CONTRIBUTION : CORSE, DES RÉALITÉS QUI DOIVENT INTERPELLER

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Derrière le miroir, la triste réalité à travers quelques chiffres peu mis en avant… Éléments d’analyse politiquement non correcte…, loin de la vision idyllique des panneaux publicitaires..

3 juin 2014 : Croissance des Régions : La Corse en tête du classement (source INSEE – étude sur la croissance entre régions de France) !  

« En France, depuis le début des années 1990, la croissance du produit intérieur brut n’a été interrompue que par les récessions de 1993, puis de 2008-2009. Ces grandes évolutions se sont cependant déclinées différemment selon les régions » (Insee).

La Corse s’en sort le mieux, affichant la plus forte croissance de ces 20 dernières années (croissance moyenne – hors outre-mer – de 2,6%, 1993- 2011).   «  Seule région » à ne pas avoir subi “de baisse de son PIB en 2008-2009”, elle connaît une augmentation de 1,9% sur cette période 1993-2011 .

Insee : “la démographie favorise la croissance des régions atlantiques et méditerranéennes”. Pour autant, “les disparités dans les évolutions économiques régionales ne résultent que très partiellement du profil d’activité de chaque région. A noter que cette démographie « positive » dans l’île  est due aux  nouveaux arrivants dans l’île depuis 2000, (avec, chaque année depuis,  près de 5000 nouvelles inscriptions sur les listes électorales). En fait ces nouveaux arrivants (la colonisation de peuplement qui  se renforce)  constituent le nouveau «marché intérieur de l’île”. 

Ce que les observateurs « politiquement corrects » se priveront bien sûr de mettre en avant et confirmé à mots couverts par l’INSEE… Interview Alexandre Bourgeois, chef du service études et diffusions-Corse-matin/4 juin 2014. Question : L’INSEE s’est interressé à une tranche de 20 ans qui s’arrête en 2011. En 2014, la croissance est-elle toujours d’actualité ?

Réponse : « Cette enquête n’est rien de moins qu’une rétrospective permettant d’avoir une vision structurelle du fonctionnement de l’économie insulaire. Nous ne disposons pas de données plus récentes pour l’instant. L’année 2011 marque une nette inflexion pour l’île, avec une croissance de seulement 1 % contre une moyenne de 2,3 % en Province. L’économie insulaire se classe dés lors à la 20ème place des régions métropolitaines en matière de croissance. En termes  de conjoncture, depuis 2011, nous sommes entrés dans une période où le PIB dans l’île progresse moins vite qu’ailleurs, de stagnation donc, averc une croissance sans doute plus faible que dans l’Hexagone”. Tout ceci éclaire d’autant plus ce que j’écrivais dans l’article du 29 mai 2014, suite aux nouveaux chiffres du chômage dans l’île, plus important que dans l’Hexagone.

Une économie résidentielle : Une économie de non développement :

Le poids des résidences secondaires : Alors que les Corses éprouvent de plus en plus de difficultés à se loger (même à louer) et n’ont pratiquement plus accès (hormis une minorité de privilégiés) à la propriété foncière, les constructions immobilières, dont les résidences secondaires (souvent occupées quelques semaines seulement par les propriétaires non-corses, et se multiplient.. De riches résidents, dont nombre du Nord de l’Europe viennent, retraités ou non, acheter dans l’île. Avec la multiplication des résidences secondaires, les prix de l’immobilier grimpent et les locaux ne peuvent plus accéder à la propriété (voir aux locations). Il y a aujourd’hui près de 70000 résidences secondaires (Sources INSEE : Corse-matin-20 juillet 2013 et depuis eux ans le rythme n’a pas faibli, voir près de nous sur la route des sanguinaires ), appartenant très majoritairement à des non-corses. Si chaque résidence occupe environ 200 m2 (le minimum au vu de certaines résidences de luxe), il suffit de multiplier par leur nombre pour voir qu’une partie de la terre corse n’appartient plus aux Corses. Beaucoup de celles-ci sont habitées quelques semaines seulement par an par leurs propriétaires qui les louent chèrement une grande partie de l’année à d’autres personnes venues de l’extérieur. Sur cette même route des Sanguinaires, dans un immeuble entier, il n’y a qu’un appartement occupé l’hiver), Ces résidences secondaires sont aussi construites ou achetées par des fonctionnaires de passage dans l’île, grâce à des facilités bancaires dont ne bénéficient pas les locaux en règle générale, qui ensuite les revendent avec une plus-value financière importante ou les louent durant une partie de l’année (chèrement l’été), concurrençant les circuits professionnels de l’hôtellerie.

La spéculation immobilière

En 2012, des études montrent que le boom immobilier, notamment avec la multiplication des résidences secondaires (En 2011-2012, les constructions immobilières ont augmenté de 64%), a créé plus d’offres (on construit plus d’immeubles, de résidences et de bâtiments) que de demandes. D’où les constructions se vendent moins, alors que les logements sociaux manquent et que les prix sont trop élevés pour la  population locale, du fait de ses moyens financiers insuffisants, qui ne trouve pas à se loger (au vu des prix prohibitifs). Dans l’Extrême-Sud et en Balagne, il y a plus de résidences secondaires que de résidences principales…( et en Corse, l’État bafoue les décisions de justice-)

Une administration en Corse sans les Corses

Depuis le fameux Rapport Glavany (sept. 1998) dénonçant le trop grand nombre de fonctionnaires corses dans l’île et la période désastreuse du préfet Bernard Bonnet  (fin des années 90) la politique de « décorsisation des emplois » s’est poursuivie et amplifiée avec le préfet Pierre René Lemas et ses successeurs (Plus de 60% des fonctionnaires ne sont pas nés dans l’île selon des études officielles). Aujourd’hui les fonctionnaires et les cadres corses, des grandes entreprises publiques ou privées, sont très minoritaires.

Nombre de fonctionnaires arrivent en Corse avec leurs conjoints, eux aussi mutés d’office avec eux dans l’île. Certaines catégories d’entre-eux bénéficient souvent d’emplois et de logements réservés, notamment ceux dépendant des ministères de la défense, de la justice, de l’intérieur (armée, police…) dans une île qui a le plus fort contingent de forces de police et de gendarmerie en proportion à sa population. D’ailleurs nombre de ces fonctionnaires en service en Corse en profitent pour y préparer leur retraite qu’ils prendront dans l’île après avoir fait construire.

Minorisation des Corses

La démographie insulaire a totalement changé depuis deux décennies. La politique de colonisation de peuplement se poursuit et s’amplifie, tendant au fil des ans à remplacer les Corses (« paisanni ou nati qui », habitants d’origine ou nés dans l’île) par d’autres venus d’ailleurs ? Depuis le début des Années 2000, la population de l’île a augmenté considérablement (l’île est une des régions françaises les plus attractives). En une décennie, sa population est passée de 250000 hab. à plus de 315000 hab. (5000 nouvelles inscriptions annuelles sur les listes électorales depuis l’an 2000) dont 80 % de personnes venues de l’extérieur, cette augmentation ne  résultant pas d’un solde démographique naturel lié aux naissances en Corse.. et ce alors que les vieilles générations corses disparaissent. Le profil du corps social de l’île a été ainsi totalement bouleversé, et la culture corse est en voie de marginalisation. D’autant que nombre de Corses, dont des jeunes à la recherche d’un emploi, s’expatrient à nouveau.

Les Corses entre le marteau et l’enclume

Ce changement de peuplement est aussi le fait de l’installation de personnes venues de l’Hexagone (dont beaucoup venues du quart monde français) du Maghreb (Corse-matin du 26 juillet 2013 « Ramadan estival pour 42000 musulmans ») ou des Pays de l’Est, fuyant la misère de leur terre d’origine et/ou appâtés par le mirage du développement touristique corse.

L’emploi dans le tourisme et les secteurs en dépendant

En 2012, les services officiels se gargarisaient des bons chiffres de l’emploi en Corse, l’île étant alors citée comme une des rares régions françaises créatrices d’emplois et résistant le mieux à la crise économique mondiale ! En 2013, il a fallu déchanter, le chômage battant tous les records dans l’île (supérieur à la moyenne française). En été 2013, 15000 à 20000 saisonniers sont arrivés dans l’île pour y chercher du travail (France 3 Corse- 18 sept. 2013) dont une majorité venue de l’Hexagone. Depuis peu, la mode est aux filières des pays de l’Est. En 2015 il n’a pas cesser d’augmenter, même en été.

À la fin de la saison estivale, une grande partie de ces travailleurs saisonniers ne repartent plus, s’inscrivant au Pôle Emploi (administration peu sensible à la notion de corsisation des emplois pour les locaux, même à compétences égales), ce qui est reconnu officiellement depuis peu. Souvent les patrons et chefs d’entreprise les incitent à s’inscrire au Pôle emploi, leur promettant une éventuelle priorité d’embauche à la belle saison (surtout dans le secteur du tourisme). Ces travailleurs saisonniers qui rejoignent la liste déjà longue des chômeurs locaux sont  orientés par le Pôle emploi et autres administrations vers les services sociaux (Falep ou autres) ou les circuits de formation professionnelle, censés « œuvrer pour la formation professionnelle des jeunes Corses » (stages AFPA ou autres) en attendant de trouver mieux pour s’installer définitivement dans l’île où ils pensent que la misère sociale se vit mieux au soleil.

D’où, avec la crise qui touche aussi la Corse, le chômage connait ainsi une progression fulgurante, en dépit des tripatouillages de chiffres pour le relativiser

La responsabilité du secteur privé dans l’île

Au-delà de la fonction publique ou des grandes entreprises publiques, le secteur privé dans l’île compte le plus grand nombre de salariés (ces dernières années, les patrons, commerçants, artisans, agriculteurs… et chefs d’entreprises corses ne sont plus très majoritaires dans ce secteur où même les responsabilités syndicales ou socio-professionnelles leur échappent  de plus en plus). Ces patrons préfèrent de plus en plus faire venir leurs employés d’ailleurs au détriment des jeunes locaux (paisanni ou nati qui) même à compétences égales (il y aurait même des promesses d’embauche avec des contrats qui ne seront pas honorés mais qui ensuite par un recours aux Prud’hommes permettent à ces salariés non embauchés comme promis d’acquérir un certain pécule, en attendant de trouver un autre emploi sur place). A noter aussi l’apparition de boîtes d’Intérim proposant de fournir aux patrons de Corse, des salariés qualifiés venus d’autres pays (voir sur Porto-Vecchju, Corse-matin-25 sept. 2013, ce type d’annonce en liaison avec un cabinet qualifié du Portugal) et le boom des travailleurs détachés..

L’immigration en Corse selon l’INSEE  en 1999

En 1999, il y a  14 ans déjà, d’après les chiffres d’alors (recensement – sources INSEE), les populations immigrées, « définies comme l’ensemble des personnes étrangères nées étrangères hors de France et entrées sur le territoire national au cours de leur vie« , sont 26.000 en Corse, soit un taux régional de 10% (taux national de 7,4%). Un chiffre qui place l’île au 2ème rang derrière l’Ile-de-France (1er rang en proportion pour les primo-arrivants à scolariser). Les enfants nés en France de parents immigrés, donc de nationalité française, étaient un peu de plus de 5.000 en Corse en 1999, (par définition ne font pas partie de la population immigrée) souligne l’étude réalisée par l’INSEE. L’étude ne compte pas dans les 26 000 immigrés étrangers, les naturalisés (dont les 5 000 enfants nés en France) et les clandestins… Parmi les immigrés résidant en Corse en 1999, 5.500 avaient acquis la nationalité française, soit une proportion de 21%. L’immigration dans l’île est essentiellement méditerranéenne, avec une prépondérance des Maghrébins et surtout des Marocains, qui représentent 42% du total, contre seulement 12% au niveau national. Avec près de 11.000 personnes, ils forment de loin la plus grande communauté immigrée de Corse, devant les Italiens (4.876) et les Portugais (3.201). En Corse, les hommes constituent 57% de la population immigrée. Un enfant sur cinq vit dans une famille immigrée. Si plus de 2/3 des immigrés sont d’âge actif (deux tiers d’ouvriers), 23,8% d’entre eux sont au chômage, soit 6 points de plus que la moyenne française. Depuis d’autres étrangers (filières de l’Est) sont arrivés et d’autres enfants sont nés français. En 2011 (Corse-matin : 3 juin 2011) les immigrés sont 27 400 (9 % de la population) avec une communauté marocaine qui reste majoritaire et une forte augmentation de Portugais. Aujourd’hui dans l’île le nombre  de résidents immigrés ou issus de l’immigration se situe entre 35 000 et 40 000 (malgré l’absence de chiffres fiables sur l’immigration clandestine et illégale), soit environ 15 % de la population.

La misère et la précarité en Corse : Cf. Corse-matin – 1er déc. 2012 : Titre à la une : 50000 personnes (soit un hab. sur 6, près de 20 % de la population) touchées par la précarité. Travailleurs pauvres, mères isolées, titulaires du RSA en augmentation…sans compter les jeunes exclus, les retraités, les chômeurs non répertoriés… Mais ce chiffre est vraisemblablement en deçà de la réalité, s’appuyant surtout sur de statistiques réalisées dans le monde urbain, les Corses des villages, non répertoriés, éprouvant majoritairement une certaine pudeur à se déclarer indigents ou dans le besoin….

En fait le chiffre des 60000 personnes en situation de précarité semble aujourd’hui plus proche de la réalité. Ajaccio compte plus de 16000 personnes (Assises de la pauvreté:  Corté, octobre 2013) vivant au seuil de pauvreté (- 917 euros par mois) sur près de 65000 habitants.

Les services sociaux et les associations caritatives (secours populaire, catholique, croix rouge, restos du cœur  et autres sont débordés par l’afflux des demandes («émanant même de Corses », ce qui est reconnu et mis en avant cette année par leurs responsables !)

Selon des chiffres officiels, il y a désormais près de 500 SDF recensés dans l’île, dont beaucoup arrivés ces dernières années dans l’île à la recherche d’une vie meilleure au soleil, et loin de l’insécurité de la rue dans les grandes agglomérations françaises.

Corse, la pauvreté progresse

La Corse se développe, la Corse est la « Région » où il y a le plus grand nombre de créations d’entreprises, la Corse épargnée par la crise, tandis que les » journées portes ouvertes sur l’emploi et la formation des jeunes » occupent des pages entières et la une dans les médias,…et j’en passe, la liste des poncifs n’est pas exhaustive, Voilà ce que l’on nous assène à longueur de temps par médias interposés, relayés par nos politiques, nos représentants du « grand » patronat local, et nos « spécialistes locaux » de l’économie…mais la triste réalité est là. la « manne » touristique dont toute la pseudo’-économie de la Corse dépend et est tributaire, nous conduit toujours un peu plus dans le mur et l’île devient une destination résidentielle pour les riches tandis que la population locale dans sa majorité s’appauvrit, que nombre de petits commerces et de petites entreprises artisanales ou autres ferment, que les impôts locaux et autres augmentent, que le coût de la vie est toujours aussi élevé (Plus 20 % par rapport à la moyenne nationale française), que les logements sont de plus en plus chers, que les salaires au mieux stagnent (moins 20% par rapport à la moyenne nationale française) et que les emplois précaires se multiplient… la pauvreté progressant (30000 personnes se trouvent à la limite ou en dessous du seuil de pauvreté)

Les chiffres du chômage viennent hélas de confirmer encore cette lente mais désespérante dégradation sociale dans l’île. En Octobre 2014, la Corse compte 21.099 demandeurs d’emploi, toutes catégories confondues. Le nombre de chômeurs a donc augmenté de 1 % par rapport à la fin du mois de septembre. Sur un an, cela correspond à une hausse de 11.8 %, supérieure à celle enregistrée en France puisque le nombre de demandeurs d’emploi y a augmenté de 0.5 % (septembre-octobre), pour une augmentation de 5.6 % en un an dans l’Hexagone. La hausse du nombre de demandeurs d’emploi est plus importante en Haute-Corse (11.467 demandeurs d’emploi inscrits en catégorie A, B et C, fin octobre) avec une hausse de 1.3 % en un mois et de 14.9 % en un an. En Corse-du-Sud, 9.631 demandeurs d’emploi sont inscrits en catégorie A, B et C, soit une augmentation de 0.6 % par rapport à septembre et de 8.4 % en un an

(En 2015, il y a plus de 22000 chômeurs, avec une augmentation sur l’année 2014 de 13,2 %, largement supérieur à l’augmentation dans l’Hexagone.. alors que le chômage augmente même en août 2015 en pleine saison touristique, malgré les miettes retirées du mirage du tout-tourisme!). A noter aussi qu’à la différence de la situation des grandes villes françaises (Nice, Marseille, Paris, Lyon…) où il y a engorgement des demandes d’inscription et une attente beaucoup plus longue, les démarches administratives apparaissent relativement moins compliquées dans l’île et plus rapides à accomplir.

LCI news – 25 septembre 2013 : Pour la 1ère fois, Pôle Emploi dévoile  la qualité du suivi des demandeurs d’emplois dans chaque département, montrant que les demandeurs d’emploi ne sont pas tous logés à la même enseigne. D’une agence à l’autre, le suivi des chômeurs reste inégal, selon des données communiquées par Pôle Emploi (à la demande du Monde). En moyenne (sauf DOM-TOM), un agent accompagne 116 chômeurs en France.  Ce chiffre s’avère très variable d’un département à l’autre, et peut même passer du simple au double. Des données variables qui montrent qu’il vaut mieux être chômeur en Corse…. où  un conseiller suit en moyenne seulement 66 dossiers, quand la Creuse affiche un portefeuille moyen de 150 demandeurs d’emploi.  

Si certains emplois sont difficiles à pourvoir par des locaux, les faibles salaires de cette main d’œuvre (pagati incù a sfrombula), sa malléabilité et ses conditions de travail (en règle générale) n’attirent guère ces jeunes locaux, dont beaucoup, diplômés ou non, doivent pointer au chômage ou se résoudre à occuper des emplois en –dessous de leurs comptéences, voire à quitter à nouveau l’île pour trouver du travail ailleurs.

Corse, la pauvreté progresse : La question sociale[1], une réalité cruciale dans l’île

La Corse se développe, la Corse est la « Région » où il y a le plus grand nombre de créations d’entreprises, la Corse épargnée par la crise, tandis que les » journées portes ouvertes sur l’emploi et la formation des jeunes » occupent des pages entières et la une dans les médias, et j’en passe, la liste des poncifs n’est pas exhaustive…. Voilà ce que l’on nous assène à longueur de temps par médias interposés, relayés par nos politiques, nos représentants du « grand » patronat local, et nos « spécialistes locaux » de l’économie…mais la triste réalité est là. la « manne » touristique dont toute la pseudo’-économie de la Corse dépend et est tributaire, nous conduit toujours un peu plus dans le mur et l’île devient une destination résidentielle pour les riches tandis que la population locale dans sa majorité s’appauvrit, que nombre de petits commerces et de petites entreprises artisanales ou autres ferment, que les impôts locaux et autres augmentent, que le coût de la vie est toujours aussi élevé (plus 20 % par rapport à la moyenne nationale française), que les logements sont de plus en plus chers, que les salaires au mieux stagnent (moins 20% par rapport à la moyenne nationale française) et que les emplois précaires se multiplient… la pauvreté progressant (30000 personnes se trouvent à la limite ou en dessous du seuil de pauvreté).

Une jeunesse en péril : Sur fond d’urbanisation anarchique et de développement du tout-tourisme, avec la perte de certaines valeurs et le manque de repères, de multiples fléaux guettent notre jeunesse : Alcoolisme, drogue, délinquance, précarité, exclusion, manque de formation…la liste n’est pas exhaustive. Les services officiels mettant souvent en avant le rang peu enviable qu’elle occupe dans certains secteurs liés à la santé (obésité, alcoolisme, hépatites, sida….)

Et le peuple corse dans tout ça ! La notion de communauté de destin a été mise en avant dans les années 80, les Corses étaient alors majoritaires et le mouvement nationaliste s’inscrivait dans une stratégie de prise de pouvoir… Depuis il y a eu les affrontements entre nationalistes, les retombées de l’Affaire Erignac… et l’affaiblissement de l’idée nationale, tandis que la population de l’île évoluait vers une minorisation des Corses. (Motion déposée par le groupe «Pà un’avenna corsu» (UPC-Cuncolta Naziunalista) et adoptée à une très large majorité le 13 oct. 1988. L’Assemblée de Corse avait adopté une motion affirmant l’existence d’une « communauté historique et culturelle vivante regroupant les Corses d’origine et d’adoption : le peuple corse »).

Aujourd’hui, avec la mondialisation et ses conséquences économiques et sociétales qu’elle impose, comment la Corse et les Corses peuvent-ils s’adapter aux nécessaires mutations sans se plier aux modes de vie et de pensée venus d’ailleurs et sans  perdre leur âme ? Comment faire pour que la Corse puisse encore fabriquer des Corses ?

Pierre Poggioli

[1] La Corse-Hebdo, “Obsédante question sociale”, vendredi 26 décembre 2014, Jacques Renucci Interview Pierre Poggioli

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