CONTRIBUTION : LES TRANSPORTS, ANNEXE 6

Les mouvements de passagers aériens en Corse en 2014, ou comment organiser le repli, tout en parlant d’ouverture

Les discours 

Le refrain revient sans cesse. À titre d’exemple, le plan de développement de la Corse, voté en 1993, actualisé en 1999, comportait quelques morceaux de bravoure sur le thème de « l’ouverture » dont voici quelques extraits

La jeunesse corse entend demeurer dans l’île et, fait essentiel, participer à son développement. Que proposer, à cet égard, aux diplômés qui, chaque année, quittent l’Université de Corte ?

Qu’elle l’ait rejeté dans le passé ou non, qu’elle le craigne encore aujourd’hui, peu importe. La Corse de 1993 ne peut échapper à un choix clair et volontaire en faveur du développement.

Pourrait-il d’ailleurs en aller autrement dans un ensemble méditerranéen occidental ouvert auquel elle appartient et où elle a commencé, bon gré, mal gré, à s’intégrer depuis plusieurs décennies ?

C’est devenu une banalité de dire ou d’écrire que la Corse est en crise. On invoque à l’appui de cette affirmation des données structurelles, l’île apparaît en effet sous-peuplée, sous-équipée, très insuffisamment développée. En particulier, on ne dira jamais assez l’importance du handicap découlant de l’insularité : le coût du transport vers l’extérieur est une constante des études sur la Corse.….

La Collectivité Territoriale considère comme inéluctable la poursuite de l’équipement de l’île en grandes infrastructures d’accès, de déplacement, de cadre de vie, domaines où précisément les collectivités publiques sont le plus souvent maîtres d’ouvrage. C’est même dans ces domaines que l’intervention publique doit être prioritaire car l’équipement et l’aménagement conditionnent étroitement l’expansion des secteurs productifs ………….

La Corse vogue en revanche à proximité immédiate de régions en fort développement technologique, dont certaines se situent dans le « Grand Sud » (Aquitaine, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon, Provence-Alpes-Côte d’Azur)……….

D’autre part, la Corse ne peut ignorer sa situation de « pont » entre l’Italie du Nord et la Sardaigne, qui la conduit à demander à la Communauté la reconnaissance de la liaison Bastia-Bonifacio parmi les grands axes européens.

Enfin, la Corse appartient au groupe de sept îles principales de la Méditerranée avec les Baléares, Chypre, la Crête, Malte, la Sardaigne et la Sicile. …

Dans cet ensemble, la Corse n’a pas choisi d’échanges privilégiés ; tout au plus le programme européen Interreg a-t-il initié quelques tentatives d’actions communes avec la Sardaigne.…………

On peut également, dès aujourd’hui, relever qu’avec la Sardaigne, elle forme un ensemble proche de deux millions d’habitants qui est loin d’être négligeable. Placée comme elle l’est, la Corse ne peut jouer le repliement sur soi.……………

Cependant pour surmonter le handicap vis à vis des économies concurrentes de son environnement, du fait de son retard, de l’étroitesse de son marché intérieur et de son éloignement, l’économie corse doit bénéficier de mécanismes rééquilibrants pour assurer l’égalité des chances entre le produit corse et le produit extérieur.

Ces mesures relèvent d’une politique des transports, de la fiscalité, et de toutes mesures qui tendent à la maîtrise des échanges.

Les réalités :

Si la Corse compte 4 aéroports, ceux-ci n’ouvrent que peu sur l’extérieur. Dans un véritable effet entonnoir, les flux concernent quasi exclusivement la France (87%) dont une part écrasante sur Paris. L’étranger représente 13% des mouvements.

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Fig. 1 et 2 : mouvements des passager en Corse en 2014.

Sur les 4 aéroports corses, le déséquilibre est considérable entre l’hiver et l’été. On passe de 100000 passages en Février, à plus de 600 000 en Aout, soit un rapport de 1 à 6 entre février et Aout.

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Fig. 3: répartition des passages en Corse en 2014, par mois.

L’ouverture, certains ne se contentent pas d’en parler. Ils la pratiquent !

A contrario de la Corse, Malte est un pays ouvert au monde, et pas seulement dans les discours. Avec un seul aéroport, ses destinations sont diversifiées, toute l’année, vers plusieurs pays, en particulier les pays développés du nord de l’Europe.

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Fig. 4: répartition des passages à Malte en 2014, par mois.

Malte connait aussi un phénomène saisonnier, mais largement moins accentué (200 000 Arrivées/Départs en Février, 550 000 en Aout) soit un rapport de 1 à 2,75.

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Fig. 5: Les principaux flux de passagers aériens à Malte, au long de l’année 2014.

En toute saison, on peut, à partir de Malte, se rendre dans toute l’Europe, et au-delà. On peut même aller à Paris. En Corse, on peut aller uniquement à Paris, Marseille, Nice…

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Conclusion

Chez nous, certains politiques tiennent un discours moralisateur et qui se veut d’une grande hauteur de vue. Selon eux, il faut cesser «de se replier sur soi», « Les corses doivent s’ouvrir»…Ils nous parlent de «désenclavement» etc…

Dans les faits, c’est le contraire qui est pratiqué. Ces mêmes élus organisent en fait le repli de la Corse sur elle-même, la rupture de ses relations avec son environnement, et sa transformation en marché captif, au profit de toutes sortes d’intérêts…

Paul Medurio

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