuel musulman.

Cette population marocaine, ou d’origine marocaine, est officiellement administrée par le Conseil Régional du Culte Musulman de Corse, instance chargée de représenter les associations gestionnaires de lieux de culte et, de fait, les musulmans auprès des autorités ; le CRCM prône un « islam modéré et tolérant tourné vers la tradition religieuse« .

Le profil du corps social de l’île a donc été ainsi totalement bouleversé, et la culture corse est en voie de marginalisation ; d’autant que nombre de Corses, dont des jeunes à la recherche d’un emploi, s’expatrient à nouveau.

Comme nous pouvons le constater, il est très difficile d’avoir une vision précise de l’Islam en Corse, et ce phénomène fait que cette religion est perçue, dans l’Ile, comme une terre inconnue…

L’Islam dans la société corse : une « terra incognita » :

La difficulté d’appréhender la « sphère musulmane » dans toutes ses composantes, l’aspect hermétique de cette « société mahométane », font de l’Islam en Corse, une véritable « terra incognita »…

Ce sentiment de l’existence « d’une île dans l’île », « d’un peuple dans le peuple » n’est pas seulement un simple ressenti ; il s’agit d’une réalité, d’un phénomène qui au fil des ans a tendance à s’amplifier.

Cela trouve d’abord très certainement sa cause première dans le fait que les musulmans de Corse, comme toutes les populations migrantes, ont le réflexe de s’installer par affinités ethno culturelles, de s’agréger par sédimentations successives dans les mêmes lieux, les mêmes quartiers, les mêmes cités.

Mais les Corses, pour ne parler que d’eux, n’ont-ils pas fait de même à Marseille, Paris ou Nice, et plus loin encore dans le temps, à Livourne, Pise, Rome, voire en Gallura ?…

Ce sentiment de la coexistence d’une entité musulmane au cœur de notre propre société insulaire, est bien évidemment amplifié par une spécificité, une originalité religieuse au cœur d’une terre de religion, de culture, d’éducation chrétienne, et d’un « Peuple Papiste » comme diraient les anglo-saxons…

Cette image de « citadelle mystérieuse » accolée à la population musulmane, aux quartiers musulmans, est bien évidemment confortée par une évolution sociale, voire sociétale, qui a fait que depuis les 15 dernières années, les hommes, les femmes, les enfants, les filles et fils de Mahomet en Corse, ont de plus en plus distendu les liens qui les ont toujours reliés aux Corses depuis les années 70/90.

En effet, si durant ces années, les Corses ont continué à « faire des Corses », y compris au sein de la population musulmane, ce phénomène n’est plus vrai aujourd’hui, ou quasiment plus.

Il convient de cerner les causes de ce phénomène et de se poser la question de savoir si la construction d’un Peuple Corse intégrant ses enfants de confession musulmane, est toujours possible en 2016…

Cette construction d’un Islam en Corse devenant partie intégrante d’un Peuple en lutte, aspirant à l’émancipation, d’une Nation en construction, d’une Terre en quête de Paix, est-elle un rêve impossible, ou bien peut-elle devenir une réalité ?

Mais attachons-nous d’abord à cerner ce qu’est l’Islam majoritaire aujourd’hui en Corse.

L’Islam en Corse : le rite sunnite « malékite » traditionnellement majoritaire :

L’islam majoritaire en Corse est sunnite, de rite malékite, puisqu’il caractérise insulaires d’origine Marocaine, ce rite revêtant un caractère quasiment national dans le Royaume du Maroc.

Ce rite utilise, pour déterminer sa jurisprudence, outre le Coran, la Sunna, la Quivaâs et l’Iima ; il utilise également les pratiques des premiers habitants musulmans de Medine (Amal ahl al-medina) comme source de la jurisprudence islamique et fait grand cas de la tradition du Prophète, tout en prenant en considération l’intérêt général.

Ce rite malékite, bien que toujours très majoritaire au sein de la population musulmane de l’Ile, se voit aujourd’hui de plus en plus concurrencé par un rite beaucoup plus rigoriste, le « salafisme » mais également par le « frérisme » des Frères Musulmans.

Durant la période courant des années 60 aux années 90, l’Islam en Corse était tout autre ; sa particularité, en Corse, durant des décennies, fut sa « non visibilité » dans l’espace public, ce qui n’est plus le cas depuis le début des années 2000.

En effet, si durant la période 60/90, la tendance fut à une immersion de la population musulmane dans la société insulaire, dans l’espace public, dans une sécularisation apaisée, tel n’est plus le cas aujourd’hui.

L’Islam en Corse en 2016 : une visibilité accrue au cours de la période contemporaine :

Cette évolution est flagrante car les lieux de cultes ont été multipliés par cinq en 10 ans ; on en compte aujourd’hui 15 dans les principales agglomérations de Corse.

2 villes seulement ne sont pas pourvues de lieux de prière : Calvi où elle n’existe pas et Bonifacio où elle a été plastiquée.

En réalité, il ne s’agit pas véritablement de mosquées selon les canons de la tradition architecturale islamique, mais tout au mieux des foyers, des hangars ou des appartements aux allures discrètes et épurées.

Par ailleurs, on peut constater qu’à partir de la fin des années 80, le hijab qui n’était porté surtout que par des vieilles femmes musulmanes plus par tradition que par conviction a commencé à se propager chez les jeunes filles et les jeunes femmes.

En outre, depuis le début des années 2000, une présence visible, affichée, d’aucuns diront démonstrative de l’islam dans les cités insulaires, où sont apparues les premières tenues intégrales et les premières revendications pour les repas de substitution dans certaines écoles.

Nous assistons également à une pratique religieuse plus assumée, notamment au sein des jeunes générations, celles des moins de 30 ans, et plus particulièrement celles dont les parents ne sont pas nés en Corse ou dont les grands parents ne sont pas installés depuis les années 60/70.

L’ensemble de ces phénomènes tend à identifier clairement une appartenance cultuelle, voire culturelle, spécifiquement musulmanes, voire des signes d’appartenance à un Islam radical.

De nouvelles obédiences sont apparues durant la période récente en Corse (le salafisme et le frérisme) ; elles correspondent à des mouvements rigoristes privilégiant l’émergence d’un Islam essentialiste originel ; cet « Islam puriste » qui touche essentiellement les jeunes générations a fait son apparition très récemment en Corse et est bien souvent véhiculé par des ressortissants étrangers faisant office de « bons apôtres ».

A ce sujet, un récent rapport du mois de septembre 2016, commandé par l’Institut Montaigne que l’on ne peut taxer de « sociétalement fermé », a mis en évidence que 28% des musulmans de France se revendiquaient aujourd’hui d’un Islam radical et se déclaraient ouvertement « opposés aux valeurs (dites) de la République » ; ce même rapport précisant par ailleurs que 50% de ces musulmans radicaux étaient des jeunes.

En dehors de quelques enquêtes partielles, il est très difficile, en Corse comme en France, de disposer d’informations précises, complètes, étayées et apaisées, tant sur la sociologie des populations musulmanes, que sur les caractéristiques de la pratique religieuse musulmane dans l’Ile, que sur l’implantation de l’Islam en Corse ou sur le niveau de porosité avec les structures, courants et mouvements salafistes.

Néanmoins, des rapports de police font état de jeunes Corses (4 ou 5) s’étant convertis et fortement radicalisés. Certains d’entre eux sont partis en Syrie ou ont tenté de le faire depuis 2014.

Mais le phénomène le plus alarmant réside dans la tentative avérée de main-mise des salafistes sur la jeunesse d’origine musulmane dans les quartiers à forte densité maghrébine (Pifano, L’Empereur, Les Cannes, Lupino) ; des « diktats comportementaux » ont, dans ce cadre, tendance à se développer, notamment le fait de « conseiller fortement » aux jeunes filles de ne plus se rendre en ville prendre un verre ou bien de porter le voile…

Par ailleurs, il y avait en 2016, 9 personnes officiellement fichées S en Corse dont l’Imam aumônier de la prison de Borgu !

Mais en fait, certains services estiment à environ 50, le nombre d’individus pouvant être considérés comme potentiellement dangereux.

Cet état de fait nous conduit à nous pencher sur la genèse et les objectifs de l’Islam radical ou de l’Islam politique.

Genèse et objectifs de l’Islam radical :

L’islamisme est apparu en Europe, principalement sous sa forme salafiste et « Frères Musulmans », et cette forme d’extrémisme religieux, prosélyte et violent, a une histoire et s’est fixé des objectifs stratégiques et tactiques dont il est nécessaire de parler afin qu’en Corse, nous sachions identifier les dangers et prendre ensuite les mesures qui s’imposeront.

1°) La chronologie de l’expansion islamiste :

Une lecture chronologique de l’ascension de l’islamisme contemporain peut nous éclairer sur ce qui est en train de se passer en Europe en ce début de XXIème siècle.

Il faut en effet savoir que, dans le monde musulman, les mouvements islamistes ont voulu développer, dès les années 80/90, un processus de transformation de cette aire originelle.

L’objectif en était multiple :

– contrecarrer le développement des valeurs humanistes universelles,

– empêcher l’avènement de régimes laïcs,

– empêcher l’enracinement d’un « islam moderne »,

– stopper la progression du communisme et de la démocratie,

– fragiliser les mouvements de revendication nationale (OLP, FLN) par trop laïcs.

Le courant islamiste a ainsi su profiter de l’affaiblissement des mouvements nationalistes révolutionnaires laïcs ; il a su profiter également d’un phénomène de corruption généralisée associée à une paupérisation galopante de la population.

Au travers de cette corruption bien réelle, par extension, les islamistes ont entamé une campagne massive de dénonciation de l’occidentalisation des mœurs elle-même à l’origine, selon eux, de « la dépravation des mœurs et de la morale islamique ».

Sur ces bases, ils ont commencé à installer des pratiques, des modes vestimentaires et surtout une police morale dans les universités, foyer de la contestation de la libéralisation et des revendications démocratiques, mais également à l’encontre des femmes.

Dans le prolongement de cette implantation de terrain, ils ont su développer une puissante machine de propagande en créant de grands trusts dans les médias, l’édition, la presse écrite, puis plus tard via la création de chaînes de télévision, de radios de grande qualité technique, et enfin au travers des réseaux sociaux.

Autre vecteur d’implantation et d’enracinement de l’islamisme, l’animation et le contrôle de très nombreuses associations religieuses, d’aide alimentaire, humanitaire et sociale, éducative, sportive, mais également de défense des droits et de protection des intérêts des populations musulmanes. Dans ce registre, Les Frères Musulmans sont, aujourd’hui, les plus actifs, les plus efficaces et les plus présents.

Mais le véritable terreau de l’islamisme dans les pays musulmans ces 30 dernières années a résidé certainement dans la somme des désillusions ressenties par les populations musulmanes qui n’ont jamais connu de vie décente, malgré l’indépendance des nations arabes, malgré les mannes pétrolières ou gazières, malgré l’installation d’Etats laïcisés, malgré des régimes se revendiquant du socialisme, du libéralisme ou du panarabisme.

Du fait de tous ces errements, de ces rendez-vous ratés, de la corruption généralisée, de l’extension de la paupérisation, l’islamisme est apparu comme révolutionnaire, moralisateur aux yeux de toutes les catégories sociales.

– 2°) Les objectifs des islamistes :

L’objectif premier de l’islamisme réside dans la transformation du monde musulman, aussi bien dans l’aire historique de l’Islam qu’en Europe occidentale, et ce par la recherche d’une emprise et d’un contrôle progressifs et directs sur la société.

Ces objectifs prennent la forme d’un projet politico-religieux né dans les pays musulmans et qui commence à toucher l’Europe ; partout où l’islamisme a ancré sa dynamique et s’est installé, nous pouvons retrouver les mêmes éléments constitutifs, à savoir notamment :

– l’islamisme sacralise le territoire, devient hégémonique et entre en conflit avec les identités, croyances et traditions locales ;

– l’islamisme s’inscrit dans une démarche offensive (endoctrinement, recrutement, prosélytisme, construction de lieux de cultes et mosquées, installations d’écoles coraniques,..) ;

– l’islamisme tisse un réseau d’organisations de portée nationale ou internationale (caritatives, humanitaires, religieuses…), œuvrant pour son expansion et financées par des Etats (Qatar, Arabie Saoudite, Pakistan,…).

Sur ces bases, la transformation sociétale constitue l’enjeu majeur de l’islamisme ; les moyens pour y parvenir sont de plusieurs ordres :

– des moyens classiques : la prédication, l’action politique, l’action caritative, l’éducation, le lien social ;

– des moyens plus sophistiqués : l’entrisme auprès des grands corps (police, armée, administration, universités, justice, médias, etc.) ;

– des moyens structurels : organisations civiles, associations de quartier, organisations de défenses des droits, autant de structures animées ou gérées par des « islamistes modérés » maîtrisant les législations nationales, l’organisation administrative, les fondamentaux des droits individuels ;

– des moyens plus coercitifs : ceux-ci vont du harcèlement, à la censure, à l’anathème, à la menace, à la terreur ;

– des moyens de propagande : réseaux sociaux, médias, action psychologique, etc.

L’objectif final est de soumettre progressivement les populations musulmanes, par cercles concentriques de plus en plus larges ; ceci est d’autant plus aisé que ces populations sont bien souvent paisibles et passives devant l’activisme islamiste ; ce silence touche également nombre d’intellectuels et est bien souvent interprété comme un consentement.

Ce manque de réactivité de la majorité musulmane, de la « rue musulmane », de la majorité, pour le coup, silencieuse, des musulmans, fait le jeu des islamistes puisqu’étant interprétée comme une caution aux dérives islamistes.

Pour toutes ces raisons, il convient urgemment de mettre à jour tout à la fois le « corps islamiste », mais également son projet, en prenant soin de bien différencier l’activisme islamiste et les populations musulmanes, afin de tordre réellement le cou aux amalgames.

– 3°) L’identification des organisations supports de l’islamisme et leur stratégie appliquée :

Il faut noter qu’après le succès du « Tabligh » (mouvement piétiste) dans les années 1970, puis celui des « Frères musulmans » (mouvement rigoriste), dans les années 80, nous assistons aujourd’hui à la montée en puissance du « salafisme» (mouvement islamiste essentialiste originel).

Le travail d’identification de l’islamisme dans toutes ces manifestations passe notamment par la connaissance de ses structures supports.

Tout d’abord les « Frères Musulmans », qui manifestent un regain d’activité actuellement en France ; cette organisation contrôle et anime de très nombreuses structures, au rang desquelles :

– le Conseil Islamique d’Europe,

– la Fédération des Organisations Islamiques d’Europe

– l’Union des Organisations Islamiques d’Europe,

– le Fonds Islamique Européen,

– l’Union des Organisations Islamiques de France,

– le Conseil Théologique des Musulmans de France,

– le Collectif Contre l’Islamophobie en France.

Les « Frères musulmans » s’emploient, depuis le début des années 1980, en Europe, à acquérir divers «territoires» privés pour inscrire, dans la durée, leur récit islamiste comme élément du récit national de chaque pays de l’Europe.

Cette opération s’appelle le «Tawtine» ; elle est exécutée par la construction de mosquées-cathédrales, d’acquisitions immobilières, de construction d’établissements scolaires privés, etc. Sans le «Tawtine», le projet Tamkine (« territoire ») ne peut être mené efficacement.

Si le Tawtine est l’objectif territorialiste d’une étape, le Tamkine est le but ultime pour que la loi d’Allah, telle qu’elle est comprise par les idéologues et oulémas des frères, domine l’Europe et l’annexe à l’Etat Islamique tant rêvé par les Frères.

* Les codes vestimentaires des frères musulmans sont catégoriques pour les femmes : elles doivent porter le hijab.

Ensuite, les « Salafistes », qui rassemblent aujourd’hui une centaine de prédicateurs, rien qu’en Ile-de-France ; ils y seraient présents dans une trentaine de mosquées et y compteraient 5.000 à 6.000 affidés. Le Grand Lyon compterait une vingtaine de mosquées et oratoires sous influence salafiste et Marseille une douzaine.

Les services de renseignement français estiment leur nombre entre 22.000 et 45.00 pour la France entière ; certains spécialistes parlent même de 90.000.

Ses partisans rejettent tout effort d’interprétation du Coran, ne croient pas aux vertus de la démocratie, refusent totalement toute forme d’intégration, considèrent toutes les autres cultures et civilisations comme impies, mais ne cherchent pas – du moins la majorité d’entre eux – à s’opposer aux gouvernements en place.

Plus que la politique, ce sont la morale, la pratique religieuse, l’emprise sur la société et la prédominance du religieux sur le politique qui les obsèdent, au point de vouer à l’enfer tous les «mécréants» qui ne souscrivent pas à leur vision du monde.

Plus précisément, la purification et l’éducation constituent la motivation première des salafistes : purifier la religion des « innovations » entachant ses préceptes et ses dogmes, pour revenir à la religion transmise par le Prophète ; éduquer les musulmans pour qu’ils se conforment à cette religion et délaissent leurs « mauvaises coutumes », toute autre solution (politique, démocratique ou révolutionnaire) ne faisant que les détourner du bon chemin.

Bien que rejetant les structures formelles traditionnelles (partis politiques, associations, etc), on peut retrouver les salafistes au sein :

– du Rassemblement des Musulman de France,

– de nombre d’écoles coraniques (une répertoriée sur Aiacciu, à Baleone,

– de nombre de mosquées ou lieux de prière investis par les salafistes (2 répertoriés sur Aiacciu – Jardins de l’Empereur et Baleone).

* Les codes vestimentaires des salafistes sont très stricts notamment chez les femmes : elles portent des vêtements amples et longs ; elles portent également le voile intégral de couleur sombre ou la burqa afghane.

Cette visibilité de l’Islam en Corse, et notamment son empreinte islamiste, y conduit comme ailleurs à des réactions de type raciste, mais également des réactions plus mesurées visant à analyser les causes de ce phénomène.

Mais face à ce nouveau fait de société l’Etat, les Institutions, les médias, l’intelligenzia adoptent systématiquement une attitude de repli, de déni, voire de dénonciation caricaturale de ce qui, de près ou de loin, s’efforce d’analyser.

L’Islam en corse engendre-t-il racisme et « islamophobie » ? :

Les évènements des Jardins de l’Empereur et de Siscu, ont porté les médias français à accréditer la thèse que les Corses étaient globalement et par essence racistes.

Mais, outre le fait que ce jugement visait notamment à salir le nouveau Pouvoir territorial nationaliste en tentant un amalgame douteux entre le Mouvement National Corse et le Front National, la réalité des faits prouve, contrairement donc à ce que les médias nationaux laissent souvent transparaître, qu’il y a proportionnellement très peu d’actes réellement racistes en Corse, et ce malgré le fait que les manifestations de l’Islam radical commencent à s’affirmer de façon exponentielle dans la société insulaire.

Mais au-delà de cette volonté des médias et du Pouvoir parisien d’entacher les Corses en général et les nationalistes corses en particulier, d’un « gêne raciste », vient se greffer un élément de langage visant à faire en sorte que rien ne soit entrepris qui de près ou de loin viserait à tenter une vision critique sur l’Islam, ou pire, une analyse visant à établir un lien, même ténu, entre Islam et Islamisme.

Dès lors, toute étude, toute enquête, voire toute satire sur l’Islam, toute interrogation sur un lien présupposé entre Islam et Islamisme, devient un véritable délit couvert par le vocable d’« islamophobie ».

Ce faisant, aucun travail sérieux ne peut être entrepris visant à identifier les causes profondes de l’émergence de l’islam politique, de l’islam radical et de sa forme le plus visible, le Salafisme.

Par extension, les causes ne pouvant être cernées, les solutions ne peuvent être trouvées.

Le débat de ce jour, ainsi qu’indiqué en propos liminaire, vise justement, sur la base de ce constat, à faire en sorte qu’en Corse nous ayons la volonté, le désir impérieux, voire le courage de formuler clairement toutes les interrogations fondamentales concernant l’Islam.

Nous serions ainsi les précurseurs d’un nécessaire et urgent débat sur la question.

2 – L’Islam en Corse : des interrogations fondamentales :

La problématique première liée à l’Islam en Corse, est celle, propre à la Corse, du positionnement de l’Islam et de la population musulmane par rapport à une réalité politique, celle de la lutte d’émancipation du Peuple corse.

La seconde problématique touche plus globalement à l’émergence de phénomènes communautaristes qui sont aux antipodes de ce qu’a toujours été la Corse, à savoir un Peuple et une Terre ayant perpétuellement « fabriqué des Corses ».

Or d’aucuns aujourd’hui, par « esprit d’escalier », par facilité intellectuelle, ou par conviction profonde, estiment que l’Islam est, de facto « chez lui en Corse ».

Ceux-ci considèrent que à l’intégration de l’Islam dans la société corse coule de source, que l’Islam, « religion de paix » ne pose aucun problème particulier, si ce n’est celui d’induire ou révéler l’existence, au sein même du Peuple Corse, d’une frange « identitariste » fascisante et raciste.

Les mêmes pensent enfin que l’islamisme n’est pas l’Islam, alors qu’ils estiment que l’Inquisition fut le Catholicisme, Staline le Communisme…

Cette vision pour le moins d’éthérée, est celle de toutes les sphères de pouvoir en Europe occidentale, déniant la réalité, la cruelle réalité vécue par les citoyens européens.

En effet, nul ne peut nier que l’Islam draine dans son sillage toute une série de situations, de conflits, de soubresauts qui ne peuvent laisser indifférents, et qui font que les populations ne peuvent se satisfaire de réponses qu’elles considèrent par trop formatées ou « hors sol », en tout cas, à mille lieues de leur vécu, de leur ressenti, bref, de leur quotidien.

Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles et il va de soi que l’Islam, les populations de confession musulmane, s’intègrent de façon tout-à-fait apaisée et inéluctable comme ont pu s’intégrer tous les Peuples ayant touché les côtes corses depuis l’Antiquité.

Or, force est de constater, en Corse comme ailleurs, et pour l’instant, il est vrai, un peu moins qu’ailleurs, que l’Islam prend une pente inverse à celle espérée ; il se développe en effet, une société parallèle, voire une société développant des règles, des modes de vie, des usages contraires à ceux de la terre d’accueil, en l’occurrence la Corse.

Et ce phénomène vient se doubler d’une distanciation profonde entre l’Islam, ses préceptes, ses objectifs et les aspirations profondes du Peuple corse à l’émancipation politique ; cette évolution tend à se développer de façon exponentielle et dénote une volonté « identitariste » pouvant demain venir contester le mouvement d’émancipation politique né en Corse au début des années 60, voire entrer en concurrence avec celui-ci.

Car tel est là l’un des enjeux essentiels, le cœur de la problématique, car problématique il y a : l’Islam peut-t-il, pourra-t-il cohabiter avec un combat de 50 années, et des aspirations historiques, voire permettre à ses adeptes d’embrasser la cause d’un Peuple en lutte ?

Cette question est à poser, avec d’autres, afin d’identifier ce qu’est et ce que pourra être l’Islam en Corse dans 10, 15 ou 20 ans. De la réponse à ces questions dépendra la concrétisation d’une intégration et de son corollaire, à savoir la « Communauté de destin ».

Islam, intégration, « Communauté de destin » et lutte d’émancipation du Peuple Corse :

Nous ne pouvons pas aborder la question de la cohabitation de l’Islam en Corse avec la lutte d’émancipation du Peuple corse sans aborder les notions fondamentales de « Peuple corse historique » et de « Communauté de destin », et donc sans évoquer la revendication corse de ces 50 dernières années.

On peut en effet penser que, bercés par l’air du temps, d’aucuns envisageraient plutôt de voir aujourd’hui l’émergence future d’une communauté éthérée, la juxtaposition de destins parallèles, la cohabitation de citoyens hors sol ignorant ce qui a fait et fait encore « l’âme corse », à savoir, son histoire, sa langue, sa culture, ses combats d’hier, d’aujourd’hui et de demain…

Cette ambigüité sur la notion même de communauté de destin participe à la crise profonde que connaît la Corse, alors qu’elle pourrait, si elle était pensée et interprétée dans le droit fil de ses motivations originelles, contribuer à nous accorder collectivement, au-delà des constats, sur des réponses possibles et souhaitables pour tous.

« Islam en Corse et Communauté de destin » : la question est à poser à tous ceux qui aujourd’hui fédèrent, animent, mobilisent la population musulmane dans une pratique religieuse spécifique ; sont-ils prêts à faire leur cette notion, mais également, sont-ils prêts à adhérer ce qui cimente ce concept, à savoir une volonté commune de porter le Peuple corse vers les chemins de son émancipation ?

Se pose en effet la question de l’implication de l’Islam, et donc de la population musulmane, au travers d’une appropriation de la notion de « Communauté de destin », dans les combats pour « l’autodétermination individuelle et collective » (autre thème qu’il convient de rapprocher), pour « la libération sociale », pour l’émancipation du Peuple corse et son dessein de « faire Nation », sachant que cette notion, initiée par le FLNC au début des années 80, s’inscrivait également dans la volonté de voir la Langue et la Culture corses imprégner cette communauté.

Nous ne pouvons donc évoquer l’Islam en Corse, son présent et son avenir, en le déconnectant de la réalité, sociale, culturelle et politique de la Corse.

De même, outre cette question relative aux modalités et aux conditions d’édification d’une communauté de destin pouvant intégrer l’Islam et les populations musulmanes, il convient d’aborder une autre question tout aussi prégnante, à savoir la montée en puissance de l’islamisme, de l’Islam politique.

L’Islam politique : un frein à la pérennisation de l’installation de l’Islam en Corse :

Nous nous devons en effet d’engager une réflexion sur cette question centrale et apporter des réponses cohérentes, concrètes et originales.

La condition expresse, c’est de nommer les choses de nous démarquer catégoriquement des approches contre-productives opérées par Paris, les médias, l’intelligentzia et de la Droite extrême.

Face à l’avancée du péril islamiste, la Corse, de par sa spécificité historique, culturelle, sociologique, politique, est en mesure d’avancer des éléments de réponse, des moyens de riposte, des voies de règlement pouvant confiner et réduire le danger ; mais cela ne sera possible qu’à la condition expresse de nommer les choses, de nous démarquer catégoriquement des approches contre-productives opérées par Paris, les médias et une grande partie du monde intellectuel, à savoir :

– 1°) les circonvolutions sémantiques, les éléments de langage et autres vocables « tournant autour du pot », tels que « fondamentalisme, intégrisme, radicalisme, islam politique », etc…

Nous devons, bien au contraire, nommer le « cœur de cible », à savoir L’ISLAMISME, afin d’éviter les amalgames stigmatisant l’ensemble des musulmans et interdisant par là-même toute action claire, déterminée et efficace.

– 2°) le discours éthéré des adeptes de la théorie de « la nation ouverte » (Georges SOROS) :

Celui-ci, est repris tout à la fois par les tenants de l’ultralibéralisme, les « néoconservateurs » et les partis européens de gouvernement socio-démocrates ou libéraux ; en effet, ce discours conduit à des situations de déstabilisation généralisée d’ordres démographique, culturel, économique, faisant le lit du populisme et de l’extrême droite.

C’est le discours bien-pensant du « vivre ensemble » néantisant les problématiques engendrées par des politiques migratoires effrénées favorisant l’arrivée massive sur le continent européen de populations essentiellement musulmanes, fragilisant des pays entiers, favorisant le développement de thèses populistes voire fascistes et posant les conditions objectives d’affrontements futurs.

Ce discours s’avère d’autant plus dangereux, qu’il se refuse à intégrer et à reconnaître les dangers inhérents aux dérives communautaristes et à l’imprégnation de cette communautarisation par les réseaux islamistes.

– 3°) le discours « lepenniste », cristallisant la dérive communautaire :

Celui-ci se nourrit de la dérive communautariste, en accentuant les lignes de fractures religieuses et culturelles menant inéluctablement à une logique de guerre civile et confortant par là-même les partisans du « plutôt RAMADAN que MARINE », alimentant eux-mêmes le populisme, accentuant la fracture entre le Peuple et la Classe politique et accélérant, le cycle infernal.

En effet, le discours lepenniste ne ciblant pas précisément le seul danger réel, à savoir celui de

« l’islamo-fascisme », conduit au résultat inverse à celui recherché, à savoir le repliement identitaire des populations musulmanes, la récupération de ce phénomène par les islamistes et l’amplification de leur emprise sur les populations musulmanes.

4°) le discours et les solutions « laïcistes » :

Celui-ci vise, sous couvert de lutte contre le « fondamentalisme religieux » (en fait l’islamisme), à imposer des règles drastiques concernant le port, l’exposition ou la démonstration de signes religieux, également aux religions (christianisme, judaïsme, bouddhisme, notamment) ne posant aucun problème au cœur dans nos sociétés, et ce depuis des décennies, voire des siècles.

Cette référence récurrente à la laïcité, ne nommant pas clairement l’islamiste, n’empêchera pas à ce dernier de continuer à se propager ; bien au contraire, il s’en nourrit.

Ainsi que nous l’avons évoqué, l’Islam et les insulaires s’en réclamant, ne pourront durablement et définitivement faire de la Corse leur terre d’adoption que si, en amont, nous avons le courage de nous poser les questions, toutes les questions, ainsi que nous avons essayé de le faire dans cette première partie.

Nous poser les vraies questions afin de dégager des perspectives fortes et des réponses pérennes, tel est l’enjeu.

3 – L’Islam en Corse : perspectives

Ainsi que nous l’avons dit, nous pouvons constater que, bercés par l’air du temps, d’aucuns envisageraient plutôt de voir l’émergence future d’une communauté éthérée, la juxtaposition de destins parallèles, la cohabitation de citoyens hors sol ignorant ce qui a fait et fait encore « l’âme corse », à savoir, une histoire, une langue, une culture, des combats d’hier, d’aujourd’hui et de demain…

Cette ambigüité sur la notion même de communauté de destin participe grandement à la crise profonde que connaît la Corse, alors qu’elle pourrait, si elle était pensée et interprétée dans le droit fil de ses motivations originelles, contribuer à nous accorder collectivement sur des réponses possibles et souhaitables pour tous.

Outre ces questionnements afférents aux modalités et aux conditions d’édification d’une communauté de destin, il nous appartiendra d’apporter des réponses cohérentes, concrètes et originales à une question de plus en plus prégnante, à savoir celle de la montée en puissance de l’islamisme.

La première des conditions réside, nous l’avons vu, dans le devoir de nommer les choses, de nous démarquer catégoriquement des approches contre-productives opérées par Paris, les médias, l’intelligentzia et de la Droite extrême, à savoir celles du déni de réalité, et de la tentative d’associer l’islam politique à la recherche de solutions.

La seconde vise à identifier les erreurs déjà commises ailleurs et à ne surtout pas rééditer.

Sur cette base, des propositions pour la Corse sont possibles, car notre île est l’un des rares territoires où rien n’est encore définitivement engagé, où, du fait du phénomène de proximité, des pistes, des solutions, des initiatives peuvent encore être trouvées et les fractures définitives évitées.

Des erreurs à ne pas commettre 

1°) La « laïcité extrême » est contre productive :

Celle-ci est proposée comme unique réponse à l’imprégnation social de l’islamisme, associée au refus de nommer « le mal », à savoir l’islamisme, ne réduira pas ce dernier, mais attisera en revanche haines, rancœurs et conflits.

En effet, invoquer la laïcité comme seul et unique étendard du combat contre l’islamisme sera contre-productif ; de même que l’invoquer comme fer de lance d’un combat antireligieux, ne fera qu’amplifier les problèmes en provoquant des réactions d’incompréhension des croyants se reconnaissant de religions sécularisées et apaisées.

2°) L’association des organisations islamistes, ou toutes personnes s’en réclamant, dans tout processus de règlement, doit être bannie :

Cette méthode qui a cours régulièrement voulant laisser croire qu’en associant les islamistes à toute construction, à toute réflexion, à tout projet visant à séculariser l’islam et à le rendre « démocratiquement compatible », constitue une erreur fondamentale.

En effet, la volonté d’entrisme des courants islamistes se joue parfaitement de cette méthode puisque toute synthèse propositionnelle intégrera, de façon plus ou moins étendue, les propositions, objectifs et conditions de ces mêmes islamistes.

Le dernier exemple en date est celui du rapport d’information n° 757, session extraordinaire de 2015-2016, enregistré à la présidence du Sénat le 5 juillet 2016, sur l’organisation, la place et le financement de l’islam en France et de ses lieux de culte, il a été répondu à une fonction symbolique : « Assurer la visibilité du culte musulman au même titre que les autres cultes ».

Il s’agissait, selon la formule reprise, en leur temps, autant par M. Jean-Pierre Chevènement que M. Nicolas Sarkozy, « d’asseoir l’islam à la table de la République » ; dans ce sens, les organisations voulant participer à sa création devaient accepter un texte rappelant les principes de la laïcité.

En introduction de ce rapport, on peut lire : « La situation nationale et internationale de ces derniers mois, de ces dernières années, a placé – bien malgré elle – la communauté musulmane vivant en France au cœur de débats et d’interrogations provoqués par l’amalgame trop fréquent entre l’islamisme radical et l’islam. ».

A l’issue, et à la demande de l’UOIF, l’État a renoncé à la liberté de changer de religion… Voilà donc un exemple concret de l’intégration des organisations islamistes et de leurs représentants à tout projet relatif à l’islam.

Dans une moindre mesure, l’invitation de représentants salafistes aux tables de discussion des deux évènements des Jardins de l’Empereur, fut une erreur à ne pas réitérer.

3°) L’approche « immédiatiste », purement sécuritaire ou « psychiatrisante » est un leurre :

Il n’y a pas de réponse qui puisse être rapide et efficace à la fois à la question de l’islamisme et de ses dramatiques manifestations. Or, le Pouvoir et les Médias, craignant l’embrasement, se refusant par ailleurs à reconnaître leur angélisme et appréhendant les amalgames généralisés, s’échinent à traiter cette question de façon immédiate sans s’attacher à en discerner les causes profondes, les vecteurs de propagation, l’étendue de la gravité.

Alors, on traite toute action violente, tout attentat, sous l’angle du fait divers, sous l’angle psychiatrique ou bien sous l’angle de la « radicalisation rapide », voire de la radicalisation carcérale, de celle transitant via les réseaux sociaux…

Selon la même logique, le Pouvoir tente de répondre par une augmentation de la présence de forces de l’ordre, voire de l’armée, afin de limiter, freiner ou enrayer les actions à venir.

Ce faisant, les politiques, tant en France qu’en Europe, se refusent à en analyser les causes profondes, et donc à agir à la racine du mal ; et la racine du mal, c’est l’islamisme que l’on se refuse à nommer et identifier.

En Corse, dans un premier temps, suite à l’agression des Jardins de l’Empereur, le Pouvoir Territorial s’est laissé emporter par cette approche bien dans l’air du temps (« vous êtes chez nous chez vous »), cette approche très « mainstream », qui n’a rien résolu au fond, et qui, de plus, a été très mal comprise, voire très mal vécue par une majorité de Corses.

Ce même Pouvoir Territorial a, très vite corrigé le tir en s’attachant à cibler enfin le mal, à savoir l’islamisme.

4°) Les réponses techniques de « déradicalisation » ont montré leurs limites :

Les gouvernements européens, empêtrés dans leur approche relativiste et néantisante, persistent dans leur volonté de « casser le thermomètre », afin de faire disparaître la température… Alors, ils s’attachent à l’écume des choses, à la queue de la comète en usant jusqu’à la corde un élément de langage prétendant identifier à la fois la cause du mal et l’expression du mal, à savoir : « la radicalisation ».

Et donc, au lieu de combattre l’islamisme à la racine, dans ses réseaux, dans son discours, dans son action d’emprise sociale, dans son organisation et ses appuis, on prétend combattre un phénomène, un comportement, une attitude : la radicalisation.

Et la France, esprit cartésien oblige, se dote de moyens conséquents supposés permettre de déradicaliser les jeunes, les détenus, les femmes, les convertis, etc…

Les premiers résultats de cette politique à courte vue, s’avèrent calamiteux, à la lecture des derniers points d’étape opérés ces dernières semaines par des organismes habilités.

Mais pouvait-il en être autrement ?

5°) Le refus du débat sur l’Islam et ses liens avec l’islamisme est dangereux :

Selon la même logique, le Pouvoir, les médias, les intellectuels se refusent à analyser ce qui fait qu’une religion, l’islam produise en son sein « l’hydre islamiste » ; nous pouvons lire encore une fois ce que dit Boualem Sansal :

« Il faut noter que, relativement à la question du débat sur l’islam, la liberté de parole est également malmenée n Europe où l simple énoncé du mot « islam » bloque toute discussion ou la dirige vers les lieux communs du politiquement correct. Les réactions toujours très violentes des islamistes à la moindre remarque sur l’islam, réactions promptement relayées et amplifiées par le médias, ont fini par dresser une sorte de « mur de Berlin » entre l’islam et la critique que tout home peut émettre à l’endroit de toute idée, fût-elle sacrée.(…) Certains n’osent même plus parler en public de l’islam, des musulmans, des Arabes, de peur de se voir accusés d’islamophobes, de racisme et de vouloir provoquer des conflits intercommunautaires ».

Or, l’islam a généré au fil des siècles, quatre grands courants (le sunnisme, le chiisme, le soufisme, le kharidjisme) plus ou moins orthodoxes, plus ou moins austères, plus ou moins tolérants, ces mêmes courants s’étant, bien souvent déclinés en une multitude de rites (malékisme, hanafisme, chafiisme, hanbalisme, hanbalisme, etc) ou d’écoles (duodécimains, zaïdites, ismaéliens, ghoulâts, etc).

Les Salafistes, les Frères Musulmans sont issus de ces courants divers, de ces écoles plurielles ; ils sont l’une des expressions de l’islam et marquent, chez nombre de musulmans un regain de piété, une volonté de retour aux valeurs premières de l’islam. L’expression « politique » de ces deux derniers courants, passe aussi par le recours à la violence et la terreur, par une volonté d’emprise totalitaire sur la société, par un désir de refondation du monde contemporain, par une volonté de châtiment des pouvoirs ayant oppressé l’islam et les musulmans.

Le salafisme et l’islamisme ne sont donc pas tout l’islam, mais ils en sont une partie, aujourd’hui très active et violente ; le nier, c’est se refuser à vouloir en identifier les causes, et c’est se mettre dans l’impossibilité d’y apporter des réponses efficaces et définitives. C’est pourtant cette voie calamiteuse qui est empruntée par tous les gouvernements occidentaux et par l’Union Européenne.

Une fois identifiés les causes de l’islamisme, ses objectifs et les formes qu’il peut prendre, alors vient l’heure des réponses, des propositions et des solutions.

Des réponses claires à la volonté de main mise islamiste sur la société :

La volonté de contrôler le corps social musulman et plus largement, la société, est à présent bien cernée ; il nous appartient de nous donner les moyens de contrecarrer cet objectif.

– 1°) Réduire et combattre l’investissement de l’espace public et de la sphère intime par l’activisme politico-religieux de l’islamisme :

Il appartient à l’Etat, aux pouvoirs publics, aux collectivités, au monde associatif, aux mouvements politiques de réinvestir l’espace public et d’aller au plus près des habitants, en particulier dans les zones et les quartiers où frappe la misère sociale, où le lien social se délite, où les familles se déchirent, où l’école n’éduque plus et n’instruit plus, autant d’éléments laissant de plus en plus de jeunes sur le bord du chemin.

Ces jeunes abandonnés de toutes parts, dénués de valeurs, de sens, d’espoir, de projets, sont en effet les proies privilégiées des « rabatteurs islamistes » ; car nul ne va au salafisme ou aux Frères musulmans, c’est l’islamisme qui choisit, qui recrute, qui embrigade. C’et l’islamisme qui ensuite fait de ces jeunes les futurs combattants du djihad en leur faisant miroiter, ailleurs, un bonheur, un idéal et une reconnaissance que nul ne leur reconnaît.

Ce réinvestissement du corps social passe donc par des politiques d’action sociale volontaristes et interventionnistes :

– par un maillage des quartiers sensibles en termes d’installation de services publics de proximité,

– par un « ilôtage » associatif et social, par une sécurisation de ces quartiers,

– par une protection, notamment des jeunes femmes,

– par une répression sans faille des activistes (religieux ou non) faisant pession sur les familles afin que « la propagande salafiste » s’affiche de plus en plus dans les rues, dans les écoles, les entreprises ou les plages (voiles, hidjabs, burqas, burkinis, etc).

– 2°) Ne rien céder sur aucun des signes ostentatoires caractéristiques de l’islamisme :

L’un des aspects de ce processus islamiste passe, de façon visible et ostentatoire, par une volonté d’occupation de l’espace public, venant ainsi symboliser l’objectif de mainmise sur le corps social ; cette double volonté d’affichage et d’emprise progressive sur la société passe notamment par la symbolique vestimentaire (voile, hidjab, burkha, burkini,…) que l’on pourrait appeler « propagande voilée », ou par la symbolique culinaire (revendication des menus de substitution en milieu scolaire).

Et l’on ne peut avoir de doute sur le but recherché dès lors que l’on sait que ces codes vestimentaires sont imposés par les représentants les plus extrêmes de l’islamisme, s’appuyant sur une interprétation extensive, pour ne pas dire abusive, de la notion de libertés individuelles, puisqu’invoquant une pseudo « liberté vestimentaire ».

Sur ces bases, il convient de ne rien céder sur l’affichage de ces signes ostentatoires d’un islamisme conquérant ; cela passe :

– par la stigmatisation non pas des femmes contraintes à cet affichage vestimentaire, mais à ceux qui font pression sur les chefs de famille afin que leurs filles se conforment à leurs prescriptions moyenâgeuses.

– par l’identification, la condamnation et l’expulsion de tout imam, prédicateur ou « gardien autoproclamé de l’ordre moral », s’arrogeant le droit de ne pas serrer la main des femmes, prêchant un islam agressif, rigoriste, prosélyte, violent, discriminant, ou proférant des menaces publiques à caractère islamiste, ou enfin essayant d’introduire dans les écoles des comportements, des messages ou des propos à connotation islamiste.

– 3°) L’heure est venue de dire les choses :

Bien évidemment, si nous voulons inverser le cours de choses, il appartiendra aux politiques de dire les choses, de dénoncer les situations de parler du danger islamiste sans ambages, afin :

– d’une part, de stopper la logique de l’amalgame qui convient, aussi bien, et de façon paradoxale, aux islamistes, à l’extrême droite et aux immigrationnistes ;

– d’autre part, de dégager des réponses claires ambitieuses et efficaces à l’emprise islamiste, et s’inscrivant dans le moyen et le long terme.

Compte tenu des jeux de Pouvoir, des postures idéologiques et du manque évident de courage politique, caractérisant la classe politique française, et plus globalement le Régime, Paris réagira lentement, frileusement et inefficacement au problème.

En revanche, nous pouvons en Corse, du fait de nos spécificités, du phénomène de proximité et d’une situation globalement encore gérable, trouver des réponses nous permettant d’inverser le phénomène.

Ces réponses devront s’inscrire dans un « Grand Projet d’Emancipation pour la Corse », à savoir, celui de l’autodétermination.

Des propositions s’inscrivant dans le projet d’émancipation du Peuple corse 

– 1°) Réinstaller une laïcité apaisée inspirée du modèle paoliste, expérimenté en 1755 :

Dans ce cadre émancipateur, nous devrons nous réapproprier la vision paoliste de la laïcité, celle qui fit que l’idée de la séparation de l’Eglise et de l’Etat imprégna notre île par un forme de « laïcité tranquille », instaurant une relation privilégiée avec la religion et instaurant une séparation, voire même une indépendance, de l’Etat avec l’Eglise.

Pour rappel :

-la « Reine de la Corse », « a Santa Reghjina » était qu’une reine symbolique sans pouvoirs, mais représentant aussi bien la continuité de l’Etat corse, que le périmètre restreint du domaine religieux ;

– « U Babbu di a Patria » se revendiquait de ce royaume virtuel, mais exerçait le pouvoir temporel, au travers d’institutions laïques et représentait la Nation.

Ce modèle d’une république laïque n’excluant pas le religieux, peut être la pierre à l’édifice que la Corse pourrait apporter dans le cadre d’une réponse aux velléités salafistes et islamistes

– 2°) Acter le principe qu’il n’y a qu’une seule communauté de droit : le Peuple corse

Dans le même esprit, nous ne pouvons concevoir que le discours communautariste fasse le lit, en Corse comme ailleurs, de l’entrisme social islamiste ; il n’y a en Corse qu’une seule communauté de droit, le Peuple Corse.

Sur la base de ce principe fondamental, les membres de la population musulmane seront bien évidemment encouragés, voire aidés à se départir de l’emprise islamiste, mais également seront admis à rejoindre le combat du Peuple corse pour la liberté et l’émancipation, et ce dans le cadre d’une laïcité apaisée, d’une laïcité tranquille.

– 3°) Nous adresser aux insulaires de confession musulmane afin de les associer à la conclusion d’un nouveau « Pacte social et politique », ainsi qu’à des « Etats Généraux de la Corse » :

C’est dans le cadre de ce double objectif (combat contre l’islamisme et pour l’émancipation du Peuple corse que les nationalistes, en général, et le « Pouvoir nationaliste », en particulier, se doivent d’initier la concrétisation d’un nouveau « Pacte social et politique » afin que les populations de religion musulmane soient associées au grand combat émancipateur du Peuple corse pour son autodétermination.

Cela passe par l’intégration et l’acceptation, par les musulmans de Corse, de notre vision spécifique de la laïcité, par le rejet catégorique des références islamistes et par la non adhésion aux codes islamistes (signes et tenues vestimentaires ostentatoires, pratiques religieuses rigoristes, non respect de la notion d’égalité hommes/femmes, etc).

Ce « Pacte Social et Politique » pourrait s’insérer dans le processus de règlement global du « Conflit Corse » qui pourrait lui-même s’engager concrètement au travers « d’Etats Généraux de la Corse ».

Ceux-ci pourraient notamment accueillir les personnalités civiles et religieuses (dont les musulmans, for les islamistes ou apparentés) de Corse afin d’entamer les travaux sur les modalités de règlement du conflit corse

Ainsi, la Corse pourrait servir d’exemple, voire de modèle en Europe, à une immersion de la religion musulmane dans une Terre, en l’occurrence, historiquement Vaticane…

Jean-Antoine Fieschi

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