TRIBUNE LIBRE : LÉGISLATIVES EN CORSE. MISE EN ORDRE DE BATAILLE… ET AU-DELÀ

Pour le mouvement nationaliste corse, hors l’union point de salut, et pour les Corses, hors le nationalisme corse, point de salut …

Résumons : Trois têtes de listes et deux suppléants pour Femu a Corsica (Inseme et PNC). Deux suppléants et un candidat ex-membre du groupe Aiaccini mandaté pour Corsica Libera.

Des chances indéniables dans les deux circonscriptions de Haute-Corse (Michel Castellani et Jean-Felix Acquaviva) et l’espoir d’un bon résultat en Corse-du-Sud, où les deux candidats « Les Républicains », Camille de Rocca-Serra (Député sortant) et Jean-Jacques Ferrara (qui prend la suite du député-maire Laurent Marcangeli) ont de grandes chances de l’emporter.

Difficultés techniques ?

Comme chaque fois, à l’annonce d’une campagne électorale, des difficultés quant à l’équilibre des diverses structures et à la représentation des uns et des autres. La presse en a parlé, mais tous les mouvements sont concernés par de telles turbulences internes qui rejaillissent immanquablement sur l’union Corsica Libera-Femu a Corsica.

Déjà l’approche vis-à-vis des élections présidentielles aurait sans nul doute mérité une position commune des mouvements aux responsabilités à la CTC, et pour les deux tours…. Même si les nationalistes jusqu’à aujourd’hui n’avaient jamais par le passé eu une approche commune par rapport à cette élection, voire s’en étaient désintéressés quant aux mots d’ordre donnés à leurs soutiens et électeurs… cela aurait participé à l’évidence de la clarification politique dans l’île pour nombre de nos électeurs, au-delà des militants.

Sauf que désormais au commandes d‘une institution de la Corse « et de la République française», institution étant ce qu’elle est, même si insuffisante… Il aurait sûrement été important, par une stratégie commune, de prendre en compte le « seuil qualitatif » franchi le 15 décembre 2015, et admettre que dans l’opposition durant des années, les Nationalistes corses étaient désormais dévolus à un autre rôle, même s’ils aspiraient à aller encore plus loin dans la prise du pouvoir et des responsabilités pour la Corse et le peuple corse.

Dans le rétroviseur

Le « logiciel de la lutte clandestine », au-delà des critiques et de ses erreurs, rythmant peu ou prou durant des décennies, la vie politique dans l’île et les stratégies et tactiques des mouvements nationalistes corses, a disparu. D’où le mouvement nationaliste, toute tendances confondues, au-delà de la mouvance stratégiquement liée à cette clandestinité, s’est du jour au lendemain, un peu et plus ou moins selon les structures, trouvé et/ou senti « orphelin ».

La victoire du 15 décembre 2015 est arrivée. L’arithmétique simple, quant à la composition des listes et aux places des uns et des autres, a permis de remettre à plus tard les problèmes inhérents aux équilibres et à la représentation de chaque mouvement au sein de la liste d‘union du second tour (puis de la composition de l’Exécutif au 3ème tour), laissant derrière nous les problèmes internes connus par chaque mouvement en amont du 1er tour quant à la composition et aux équilibres internes de leurs listes …

Mais elle n’a pas, cela s’est avéré plus problématique, pu permettre l’établissement, dans de bonnes conditions minimum, de la « feuille de route » indispensable qui aurait dû sceller une alliance en vue d’une prise de responsabilités à la CTC pour aller dans les meilleures conditions jusqu’aux prochaines échéances territoriales de décembre 2017.

Et aujourd’hui, avec ces Législatives, les mêmes problèmes ont ressurgi… et demain aux élections territoriales, le risque est grand de voir les mêmes turbulences s’imposer si… chacun n’en prend pas conscience, et si les mouvements n’anticipent pas sur des problèmes récurrents au plan du fonctionnement, (Règlements intérieurs rigoureux) de la désignation « démocratique » des candidats à la candidature et les candidats (cahier de charges-charte des élus), des équilibres et de la représentation des uns et des autres… et s’ils ne travaillent pas déjà à l’établissement d’une « feuille de route » conséquente, autour de quelques « grands axes prioritaires » inversant des processus en cours jouant contre les intérêts collectifs des Corses et ne profitant qu’aux intérêts particuliers de quelques-uns. Ils peuvent, et devraient d’autant plus le faire, en s’appuyant sur les expériences, bonnes ou controversées, de cette mandature précédant la mise en place de la Collectivité unique.

Lutte armée, lutte institutionnelle, lutte de masse ?

Un tryptique oublié ou dépassé (avec la disparition de la clandestinité) ? L’absence du logiciel de la lutte armée aurait dû porter à réflexion et surtout à voir comment y remédier, notamment par la mise en place d’une nouvelle et autre alternative pour y suppléer.

Je ne suis pas partisan des positions plutôt « simplistes», ou découlant de postures évitant des réflexions plus en profondeur, voire des remises en questions, – difficilement comprises par l’opinion corse et les Corses en majorité, voire par nombre d’électeurs nationalistes aujourd’hui, et sans doute dépassées au vu des évolutions politiques dans l’île -, « réduisant » ces élections à des « élections françaises », et « affirmant péremptoirement  qu’elles ne nous concernent pas ». La lutte institutionnelle, dès lors que le mouvement nationaliste dans son ensemble l’a prise en compte, a toujours impliqué d’être présents partout, sauf exception, en fonction des possibilités du mouvement nationaliste dans son ensemble, et si possible dans l’union.

Pour autant, avec les évolutions actuelles, la stratégie institutionnelle/électorale n’a-t-elle pas pris le dessus sur tous les autres terrains de lutte du mouvement nationaliste dans son ensemble, n’a-t-elle pas de facto gommé le terrain des luttes de tous les jours, et avec la disparition de la clandestinité, ne risque-t-elle pas (n’est-elle pas en train ou n’est-elle pas devenue ?) de devenir l’unique stratégie des mouvements nationalistes ?

Ne reprend-on pas à notre compte les vieilles recettes politiciennes, combattues jusqu’alors, des clans d’hier en matière électorale ? Ne dénoncions-nous pas les cumuls de mandats les cumuls de fonctions ! Certains principes qui guidaient le mouvement nationaliste seraient-ils oubliés ou auraient-ils disparu, ne seraient-ils ou ne sont-ils plus valables désormais ?

La recherche de porteur(e)s de voix, réels ou supposés, ou de titres, (comme autrefois pour les familles nombreuses ou les grandes familles de notables), est-elle devenue désormais prioritaire dans certains choix électoraux, (électoralistes !), quitte à préférer les adhérents/électeurs/notables, « porteurs (supposés ou non) de voix », nouveaux ralliés parfois venus des clans ou de nulle part, jugeant le Nationalisme « en vogue » dans le cadre d’un «plan de carrière politique personnel», (bien entendu découlant et complémentaire avec un bon plan de carrière professionnelle déjà bien assuré)- sans aucune culture interne et connaissance de l’histoire et des bases de la lutte nationaliste-, au détriment des militants, sans au moins respecter un certain équilibre entre les uns et les autres pour pouvoir s’élargir au sein de notre société et prendre en compte ses évolutions sans pour autant aller à se renier en laissant de côté la bataille des idées, de nos idées et de nos fondamentaux, qui ont fait la force du combat nationaliste, malgré les embûches, les oppositions et la répression ?

Cela irait-il ou ira-t-il mieux pour autant, au-delà des scores électoraux, pour nos idées et nos fondamentaux défendues depuis des décennies ?

Au fil des échéances, sous prétexte de réalisme et de modernité, en ne négociant pas dans de bonnes conditions les évolutions-adaptations, voire les virages, inéluctables et nécessaires après des décennies de luttes et d’oppositions, en se contentant de remplacer les anciens élus du clan par de nouveaux élus « nationalistes meilleurs gestionnaires ou prétendus tels » faisant fi du « nationalisme de papa ou grand-papa » jugé dépassé, ne risque-t-on pas de perdre un peu de notre âme en se faisant « récupérer voire formater » par le système que nous étions sensés combattre aspirant à le remplacer par un nouveau système plus émancipateur pour le peuple corse ?

Quel autre-logiciel pour alternative ?

Les mouvements auraient dû s’adapter à la nouvelle situation et aux nouveaux enjeux s’imposant à la Corse et aux Corses, surtout depuis la prise de responsabilités à la CTC, l’ont-t-ils fait (suffisamment) ?

La structuration, le fonctionnement démocratique, des procédures claires et collectives de désignation et de décision (pour les élections et les choix des candidat(e)s, pour représenter les mouvements, mais aussi pour les autres décisions tactiques ou stratégiques). Cela a-t-il été fait ? Y a-t-on au moins réfléchi ou commencé à y réfléchir ? La Base et les militants des mouvements (à qui on fait trop souvent appel une fois les décisions prises) savent ce qu’il en est dans les faits. Mais le choix de mouvements de militants, qui ont fait la force et le dynamisme de notre Revendication par rapport aux partis traditionnels ou clanistes, est-il toujours partagé par tous, ou préfère-t-on, -notamment depuis la confirmation d’une telle stratégie confortée par la vague montante du « Macronisme politique », s’inspirant des évolutions de la vie politique française et, à l’instar des « partis français actuels »-, les délaisser au profit de partis-mouvements-organisations de cadres, en réseaux, ou d’électeurs, voire de structures plus ou moins informelles, renvoyant à l’idée de « castes »…  C’est à cette base militante de dire ce qu’elle en pense, et si cela va bien ou mieux ?

Au-delà de la place que pourrait occuper u Rinnovu à l’avenir dans cette démarche d’union ou cette perspective électorale, sur laquelle il faut bien entendu réfléchir et à laquelle il faudra apporter des réponses politiques claires, je ne crois pas (ou plus) en une union/fusion débouchant sur un mouvement unique. Pour ce qui est de l’union actuelle Corsica Libera et Femu a Corsica, issue des élections de décembre 2015, ces deux structures sont différentes (de par leur vécu, leur histoire, leur culture de mouvements, leurs positionnements de fond et de forme) même si ce qui les rapproche est plus important que ce qui les sépare… Et l’union (unité d’action politique ou électorale ?) entre Corsica Libera et Femu a Corsica, doit être l’objectif absolu et la recette nécessaire au succès, le leur, mais surtout celui du peuple corse. Mais je ne comprends toujours pas la différence entre le PNC et Inseme, sauf à découvrir de temps en temps que le PNC est pour l’Autodétermination et qu’Inseme « réserve » ou « occulte » son point de vue quant à cet objectif stratégique. Une alliance Corsica Libera/Femu a Corsica doit donc se faire logiquement et en toute clarté. Mais elle doit se faire autour d’une union/compromis portée par une « feuille de route » à court et moyen terme, (à l’exemple de la fameuse union de la gauche en France des années 80). Une « feuille de route » qui annoncerait, la prise en compte de certains axes de développement économique, social/sociétal et culturel, (et amorcerait) en rupture avec l’ancien système, les grandes lignes du « Projet de société » à mettre en chantier et à peaufiner pour la Corse et ses intérêts collectifs demain, son peuple et ses droits inaliénables sur sa terre.

Une élection en cache-t-elle toujours une autre ?

C’était le leitmotiv des anciens partis clanistes de droite ou de gauche, aujourd’hui cet adage ne risque-t-il pas de s’appliquer, ne s’applique-t-il pas déjà un peu plus au gré de chaque élection, au mouvement nationaliste ? En sera-t-il désormais réduit, guidé ou dominé par des choix et intérêts politiciens, dès une élection passée, à ne plus travailler (ou militer) qu’avec pour objectif prioritaire de mieux préparer la prochaine échéance électorale, et à chercher à avoir toujours plus de voix ? Ad aeternam « pour que tout change sans que rien ne change » ? Et ce alors que la Corse évolue et change mais au détriment des Corses, de son peuple et de ses droits sur sa terre. Au-delà des hommes, de leurs qualités et de leurs défauts, n’oublions pas les programmes, le Projet global et la lutte contre le système claniste et colonial… et 40 ans de luttes et de sacrifices !

Les échéances de décembre 2017

Les Territoriales arrivent pour les mois à venir, comment les préparer ? Selon quelles procédures, pour quelle représentation, quels équilibres, et quels candidats ? Une union au premier tour ou au second ? Deux trois voire quatre listes (avec u Rinnovu) ? Que de questions et de difficultés à appréhender et à se donner les moyens de surmonter ! L’erreur, voire la faute politique, serait que ces problématiques n’aient pas encore connu une once d’amorce de discussion et que l’on se contente à défaut d’attendre en se référant à l’adage « à chaque jour suffit sa peine  ». Et donc on verra le moment venu !

Puissent mes réflexions et mes craintes être invalidées, et le plus vite possible ? Puisse que ce scénario-catastrophe ne se produise pas…. Sinon les mois qui viennent seront pénibles et porteurs de turbulences internes à chaque mouvement et à l’union au sein de la nouvelle Collectivité unique, – d’autant que le succès de décembre 2015 tend à s’éloigner et qu’un certain mécontentement, voire une certaine colère, (sociale/sociétale) commence à gronder -, et la Corse risque de s’enfoncer à nouveau dans des stratégies de divisions et d’antagonismes dont seul le peuple corse aurait à pâtir. Niant nos droits et nos revendications, l’Etat colonial, les forces économiques/financières, et les anti-corses de tous ordres, hostiles à toutes notions de langue, de culture, de droits collectifs des Corses sur leur terre se frotteront les mains, poursuivant leurs funestes projets pour a Corse

Attention à ce que les lignes rouges ne soient franchies !

Pierre Poggioli                                                                                                     

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