TRIBUNE LIBRE : LES LANGUES SANS LANGUE DE BOIS

Bilangue VS Langues de Pays

Emmanuel Macron fraîchement élu Président des français déclarait, je cite : « Vouloir réunir tous les français » ! Vraiment ?

Dès ce début de quinquennat, une question fondamentale s’agissant de l’identité des « français », ne va pas manquer d’en heurter plus d’un.

En effet, Monsieur Macron a souhaité la remise en route de l’enseignement bilangue, dès cette rentrée 2017. Certains parents jubilent déjà ! Les arguments favorables fusent en tous sens et d’aucun y va de ses espérances.

Selon ces derniers, l’apprentissage d’une seconde langue étrangère à la rentrée de la 5ème (et non plus en 4ème), suffirait presque à enrichir intellectuellement leurs chères têtes blondes.

Ils les imaginent probablement en ‘’golden boys’’ comme notre cher Emmanuel ! Désormais icône d’une génération météore ! Sautant d’avion en avion. Encostumés, une grosse montre au poignet, une carte ‘’Black’’ dans leur portefeuille. Peut-être même frissonnent-ils déjà à l’idée d’un coup de fil les réveillant en pleine nuit, afin de leur annoncer un mariage ou une naissance à l’heure de New York, Tokyo ou quelque destination exotique ?

D’autres sont plus raisonnables. Ils pensent à l’enrichissement intellectuel de leur progéniture. À l’ouverture sur le monde, à l’heure à laquelle foisonnent les méthodes Assimil, où se multiplient les échanges via internet qui les suit jusque dans leurs chambres à coucher voire, jusqu’aux commodités…

Nous le savons tous ! L’enseignement d’une langue étrangère une année avant, va révolutionner l’approche linguistique de nos enfants. Le monde jusqu’alors, avait été incapable de former correctement des générations d’élèves à la pratique de langues étrangères.

Que deviennent donc les langues dites « régionales » ou « minoritaires » ?

La mise en concurrence va être rude ! Étant considérées comme des options, alors que légitimes sur l’espace géographique qui est le leur, qu’elles ont occupé, façonné parfois, elles se trouvent face à un danger de mort imminente.

Vous pensez que votre serviteur exagère ?

Ne vous y trompez pas chers lecteurs ! La réflexion que je porte à votre attention est triste et froide.

Triste, car il s’agit là d’une exécution en règle, car en créant cette concurrence entre des langues qui « servent » et d’autres qui ne servent pas ou moins, l’on va finir d’uniformiser le territoire français, d’un point de vue linguistique, par une simple élimination reposant sur le critère d’utilité.

Allez expliquer à des parents qui travaillent 40 heures hebdomadaires, chacun, que leurs pires ennemis sont les smartphones, ordinateurs portables, tablettes, consoles et autres gadgets connectés. À l’heure du « mieux vivre », où chaque couple doit réussir l’exploit d’être à la fois, travailleur efficace et productif, père et mère, mari et femme, amant et amante, sportif et sportive et j’en passe ; combien d’entre eux réussissent l’exploit de ne pas s’abandonner à la facilité, au lieu de prendre à cœur l’éducation de leurs enfants ?

Je vous disais que ce constat est froid, car en effet il me vient d’un vécu quotidien auprès d’élèves collégiens. La question : « À quoi ça sert ? » revient de plus en plus. Dans des quartiers au sein desquels la mixité sociale et culturelle fait défaut (comme le quartier Saint Joseph à Bastia), quel meilleur sas d’assimilation peut-il exister, que celui d’une remontée par une langue de « Pays » ?

S’assimiler par le terroir, ne pas folkloriser l’importance des identités locales, est un moyen d’enraciner les femmes et les hommes qui sèment les graines de leur destin dans une terre riche. Une société se bâtit comme un édifice ! Par des bases solides !

Je ne connais pas une personne sensée, qui n’estime pas que le niveau général ait baissé, depuis que le latin et le grec ont été violentés par l’Éducation Nationale.

Conclusion

Afin de conclure cette participation qui, je l’espère, en aura sensibilisé plus d’un et pas uniquement en Corse, j’aimerais attirer votre attention sur deux points.

Le premier, étant que le but de cette réforme n’a pas pour objectif de favoriser l’émancipation intellectuelle des individus. Elle n’a aucune portée humaniste ou culturelle. Le seul but est d’engendrer des générations entières de producteurs et de consommateurs pour l’économie de marché, poussée à son extrême, et qui tous les trente ans, ne manque pas de se régénérer et de se renforcer sur les cendres des populations ruinées.

Le second, est qu’une langue ne doit pas servir à avoir mais à être ! Alors qui sommes-nous ? Ou que sommes-nous ? Des chiffres ? Des êtres humains ? Des vaches à hublot ?

À titre personnel j’ai une réponse ! Je suis un homme, libre dans ses idées et ses actes, et qui pense que la destruction des identités au prix de l’uniformité, dans le monde comme en France, est précisément ce qui nous mène à notre perte.

Avec 2,5 millions de locuteurs de langues de pays, Emmanuel Macron ne peut donc pas prétendre rassembler ce qu’il considère comme : « Tous les français ».

La voie de l’autonomie, semble chaque jour plus souhaitable car plus raisonnable, plus humaine, plus humaniste et plus grande.

Reste à espérer que lors des prochaines échéances législatives, les Corses ne feront pas le pas de trop vers un jacobinisme qui a tout détruit. 

Jean Mathieu Alberghi

Capture d_écran 2017-05-30 à 10.55.44

Jean Mathieu Alberghi vient de faire sa demande d’adhésion à notre cercle, militant culturel et politique depuis l’âge de 15 ans, né à Bastia en 1981 mais originaire de Tallone. Il a été longtemps élu dans les conseils universitaires pour la Ghjuventù Paolina. Il est actuellement enseignant en LCC et est toujours militant politique mais moins proche des structures qu’il ne le fut dans le passé.

Publicités