TELETRAVAIL UN DES LEVIERS POUR LE DEVELOPPEMENT DE NOS TERRITOIRES ?

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État des lieux

La Corse est peuplée de façon inégale. Deux grands bassins de vie (région ajaccienne et région bastiaise) sont prépondérants. Les infrastructures, les administrations, les services et donc les entreprises sont implantés en grande majorité sur ces deux sites. Les autres parties de notre Île voient leurs populations décroitre inexorablement entrainant de véritables déserts démographiques. Ces régions à faible densité démographique sont, en règle générale, difficiles d’accès avec un réseau routier inadapté et parfois dangereux en saison hivernale. De plus, les deux « grandes villes » ont un plan d’urbanisme inadapté à cet afflux de population (réseaux routiers obsolètes, transports collectifs sous-dimensionnés, etc.). La qualité de vie dans notre Région s’en trouve ainsi impactée. Il est donc impératif de trouver des leviers permettant aux personnes le désirant de vivre sur l’ensemble de notre territoire. Même si ce choix est dicté par plusieurs facteurs, le principal est certainement celui de l’emploi. Donner l’opportunité de travailler à un endroit donné sans avoir à se déplacer systématiquement peut être le facteur déterminant dans le choix d’une installation. Ainsi, le télétravail semble être un de ces précieux leviers.

Ce qu’est le télétravail

Principe

Le télétravail est un mode de travail pratiqué à distance d’un lieu centralisateur. Sa mise en œuvre nécessite des outils informatiques et de télécommunications pour la transmission des données. Le travail « de base » et « historique » consiste en un individu effectuant des tâches de secrétariat au moyen de son ordinateur. Néanmoins, toutes les compétences peuvent être exercées par l’intermédiaire du télétravail. Ainsi, ce mode de travail balaye un large spectre de métiers. En effet, le télétravail compte près de 300 métiers référencés qui ont en commun de traiter de l’information : textes, images, sons. Par exemple, les graphistes, les programmeurs informatiques, les comptables, les traducteurs, les ingénieurs étude et développement, les experts en recrutement, les formateurs ou les vendeurs peuvent s’inscrire aisément dans cette catégorie de travailleurs. Ce qui est certain, c’est que cette liste est loin d’être exhaustive.

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Les différents types de télétravailleurs

Salarié d’une entreprise : une entreprise permet à certains de ses salariés de travailler de chez eux ce qui évite à ceux-ci d’aller tous les jours au bureau.

Indépendant : un indépendant est enregistré au registre du commerce et a un numéro de SIRET comme toute entreprise.

Le portage salarial : cela constitue une alternative pour ceux qui veulent s’essayer au télétravail sans prendre trop de risques. Le télétravailleur se met en relation avec une entreprise de portage salarial. Après avoir trouvé ses clients et des missions, il communique à l’entreprise de portage la facturation qu’il va appliquer à ses différentes missions. L’entreprise envoie la facture au client et se fait payer. Elle va ensuite rémunérer le télétravailleur après avoir payé ses charges et autres frais. Le télétravailleur est donc plus ou moins le salarié de cette entreprise.
L’avantage est qu’il peut avoir des missions quand il le souhaite.

Les prérequis du métier

Le métier de télétravailleur ne s’improvise pas. En plus de son propre métier, le télétravailleur doit également maîtriser toutes les fonctions liées à l’utilisation des nouvelles technologies. Il est à noter que ces prérequis peuvent s’acquérir assez rapidement par l’intermédiaire de la téléformation (E.Learning). La formation à distance présente même l’avantage de placer le futur télétravailleur dans la même situation que le télétravail.

Infrastructures nécessaires

L’objectif visé est de permettre au télétravailleur d’effectuer son travail dans d’aussi bonnes conditions qu’au bureau. Tous les télétravailleurs n’ont pas les mêmes besoins. En effet, le télétravailleur qui est en charge de téléformations a besoin d’une solution technique plus évoluée en ce qui concerne la téléphonie que le collaborateur qui rédige uniquement des rapports.
 Néanmoins, il est possible de donner une configuration standard :

Informatique : (1) Outils de bureautique classiques, (2) Accès à Internet, (3) Applications client-serveur type base de données.

Télécommunications : (1) la téléphonie, (2) les outils de e-meeting.

Quelques chiffres (Source : ANACT[1])

La proportion de télétravailleurs en France ainsi que le positionnement et le recours des entreprises à ce mode d’organisation est très difficile à évaluer à l’heure actuelle. Néanmoins, un rapport du Centre National Stratégique datant de 2009 qui combine les résultats de 3 enquêtes, portant sur 15 pays de l’OCDE[2]  montre que le télétravail reste peu développé en France sur la base d’un chiffre très approximatif de 5 à 10% de salariés. Une enquête plus récente, menée auprès de 20 grandes entreprises, montre l’essor du télétravail avec un taux estimé à 12% (plus de 2 millions de salariés). La France reste encore très loin des pays anglo-saxons et scandinaves (entre 20% et 35%).

Mise en place d’une politique incitatrice

Le télétravail est en adéquation avec l’articulation stratégique entre la politique de cohésion 2014-2020 et Europe 2020 qui se traduira à travers une concentration des Fonds structurels européens sur des objectifs thématiques (OT) (Article 9 du projet de règlement général). Ainsi, le télétravail va dans le sens de 6 OT sur les 11 définis par l’Europe : (OT 2) améliorer l’accès, l’utilisation et la qualité des technologies de l’information et de la communication, (OT 3) renforcer la compétitivité des petites et moyennes entreprises, (OT 4) soutenir la mutation vers une économie à faible teneur en carbone dans tous les secteurs, (OT 7) promouvoir le transport durable et supprimer les goulets d’étranglement dans le réseau principal, (OT 9) promouvoir l’inclusion sociale et combattre la pauvreté et (OT 10) investir dans l’éducation, les compétences et la formation tout au long de la vie.

L’émergence de services numériques à valeur ajoutée s’appuie sur des infrastructures de réseau très haut débit. Or, la qualité de la desserte numérique est très fluctuante voire insuffisante en Corse. Il sera donc impératif d’accompagner les investissements nécessaires pour y remédier. Ainsi, une politique incitatrice pourrait se concevoir en plusieurs étapes : (1) identification de zones géographiques défavorisées en ce qui concerne la desserte numérique, (2) aide des intercommunalités au déploiement des réseaux numériques sur ces territoires cibles, (3) formation au télétravail des acteurs économiques déjà sur place ou désirant s’installer dans ces régions, (4) aide à l’installation de ces nouveaux travailleurs (aide au logement, défiscalisation des entreprises, etc …).

Cette politique d’investissement conditionnera donc le développement de la Corse et sera un facteur de rééquilibrage des territoires.

[1] Agence National pou l’Amélioration des Conditions de Travail

[2] Organisation de Coopération et de Développement Économiques

« A’ ch’ùn face vede mancu ùn spachja »

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