CONTRIBUTION : LE CHÔMAGE EN CORSE

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Coordinateur : Roger Micheli

Lorsque l’on parle de chômage, il ne s’agit pas d’un dossier qui ressemble à tant d’autres, derrière ce terme ce sont des femmes et des hommes. Aussi je préfère utiliser le vocable de demandeurs d’emploi.

Le chômage se mesure au travers du nombre de demandeurs d’emploi inscrits, car il y a des demandeurs d’emploi qui sont hors de tout circuit statistique. Mais on ne peut parler que de ce qui est quantifiable, mesurable, c’est-à-dire les données du Ministère du travail consultable à l’adresse suivante : http://statistiques.pole-emploi.org/stmt/defm?fi=94&lf=0&ss=1.

Le nombre de demandeurs d’emploi est réparti en cinq catégories :

catégorie A : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, et qui sont sans emploi ;

catégorie B : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, ayant exercé une activité réduite courte (78 heures ou moins au cours du mois) ;

catégorie C : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, ayant exercé une activité réduite longue (plus de 78 heures au cours du mois) ;

catégorie D : demandeurs d’emploi non tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi (en raison d’un stage, d’une formation, d’une maladie…), y compris les demandeurs d’emploi en convention de reclassement personnalisé (CRP), en contrat de transition professionnelle (CTP), sans emploi et en contrat de sécurisation professionnelle ;

catégorie E : demandeurs d’emploi non tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, en emploi (par exemple : bénéficiaires de contrats aidés).

Il est de règle de regrouper les demandeurs d’emploi en recherche active (catégories A, B et C) et les autres (catégories D et E).

Les développements suivants concernent les demandeurs d’emploi des catégories A, B et C et ceci sur deux périodes comparables : les résultats des deux derniers gouvernements depuis leur accession au pouvoir et les dernières statistiques, soit :

  • la période s’étendant de mai 2007 à décembre 2011
  • et celle s’étendant de mai 2012 à décembre 2016.

Sur ces deux périodes le constat, illustré par le graphique ci-après, est le suivant :

  • les demandeurs d’emploi passent de 9 900 à 17 900 sur la première période, soit une progression de 8 000 demandeurs supplémentaires ;
  • les demandeurs d’emploi passent de 13 600 à 25 400 sur la seconde période, soit une progression de 11 800 demandeurs supplémentaires.

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Si l’on examine l’évolution mensuelle des demandeurs d’emploi, illustrée par le graphique ci-après, se dégagent les éléments suivants :

  • une évolution saisonnière des demandeurs d’emploi avec une baisse durant la saison estivale et une hausse qui culmine au creux de l’hiver ;
  • une situation mensuelle moyenne de 12 600 demandeurs d’emploi sur la première période ;
  • une situation mensuelle moyenne de 19 900 demandeurs d’emploi sur la seconde période ;

un différentiel mensuel moyen de 7 300 demandeurs d’emploi d’une période à l’autre.

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-A –

Au vu des ce constat on pourrait conclure que sous la première période (Sarkozy) la situation était bien meilleure que durant la seconde période (Hollande). Un élément vient cependant pondérer ce constat : après la crise de 2008 le taux de chômage de l’ensemble des pays de l’UE s’est nettement accru jusqu’en 2013 (il passe de 7 à 12 % de la population active), sauf pour l’Allemagne qui a connu une plus faible croissance de son taux de chômage.

La France se situe dans cette moyenne, et la Corse connaît ce même phénomène : 8 900 demandeurs d’emploi de plus en décembre 2013 (21 170) par rapport à décembre 2008 (12 840). Voila en partie expliquée cette hausse des demandeurs d’emploi.

-B –

Pour compéter cette explication il faut examiner la progression et l’augmentation du nombre de demandeurs d’emploi sur ces deux périodes.

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  • Sur la première période il y a près de 8 000 demandeurs d’emploi supplémentaires soit une augmentation de 80 %.
  • Sur la seconde période il y a près de 12 000 demandeurs d’emploi supplémentaires soit une augmentation de 87 %.

Mais pour apprécier plus finement ces chiffres il faut prendre en compte une donnée démographique soulignée par l’INSEE dans sa publication INSEE FLASH n° 20 de janvier 2017.

NB : Une interrogation peut poindre lorsque l’on voit la baisse du nombre de demandeurs d’emploi lors du changement de pouvoir en mai 2012. Serait-elle due aux effets d’une mesure du gouvernement antérieur ou à un effet de confiance sur le marché suscité par le nouveau gouvernement ?

En réalité ni l’une, ni l’autre des deux hypothèses n’y apportent une réponse. Il s’agit juste de « l’effet saisonnalité » du marché de travail en Corse, souligné précédemment. Le graphique relatif au nombre de demandeurs d’emploi durant les années 2011 et 2012 le montre parfaitement avec une symétrie dans le mouvement de baisse des demandeurs d’emploi lors de la saison estivale. La césure qui a été faite dans le graphique précédent correspond à l’examen de deux périodes identiques : de la mise en place du nouveau gouvernement à la fin de l’année précédent son renouvellement.

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-C –

Pour en revenir à l’explication de la progression et l’augmentation du nombre de demandeurs d’emploi sur ces deux périodes, il faut se référer à la publication de l’INSEE précitée qui fait mention d’une hausse de sa population de 18 550 personnes entre le 1er janvier 2009 et le 31 décembre 2013, la hausse relevant du solde migratoire (arrivées en Corse – départs de Corse) et non du solde naturel (naissances – décès).

Cette hausse correspond à l’arrivée moyenne de 3 700 personnes par an. Si cet accroissement était resté constant nous aurions eu 25 700 entre le 1er janvier 2009 et le 31 décembre 2016.

L’hypothèse retenue ici est une moyenne entre les arrivées au 31 décembre 2013 (18 500) et un accroissement au 31 décembre 2016 de 25 700 actifs si la progression avait été continue. L’hypothèse retenue est celle d’une valeur moyenne arrêtée à 22 000 personnes.

Sachant que le taux d’actifs (personnes de 15 à 64 ans) est de 60 % en Corse (il est de 70 % dans l’hexagone) la Corse a donc vu son marché du travail connaître une arrivée de 13 200 actifs (22 000 * 60 %). En répartissant cette hausse mensuellement sur les deux périodes (310 arrivées par mois depuis janvier 2009) on aboutit au graphique suivant :

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La lecture du graphique se fait de la manière suivante :

  • Il y avait 13 310 demandeurs d’emploi au 1er janvier 2009.
  • Les actifs qui entrent sur le marché du 1er janvier 2009 au 31 décembre 2011 sont 11 124.
  • Il y a donc un potentiel de 24 434 demandeurs d’emploi au 31 décembre 2011.
  • Les demandeurs d’emploi s’élèvent à 17 870 au 31 décembre 2011.
  • Il y a donc 6 564 actifs qui sont absorbés par le marché du travail (en clair qui trouvent un emploi) sur cette période.

Puis :

  • Il y avait 13 600 demandeurs d’emplois au 1er mai 2012.
  • Les actifs qui entrent sur le marché du 1er mai 2012 au 31 décembre 2016 sont 17 304.
  • Il y a donc un potentiel de 30 904 demandeurs d’emplois au 31 décembre 2016.
  • Les demandeurs d’emploi s’élèvent à 25 430 au 31 décembre 2016.
  • Il y a donc 5 474 actifs qui sont absorbés par le marché du travail (en clair qui trouvent un emploi) sur cette période.

Le constat est donc le suivant :  

1 – De janvier 2009 à décembre 2016, le marché du travail de l’Île a absorbé 12 000 actifs (6 564 + 5 474 = 12 038), ce qui représente, s’ils étaient uniquement absorbés parmi les actifs nouveaux arrivants, 42 % de cette population. Ce n’est sûrement pas le cas !

2 – Mais le fait que tant de nouveaux actifs arrivent sur le marché du travail en Corse signifie qu’un message se répercute au-delà de la mer : il y a du travail en Corse, bien que le nombre de demandeurs d’emploi (catégories A, B et C) soit de 25 430 au 31 décembre 2016, ce qui représente la population du grand sud de la Corse (c’est à dire toute la microrégion autour de Porto-Vecchio et Bonifacio).

3 – Le fait que le marché ait absorbé 12 000 actifs avec une arrivée de 13 000 actifs non îliens depuis 2009, signifie qu’il y a une inadéquation entre la demande de travail et l’offre de travail, en clair :

  • soit les demandeurs d’emploi ne peuvent pas occuper les postes vacants car ils n’y sont pas formés,
  • soit ils ne le veulent pas, ce qui pose des problèmes de niveau de rémunération ou d’acceptabilité des tâches.

Conclusion :

  • Il y a donc deux problèmes à résoudre pour tous les acteurs du marché du travail (État, collectivités, chambres consulaires, entreprises, représentation syndicale, salariés) :
    • adapter les formations existantes aux besoins du marché,
    • examiner les niveaux de rémunération et d’acceptabilité des emplois offerts.
  • La vison politicienne est dépassée par l’ampleur de la tâche ! Raison de plus pour exhorter tous les acteurs du marché du travail à se retrouver au sein d’une conférence sociale insulaire.

 

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