CONTRIBUTION : PARTIE EXPOSÉE PAR I CHJASSI DI U CUMUNU LE 22 0CTOBRE 2015

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CORSE : SOCIÉTÉ – SOCIÉTAL

PRÉAMBULE

La Corse, durant des décennies, n’a jamais engendré de vastes débats ni de longues analyses sur ses caractéristiques sociétales ou sociales, si ce n’est quelques approches sur l’aspect exotique de certains de ses faits de culture particuliers tels que la vindetta, le vote des défunts, les conférences de presse clandestines, ou la susceptibilité supposée des insulaires…

Aujourd’hui, les changements profonds auxquels se trouve confrontée la société corse depuis la fin de la seconde guerre mondiale, et plus encore depuis les 30dernières années, nous conduit nécessairement à identifier ce qui fait que, du point de vue social, sociétal et donc culturel, la Corse et le Peuple Corse ne sont plus tout à fait ce qu’ils ont pu être.

Ainsi, des phénomènes nouveaux, des tendances lourdes imprègnent la société corse, la bousculent et viennent contester ses fondamentaux.

Des évolutions et dérives sociales et sociétales spécifiques aux 30 dernières années :

La Corse rurale traditionnelle, agro pastorale, a été supplantée de façon insensible depuis la fin du Deuxième Conflit Mondial, mais surtout depuis les années 80, par une Corse revêtant un caractère essentiellement urbain marqué par des constantes sociales et sociétales propres à toute société urbaine contemporaine, liées à un bouleversement démographique et sociologique.

– Tout d’abord, des constantes socio-économiques minant l’équilibre social :

* Une nouvelle économie axée essentiellement sur le tourisme et le bâtiment et s’orientant vers une économie résidentielle et une « économie franchisée »,

* Une nouvelle gestion des ressources humaines du fait du passage d’un patronat familial entretenant des relations de type paternaliste, à un patronat managerial de type ultra libéral, confinant le dialogue social et marginalisant la représentation syndicale,

* Une régression sociale due à un modèle de développement accentuant le malaise social et induisant une tendance lourde au chômage endémique de longue durée, notamment chez les plus jeunes,

* Un marché de l’emploi tari par la diminution du tertiaire public, une inadaptation structurelle de notre formation et l’absence de stratégie de développement, le tout générant nouvelle tendance à l’exode des jeunes Corses, que l’Ile n’avait plus connue depuis la fin des années 60.

– Ensuite, des constantes sociétales accentuant le sentiment « d’inversion de valeurs » :

* La disparition de la famille traditionnelle,

* Le délitement, voire la disparition progressive des liens de solidarités trans-générationnelles,

* L’abandon du « culte des anciens »,

* La prééminence du « culte de l’enfant roi »,

* La référence à l’argent facile,

* L’imprégnation mafieuse de la société corse,

* L’emprise de la drogue, et des comportements à risques chez les jeunes Corses,

* L’explosion des phénomènes de violence de tous ordres.

L’apparition d’un « néo clan », assis sur une domination économique et financière territorialisée en lieu et place du clan traditionnel qui reposait sur le service rendu et de façon géographiquement circonscrite :

– On assiste en effet à la fin des grandes dynasties claniques radicales descendant directement des « caporali cismontinchi ») et des « signori pumontinchi «, les antiques liens de dépendance familiaux, humains, « paesani » se diluant au point de disparaître,

– On note l’apparition, en lieu et place, d’un néo clan économique d’orientation libérale, voire ultra libérale, et de type« managerial », caractérisé par un lien de dépendance tendant à devenir impersonnel et essentiellement économique,

– On constate enfin l’accentuation de situations d’asservissement, le développement des inégalités et de la paupérisation, plongeant la société corse dans une spirale mortifère.

Parallèlement, et de façon logique, une mutation profonde touche le Peuple Corse, induisant l’apparition d’une forme nouvelle de Communauté, et ce sur fond de déséquilibre culturel, de fragilisation de sa capacité d’intégration, de restriction de sa volonté d’ouverture :

La Corse connaît, ces 30 dernières années, du point de vue démographique, des évolutions tout aussi considérables ; pourtant, terre de brassages, de mouvements de populations, d’émigration et d’immigration de puis plus de 2000 ans, la Corse a toujours su trouver les équilibres et « fabriquer des Corses ».

Mais il en va en Corse comme d’autres contrées ; la mécanique de l’intégration s’y est grippée alors que pendant très longtemps, elle n’a pratiquement connu que des intégrations réussies :

* les immigrations coloniales de Rome à Gênes,

* les « immigrations politiques » : les Grecs de Paomia, puis de Cargese, les Juifs de la période paoline,

* les « immigrations traditionnelles » : les Piémontais, Lombards, Toscans, Napolitains, la liste n’étant pas exhaustive,

* les « immigrations économiques » : les Sardes,

* les immigrations de réfugiés politiques : Russes Blancs, Serbes, Espagnols, Catalans, rapatriés d’Algérie (malgré les heurts originels).

– La Corse connaît en revanche, sur la période contemporaine des intégrations moins aisées :

* c’est notamment le cas de l’immigration maghrébine, pour la période récente ; cette situation ne concernait pas, au demeurant, la période initiale des immigrés s’étant installés en Corse dans les années 60/70 ;

* sous une autre forme, c’est également le cas de l’immigration portugaise qui, insensiblement, s’est constituée en communauté spécifique et autocentrée.

Pourquoi des difficultés d’intégration ? Parce que « Nous ne sommes plus sûrs de nous-mêmes » et non parce que « Nous ne sommes plus nous-mêmes » ?

Les causes de cette incapacité à intégrer sont bien évidemment plurielles. Mais, fondamentalement, elles viennent du fait que les Corses ne sont plus sûrs d’eux ; alors que lorsqu’ils l’étaient, ils intégraient et ont intégré durant des siècles.

Or, le sentiment communément ressenti aujourd’hui par les Corses est celui de se voir « vider de leur substance vitale » (langue, minoration démographique, effondrement culturel), ce sentiment induisant un comportement de repli et accentuant une incapacité réelle à intégrer, cette mécanique s’érigeant en véritable « cercle infernal ».

Mais cette incapacité à intégrer a d’autres sources tout aussi significatives.

Au premier rang de ces difficultés d’intégration : l’ignorance ou l’oubli de nos « mythes fondateurs » :

Les mythes fondateurs de la Corse sont, dans la Corse du XXIème siècle, très majoritairement oubliés, ignorés, tant par les jeunes générations que par les « néo arrivants », à savoir :

* Les mythes fondateurs des Corses des Lumières : le Paolisme et son élan démocratique, patriotique et émancipateur,

* Les mythes fondateurs de la France des Lumières : l’Humanisme et l’aspiration à la Rès Pubblica,

* La référence mariale et sa subtile imbrication dans une vision de la laïcité spécifiquement insulaire, mêlant sentiment religieux et émancipation citoyenne,

* Les mythes fondateurs du « Riacquistu » et la réappropriation de la langue et de la culture corses comme bien commun.

Autre source de l’incapacité à intégrer : l’effacement du passé :

Ce constat d’une ignorance des « fondamentaux » par les jeunes insulires et par les populations nouvellement installées conduit parallèlement à l’émergence d’un phénomène d’effacement du passé.

* du fait des évolutions liées aux inférences de la mondialisation,

* du fait des refondations culturelles et comportementales qui en découlent,

* du fait, parfois aussi de la Loi en tant qu’expression de la souveraineté nationale, et de son acception jacobine intégrant de façon indifférenciée ETAT-NATION-PEUPLE,

* du fait des caractéristiques de la démographie insulaire de ces dix dernières années, induisant la dilution du « bain culturel autochtone » (40000 habitants de plus en 10 ans, dont les 2/3 de néo arrivants, et 50000 foyers – soit 150000 personnes – dans les 10 années à venir) et l’apparition d’autres repaires historiques, sociétaux, culturels ayant tendance à devenir prégnants et dominants.

Cause supplémentaire de cette « intégration au point mort » : l’absence de construction culturelle et sociale commune :

Les freins objectifs à l’intégration que nous venons d’évoquer, font qu’il n’y a pas ou plus de construction culturelle commune ; ici, comme ailleurs, les individus se regroupent par affinités, sociales, culturelles, voire ethniques, s’ignorant les uns les autres, et s’érigeant en communautés hors sol, néantisant le passé de la Terre de Corse, et n’envisageant aucunement la construction d’une culture, d’une société communes et donc d’une Histoire commune.

Une prise de conscience s’avère nécessaire, à savoir que la culture, au même titre que la société, se construit sans cesse, sans effacer le passé, en l’assumant, et en écrivant chaque jour de nouvelles pages  :

En effet, il ne peut y avoir d’avenir que dans la construction commune permanente, et ce de façon volontaire, assumée et partagée.

Il ne peut y avoir non plus de construction commune sans référence aux fondements culturels, sociaux historiques originels, à la condition que ceux-ci soient perçus et considérés comme une force pour la construction d’un destin commun.

Cela suppose que l’on ne peut réussir une construction commune de façon « jacobine », unilatérale, législative ; en effet, on ne peut :

* faire référence au fantasme de « l’homogénéité originelle » et penser la reconstituer,

* recourir à des décisions politiques prétendument fondatrices d’un avenir commun (les « abécédaires du vivre ensemble »),

* croire au mythe de la « feuille blanche de la culture », en faisant table rase du passé (en l’occurrence, celui de la Corse).

Un vieux rêve aujourd’hui poussiéreux pourrait venir étayer la construction d’un destin commun, celui de la « communauté de destin ».

Pour une « COMMUNAUTE DE DESTIN » et non pour une « COMMUNAUTE DE DESTINS » :

La revendication corse de ces 50 dernières années a identifié un élément clef, la condition absolue d’une émancipation réussie, il s‘agit de la « communauté de destin ».

Afin d’éviter les récupérations politiques, les contre-sens historiques ou les anachronismes idéologiques, il convient de rappeler que cette notion apparue à la fin des années 80, est effectivement et sociologiquement datée.

Elle remonte à une époque où la Lutte de Libération Nationale, dite « LLN », au travers du FLNC, considérait que quiconque s’inscrivait dans une volonté d’émancipation collective du Peuple Corse, était considéré comme Corse, quelle que soit ses origines.

La notion de communauté de destin était donc intimement liée au combat pour « l’autodétermination individuelle et collective »  (autre thème qu’il convient de rapprocher) et pour « la libération sociale ».

Cette notion de communauté de destin s’inscrivait également dans la volonté de voir la Langue et la Culture corse imprégner cette communauté.

Or, si aujourd’hui, cette revendication, cet espoir, ce vieux rêve, est remis au goût du jour, il semble l’être en totale déconnexion de ce qui l’avait profondément motivé, à savoir l’émancipation du Peuple Corse.

Or, on peut penser que, bercés par l’air du temps, d’aucuns envisagerait plutôt l’émergence d’une communauté éthérée, la juxtaposition de destins parallèles, la cohabitation de citoyens hors sol ignorant ce qui a fait et fait encore « l’âme corse », à savoir, son histoire, sa langue, sa culture, ses combats d’hier et d’aujourd’hui…

Cette ambigüité sur la notion même de communauté de destin participe à la crise profonde que connaît la Corse, alors qu’elle pourrait, si elle était pensée et interprétée dans le droit fil de ses motivations originelles, contribuer à nous accorder collectivement, au-delà des constats, sur des réponses possibles et souhaitables.

I – CONSTATS

Bien évidemment, avant de tenter de nous engager vers des propositions, nous devons nos attacher à dresser, sans faux semblants, ni faux fuyants, les constats relatifs à ce qui alimente au quotidien le « mal être » de la société insulaire.

Ceux-ci sont bien évidemment inhérents aux ressorts profonds de la société corse, mais sont également induits par des causes exogènes.

A  – LES CONSTATS INHÉRENTS À LA SOCIÉTÉ CORSE :

Le phénomène premier induisant le « mal être » évoqué, réside en premier lieu dans le basculement culturel de la Corse, correspondant à la fin de la Corse rurale, et de sa civilisation agro-pastorale, amorcées lors du premier conflit mondial et achevée à l’aube des années 70.

En effet, outre l’exode ultra marin des Corses des années 1920/1930, ce phénomène a ensuite été aggravé, ces 40 dernières années par « un exode intérieur » des villages vers les villes insulaires.

On a, dès lors, pu assister à une fragmentation sociologique, sociale, sociétale, culturelle et démographique de la Corse.

La fin de la Corse rurale et ses inférences :

Ainsi donc, de 1914 à nos jours, les villages et les campagnes se sont vidés, et parallèlement, nos bourgs sont devenus des villes, et nos villes ont connu une croissance exponentielle, ce double phénomène induisant des fractures profondes et des évolutions contraires à nos fondamentaux culturels :

* une dilution du « bain culturel corse »,

* une concentration de populations urbanisées,

* une communautarisation de l’habitat urbain,

* une juxtaposition de référents culturels, excluant des pans entiers de la culture corse « traditionnelle »,

* une « ehpadisation » des vieilles générations,

* l’apparition de nouveaux faits de culture venant en opposition avec « l’usu corsu » :

◘. L’exclusion des anciens, voire leur néantisation (« l’antenati », « l’anziani », « i nostri vechji », autant de locutions qui attestent du respect profond que la culture corse attachait aux anciens, aux personnes âgées, aux vieux, qui sont simplement devenus une catégorie sociale « à gérer tant bien que mal » par une forme de ghétoïsation…

◘. L’éclatement familial et la dilution des liens familiaux,

◘. Le culte de l’enfant roi,

◘.Le culte de l’argent roi, de l’argent facile, du paraître,

◘.La toxicomanie,

◘.L’individualisme, l’égotisme, dans une société structurée de façon multi séculaire, sur des solidarités transcendant l’individu (famille, clan, communauté villageoise, …)

◘.L’impudeur érigée en modèle dans une société profondément pudique,

◘ Le consumérisme outrancier, dans une société profondément frugale,

Ces bouleversement induits par une population devenant très majoritairement urbaine, ont bien évidemment mis à mal « l’usu»

La fin de « l’usu » :

De fait, nous assistons à la fin de l’usu, « di cio chi si faci e cio ch’un si faci micca »qui cimentait la vie sociale, individuelle et collective, de par ses caractéristiques propres :

– l’usu cadrait avec rigueur l’ordonnancement social, au travers de codes oraux, il n’autorisait aucun arrangement avec la pratique individuelle et en assurait une transmission codifiée :

◘ la place des enfants et leur positionnement dans l’espace familial, leur relation avec le monde des adultes,

◘ les relations hommes femmes, épouse/époux, couple/famille,

◘ les codes de langage,

◘ les modalités de règlement des conflits,

◘ l’organisation de la cohabitation entre groupes sociaux (sgio, pastori, propriétaires terriens, agriculteurs, journaliers, etc…

◘ la transmission patrimoniale,

◘ les codes « d’apacciamentu », et la pace des « paceri », etc

– il permettait  « l’évolution », tout en garantissant la préservation des fondamentaux.

Autre phénomène taillant en brèche ces mêmes fondamentaux, l’apparition de « l’homo economicus ».

L’« homo economicus » a pris le pas sur l’ « homo politicus » :

En effet, les causes contemporaines au délitement social, sociétal et culturel trouvent aussi leur fondement dans un phénomène qui n’est pas propre à la Corse mais inhérent à l’édification d’une nouvelle gouvernance mondiale dont le ressort premier est l’économique, et plus encore le financier.

Sous son effet, notre monde passe depuis une vingtaine d’années, d’une ère millénaire animée par une seule et nique préoccupation politique, celle de « la gestion des hommes » à une nouvelle ère uniquement préoccupée par tout autre préoccupation, celle de « l’administration des choses », cette évolution se traduisant notamment par :

– l’abandon du fil historique de l’histoire des peuples,

– « l’accessoirisation » de l’humain au profit de la croissance et du profit ;

– l’arrêt des constructions historiques communes ou tout et à termes leur disparition progressive ;

– l’instauration du principe de la « page blanche historique et culturelle ».

L’économique prend en effet en charge la direction du monde et le sort de l’humanité, et dans cette logique, le lien social, l’histoire des hommes et des peuples, leur devenir sont bien peu de choses.

La Corse n’est pas épargnée par cette évolution planétaire, et son combat émancipateur se trouve aux antipodes des logiques de gouvernance mondialisée.

Ce sont ces éléments exogènes qui contribuent bien évidemment au « mal être », à la crise sociale et sociétale.

B  – CONSTATS INDUITS PAR DES ÉLÉMENTS EXOGENES :

Au premier rang de ces éléments exogènes, les inférences de la prédominance, voire de la mainmise de l’économique sur le politique ;

La mainmise de l’Economique et du Financier sur le Politique est déclinée à toutes les strates de la vie politique, sociale et démocratique :

En Europe en général, et en Corse en particulier, ce phénomène se traduit notamment par une tendance à la neutralisation des revendications d’émancipation territoriale et culturelle et à favoriser l’arasement des spécificités devenues des freins potentiels au développement de cette nouvelle construction politique mondialisée.

Il est à noter qu’au début des années 90, ces mêmes revendications étaient au contraire soutenues voire suscitées car elles permettaient de fragiliser des visions stato-nationales aux antipodes du grand projet fédéraliste européen.

Ce phénomène touche également l’ensemble du corps social ainsi que toutes les solidarités transverses (famille, mouvement syndical, mouvements politiques, mouvements associatifs, etc…°) ; il se décline au travers du développement de faits de culture consuméristes et individualistes, mais également au travers de la contestation de la démocratie représentative, inadaptée, par ses lourdeurs décisionnelles et formalistes, à un monde où les décisions se prennent dorénavant à la vitesse d’un « clic  de clavier» et par un très petit nombre de décideurs.

Ce phénomène se manifeste enfin, au travers d’une immanence généralisée (privilégiant « l’auto-suffisance » intellectuelle), traduite par certains éléments de langage très actuels tels que : « c’est ma vie », « c’est mon choix », etc… ; bien évidemment cette propension à privilégier l’immanent, outre qu’il sous-tend l’individualisme, l’égoïsme, voire l’égotisme (culte du Moi) et l’immédiateté (aux antipodes des référents culturels corses), rejette dans le même temps toute référence à la transcendance qui place, elle, l’individu en situation de dépendance à des cadres qui lui sont supérieurs (famille, religion, clan, peuple, etc…), autant d’éléments caractéristiques de la Culture corse, mais combattus par les stratèges de la gouvernance mondialisée.

Ainsi que nous avons pu le voir, les fondements culturels corses sont mis à mal « par les deux bouts » ; ce constat nous conduit à nous interroger sur les réponses qu’il conviendrait d’apporter à tous ces grands questionnements, afin de tenter de rééquilibrer une société insulaire bouleversée, fragilisée et, par là-même, de dégager des perspectives d’avenir.

II – RÉPONSES D’HIER ET D’AUJOURD’HUI

Des réponses ont pu être déjà apportées, mais ont souvent trouvé leurs limites :

A – LES RÉPONSES D’HIER ET D’AUJOURD’HUI

Les anciens vecteurs d’intégration :

* ce que l’on pourrait qualifier d’intégration dans la sphère privée :

  • La Langue corse au premier chef; en effet celle-ci, pendant très longtemps, a constitué le lien intime, quotidien, affectif entre « Corsi nativi et « Corsi ghjunghjitici» ; c’était la langue des cours d’école, de la rue, des évènements de la vie, des bonheurs, des malheurs, des tribunes de stades, des petites et des grandes émotions, qui faisait que qui parlait corse, était corse, sans exclusion aucune.

Ce bain culturel a assuré, durant des siècles, la constitution d’une « communauté de destin » qui a permis que Grecs, Toscans, Piémontais, Lombards, Russes Blancs, Serbes, Catalans et Espagnols fuyant la dictature franquiste, Sardes, Napolitains, « Pinzuti », « Peri Neri », sans tourments, sans fractures, sans heurts, devenaient Corses par le cœur, et l’âme.

C’est envie de destin commun a concerné également la première génération de migrants d’Afrique du Nord des années 60/70, puis la source s’est progressivement tarie, le bain culturel corse devenant minoritaire.

* ce que fut l’intégration dans la sphère publique : l’Instruction Publique :

  • l’École de l’Instruction Publique; celle-ci permit a des générations entières, toutes origines confondues, d’accéder au savoir pour une vie meilleure. Les enfants de paysans, de bergers, de pêcheurs, de travailleurs journaliers, de maçons, de petits fonctionnaires, à parité avec les enfants de sgiò, purent durant des décennies s’élever socialement et consolider la communauté de destin par l’ouverture de droits et de devoirs accessibles à tous sur un pied d’égalité, arasant ainsi les inégalités originelles.

C’est ainsi que des générations entières de jeunes Corses ont pu accéder à des études supérieures au même titre que les enfants de familles aisées qui depuis des siècles fréquentaient les universités de Pise, Florance, Aix, etc…

Autre vecteur d’intégration de la sphère publique : la laïcité.

  • La laïcité :

Celle-ci, en Corse, ne fut pas une « laïcité militante » puisque, historiquement, l’idée de la séparation de l’Eglise et de l’Etat (au sens de » la chose publique »), avait été portée durant toute la période des « révolutions de Corse », de 1729 à 1769, et en particulier durant le Généralat de Pasquale PAOLI et de l’Etat Corse. Cette « laïcité tranquille », de fait, a toujours imprégné la relation des Corses à a religion durant la période contemporaine.

Plus près de nous, combien de « hussards noirs de la Républiques » se faisaient les porte-paroles d’une République laïque pure et dure, et au sortir de leurs Etablissements, s’accommodaient de pratiques religieuses tenant plus de la tradition ou du fait de culture. Ce type de relation à la religion se retrouvait également parmi des membres éminents des partis de gauche, et en particulier du Parti Communiste Français.

Aujourd’hui, la notion de laïcité, est devenue beaucoup agressive, coercitive, militante, du faite des évolutions sociologiques et démographies. En effet, depuis 1905, et la séparation d l’Eglise (catholique) et de l’Etat, la société, mais aussi le Pouvoir politique se trouve confronté à la montée en puissance d’une religion, l’Islam, très démonstrative.

Et le Pouvoir tente d’opposer à ce phénomène la notion de laïcité, en lui donnant des objectifs autres que ceux qui avaient prévalu à sa mise en forme.

En effet, la laïcité, à l’origine, a constitué un moyen pour la République, de contrecarrer les velléités d’ingérence de l’Eglise catholique qui ne s’était pas encore résignée totalement à renoncer à son ancien pouvoir temporel.

Ainsi, la laïcité a définitivement cantonné l’Eglise catholique dans le registre spirituel et religieux.

Or, aujourd’hui, le Pouvoir tente d’aller au-delà, en s’efforçant de contraindre une certaine expression du spirituel et du religieux, en l’occurrence l’Islam, par une réponse dévoyée de ses principes originels, engendrant, en réaction, une amplification du phénomène contre lequel le Pouvoir politique s’efforce de lutter, et en généralisant son action à des phénomènes ou des faits religieux, depuis longtemps apaisés et sécularisés.

Les réponses d’hier et ‘aujourd’hui, ne sont plus en mesure d’assurer un équilibre social et sociétal ; il nous appartient de tenter de dégager des perspectives d’avenir en inscrivant, plus généralement, l’ensemble des composantes de la société corse dans une histoire commune.

B – DÉGAGER DES PERSPECTIVES D’AVENIR EN ÉCRIVANT UNE HISTOIRE COMMUNE :

Il y a en effet urgence à faire en sorte que les, Corses, « nativi » e ghjunghjitici », se réapproprient le lien charnel avec leur Terre ; pour ce faire, quelques pistes possibles:

La solidarité de tous sur une terre :

Développer le sentiment que «  NOUS SOMES TOUS DE CETTE TERRE », la terre de Corse, notamment en associant tous les Corses aux évènements historiques, culturels, religieux, sociaux, qui scandent la vie de la Corse, et qui font de la SOLIDARITE le ciment des jeunes générations.

L’appropriation d’une Histoire commune :

Apprendre à ces nouvelles générations que « TOUTE LES PAGES DE L’HISTOIRE DE L’ILE » sont les leurs, de la « Dame de Bonifacio » à la Corse de 2015, et ce quelles que soient les appartenances sociales, culturelles, religieuses ; leur apprendre également qu’ils écrivent l’Histoire d’aujourd’hui et de demain, l’Histoire de leur terre.

Une Langue pour tous :

Dans le même esprit, le développement de la Langue corse doit servir de vecteur fondamental à l’émergence d’une Corse solidaire, d’une conscience d’appartenance collective, de la réapparition d’un lien affectif et charnel ente tous au travers de la Langue corse.

Pour ce faire, celle-ci ne peut plus ghétoïser les corsophones, mais au contraire faire en sorte que toutes et tous la pratiquent au quotidien et se l’approprient.

Combattre l’émergence des « narcissismes identitaires » :

Ces trois axes de réflexion, par la voie de l’appropriation d’une Histoire, d’une Langue, d’une Terre commues, devront nous permette de mobiliser positivement l’ensemble de la société corse contre l’émergence des « narcissismes identitaires » qui grondent en Europe, et commencent à poindre chez nous.

Tirons profit du fait qu’en Corse, malgré la crise économique et sociale, nous soyons encore sur une terre dont les enfants ont la capacité de se rencontrer, de se parler, de s’écouter, pour bâtir autre chose que le communautarisme ou l’aseptisation culturelle. Ces choix ont échoué ailleurs et ils échoueront chez nous.

SEMU CORSI DAPOI SECULI E SECULI

E PUDEMU ESSA CORSI INSEMI

PER SEMPRI !

Tony Fieschi

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