TRIBUNE LIBRE : L’HÉLICOPTÈRE QUI CACHE LA FORÊT

HÉLICOPTÈRE

Les déplacements en « Supercopter » de nos représentants à l’assemblée de Corse ont emballé la bulle médiatique et les réseaux sociaux ces derniers temps. Chacun y allant de ses arguments en faveur ou non de l’utilisation de ce mode de transport. Arguments budgétaires contre arguments moraux en passant par la prise en compte du « bien être » de l’élu, tout a été mis sur la table.

À entendre les membres de l’exécutif notre réseau routier ainsi que notre chemin de fer ne sont pas en capacité de leur permettre de se déplacer dans des conditions dignes du 21ème siècle. Sur ce point, nous ne pouvons que constater avec eux, en tant qu’usagers, que c’est la dure réalité. Plus de 2 h pour faire 80 km en train entre Aiacciu et Corti, dans des conditions que je vous invite à tester, ne peuvent qu’aller dans leur sens. Pour ce qui est du réseau routier, saturé en été par les touristes, les camions et souvent problématique l’hiver à cause des intempéries, là encore on ne peut que vérifier l’exactitude de leur constat. À n’en pas douter, ils sont à pied d’œuvre pour rendre ces moyens de transport plus efficients pour tous à moyen terme.

Nos élus se disent surchargés par la quantité de travail à accomplir au vu de la tâche énorme qui leur incombe. En tant que membres du « Guvernu Corsu », ils courent après le temps et les aiguilles de leur montre pour rattraper le retard accumulé par leurs prédécesseurs et s’occuper de tous les problèmes de la Corse. Pour essayer de gagner un peu de ce précieux temps, ils ont eu l’idée de faire appel à un moyen de transport performant et rapide l’hélicoptère.

Comme ils s’attendaient à une lever de boucliers de la part de l’opposition qui essaye de se raccrocher aux moindres branches, ils ont mis en avant le fait que budgétairement ce moyen de transport ne pénaliserait pas les comptes de notre institution locale remis dans le vert cette année. Argument qui s’entend mais qui est aussi celui que nous ont servi pendant des années d’autres dirigeants en d’autres lieux pour nous faire passer la pilule de l’énergie nucléaire. Donc, argument à prendre en compte mais à utiliser avec modération…

Des détracteurs ont mis en avant l’aspect environnemental et le coût non pas financier mais écologique que l’utilisation excessive d’un tel moyen de transport pourrait engendrer. Il est vrai qu’en parcourant des documents relatifs à ce problème (http://www.snpl.com/national/cdd/articles/lire/1580/), on peut s’inquiéter. Comment ensuite contenir les assauts des adeptes de l’incinérateur ou de ceux du tout enfouissement des déchets, si pour des raisons strictement budgétaires nous instaurons ce type de transport ? Ce n’est pas le cas ici, puisque son utilisation est semble-t-il anecdotique.

D’autres détracteurs ont avancé des arguments portant sur la moralité et la différence entre les usagers de Corse qui n’ont pas accès à ce mode de transport et les élus qui pourraient l’utiliser. Il faut bien admettre que nos dirigeants ont des prérogatives et des contraintes que le citoyen lambda n’a pas. Personnellement je ne vois pas où il y aurait un problème de moralité si tout est fait dans la transparence et pour des raisons justifiées.

Donc, pour conclure, je dirais que l’utilisation actuellement de ces fameux hélicoptères serait une solution technique envisageable si vraiment nos élus sont dans des états physiques et psychiques détériorés. Néanmoins, je ne pense pas que faire un ou deux vols dans ces fameux « objets volants identifiés » sera d’une grande aide pour qu’ils retrouvent un certain confort de vie.

Pour ma part, le mal est plus profond. Ce mal, il est dû effectivement à une surcharge de leur emploi du temps. La plupart de nos élus cumulent mandats, fonctions électives et activités professionnelles. Comment peut-on objectivement pouvoir affirmer s’investir convenablement de partout lorsque l’on est à la fois, par exemple, président d’un Office et directeur d’un laboratoire de recherche ou responsable d’une compagnie aérienne, maire d’une grosse commune, vice-président de la CAPA. Je le dis tranquillement mais sereinement, CE N’EST PAS POSSIBLE !

Alors, on peut continuer à chercher des solutions techniques ou alors on prend les décisions politiques qui s’imposent. On instaure, puisque nous avons un « Guvernu Corsu », une règle de non cumul. On se l’applique sans attendre une décision parisienne. On montre que nous sommes sur le chemin de l’émancipation et que nous pouvons casser les logiques anciennes.

L’avenir nous dira quel chemin nous allons emprunter ensemble. Pour l’instant, je regarderai passer les hélicoptères avec appréhension car j’ai une peur bleue de tout ce qui vole.

Jean-Louis Rossi

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