TRIBUNE LIBRE : POLITIQUE, PROMESSE ET VÉRITÉ DE LA PAROLE

Lors des réunions de notre cercle, comme nous l’avons toujours précisé, la parole est libre.

Chacun a toute latitude pour y dire ce qu’il ressent et ce qu’il souhaite exprimer par rapport à la thématique du jour.

La dernière réunion « La Corse : un an après » n’a pas failli en la matière.

Certes, on pourra bien entendu apprécier plus ou moins les interventions des personnes présentes, selon le point de vue de tout un chacun, mais en l’occurrence comme toujours, le cercle s’honore de veiller à rapporter et retranscrire l’exacte vérité des propos exprimés de toutes celles et ceux ayant fait l’effort de venir s’exprimer et confronter leurs convictions.

L’objectif qui nous porte toutes et tous, animateurs et participants est de faire avancer les débats et les enrichir dans le sens d’évolutions positives pour notre Société corse.

Cet objectif renvoie à mon sens au rôle du politique, porteur d’aspiration à la suite de sa désignation par le suffrage universel et du respect des promesses de campagne électorale.

1 –  Bref rappel historique 

Depuis Alexandre le Grand, puis Rome et ensuite avec les Empires européens, l’imperium (pouvoir absolu supposé supérieur à celui des barbares) s’est déployé en expéditions et en expansions illimitées. L’Occident en s’insérant dans ce mouvement de l’Histoire, s’est pensé comme « la civilisation » dispensatrice de culture. La France avec la Révolution de 1789 et l’œuvre de Jules Ferry, en fait intégralement partie.

Vouée d’emblée à l’universel, à ce qu’elle devait surmonter pour apporter ses connaissances, sa culture et ses valeurs, la civilisation occidentale s’est engagée vis-à-vis d’elle-même.

C’est de cette promesse au sens large, que chacune et chacun pourra transposer à la Corse, que traitent ces quelques lignes, en réponse à l’épiphénomène rappelé ci avant (le rappel de la liberté d’expression au sein des réunion publique des Chjassi).

2 – Les sources de la Promesse

Cette promesse a deux sources : l’une juive, l’autre romaine. (N.B. : La pensée grecque ne promet pas : elle constate, approuve ou déplore ; le stoïcisme en est le parfait exemple).

La promesse juive, c’est celle de la descendance ­d’Abraham, nombreuse, comme les étoiles.

La promesse romaine, c’est celle d’un empire immense, source de richesses considérables.

La 1ère relève de l’alliance : la fécondité vient de l’autre, de l’allié à qui je resterai fidèle.

La 2ème est liée à mon destin, que je n’ai qu’à m’approprier.

Le Christianisme noue les deux promesses. Paul déclare que la descendance d’Abraham n’est pas celle de la chair, mais celle de la promesse elle-même.

C’est à ce moment que s’invente la « promesse » telle que nous la comprenons aujourd’hui, entre l’engagement (pour y arriver) et l’espérance (toujours y croire), qui se traduisent par le serment et la confiance, les deux étant conclus avec soi-même et avec l’autre.

3 – Les deux promesses

L’histoire de l’Occident est traversée par l’ambivalence des deux directions prometteuses : l’annonce du bien et l’annonce qui vaut pour elle-même.

La première promesse portée par Descartes, est celle de l’acquisition de la « maîtrise et possession de la nature ».

La deuxième promesse portée par Kant, est celle d’ouvrir « un temps nouveau », celui dans lequel l’humanité construit les lois de la liberté et de la dignité.

Chacune de ces promesses désigne un bien raisonnable et en même temps absolu, car inatteignable.

Et cet inatteignable absolu se double d’un second objectif : l’humanité d’abord destinataire de la promesse devient l’accomplissement de la promesse (on est dans un mouvement auto-entretenu, dans une spirale d’amélioration constante, le bien alimente l’homme et disposant du bien l’homme s’améliore lui-même).

4 – Les promesses dans l’histoire récente

L’Amérique et le communisme en ont constitué les deux faces :

  • La 1ère face est une face possible, un rêve accessible, (le rêve américain) un empire effectif, c’est-à-dire une « promesse tenue ».
  • La 2ème face a été une face inatteignable, un idéal, bref une « promesse intenable ».

5 – Le sens de la promesse politique (au sens noble cela s’entend…)

 

La démarche entreprise par notre cercle se situe dans le champ de ces deux promesses. Elle ouvre sur deux questions :

Question relative à la 1ère face : quid du bien ?

  • Pouvons-nous, devons-nous, compter encore sur la promesse ?
  • Faut-il que les potentiels candidats promettent des lendemains qui chantent ou des paradis inaccessibles ?
  • Faut-il nous laisser promettre des lendemains ou des paradis en tant qu’électeurs ?

Question relative à la 2ème face : l’annonce vaut-elle pour elle-même ?

  • Quel type de promesse convient-il de clamer ? Peuple corse, retour au temps béni des pères, système redistributif et de conservation de pouvoir, émancipation, prise de conscience que nous sommes un confetti sur notre planète, demande de respect envers les confettis…

6 – Conclusion en guise de réponse synthétique aux deux questions précédentes

A mon sens nous devons retenir une promesse effective ici et maintenant, capable de valoir pour elle-même et aussi pour l’espoir qu’elle suscite.

Dans ce cas notre promesse politique, philosophique et éthique se situerait entre deux berges :

  • celle du serment et de la confiance (point de vue pragmatique)
  • et celle de l’engagement et de l’espérance (point de vue de l’Idéal).

C’est la raison pour laquelle la devise du cercle est celle de Victor Hugo : « d’une main il sculpte le réel et de l’autre l’idéal ».

Il convient de le rappeler aux lecteurs de notre blog.

Roger Micheli

 

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