TRIBUNE LIBRE : A CORSICA UN ANNU DOPU

2017 année de transition

Essayer de réfléchir sur l’année 2016 est à la fois facile et difficile

Facile parce il est évident qu’une étape essentielle dans l’histoire de la revendication corse est franchie non seulement par la victoire, mais par l’ampleur de la victoire, 11 000 voix d’avance sur la liste arrivée 2e, en est le fait le plus évident. L’union programmatique des deux ou trois courants nationalistes a non seulement fonctionné dans l’électorat nationaliste mais a su convaincre bien au-delà des forces d’appui ou alliées déjà présentes dans les situations locales (exemple Bonifacio, Ghisonaccia, Bastia) où les transferts en provenance de la gauche régionaliste ou autonomiste ont fonctionné à plein, mais aussi dans des régions plus rétives à nos idées, la carte des résultats en Cinarca en étant un exemple très parlant. En effet des villages et des pieve autrefois de droite ont rejoint pour la première fois le vote nationaliste dans des proportions importantes, et dans le centre-corse il en est allé de même. Cela veut dire qu’en décembre 2015 c’est le peuple corse qui a voté en faveur des nationalistes, qu’il ait été déjà patriote, ou de gauche ou de droite. C’est pour moi l’événement le plus important qu’il convient de garder en mémoire, car nous nous sommes retrouvés dans un moment de volonté populaire au sens fort du mot, qui ressemble beaucoup à celui qui avait touché la Corse après Aleria en 1975, et qui transforme profondément le terrain à prendre en compte pour développer et avancer dans la revendication.

Difficile parce qu’il est trop tôt pour porter un jugement authentiquement politique. La mise en place des nouvelles instances est toujours jugée positivement par l’opinion, ça aussi c’est important, les premiers actes vont dans le bon sens, mais rien dans les choix effectués ne peut se voir encore dans les effets à court ou à moyen terme. Car, hormis les avancées dans des dossiers institutionnels et financiers (Statut Ile-Montagne, Droits de Succession, Collectivité unique), tous les chantiers sont en cours : Compagnie maritime régionale, Statut fiscal, Politique inter-îles, en particulier Corse-Sardaigne, et beaucoup d’autres sont en attente : Statut de résident, Officialité de la langue corse, Statut fiscal, Amnistie ou rapprochement des prisonniers. Cela fait de l’année 2017 qui commence plus une année de transition qu’une authentique année politiquement analysable. En outre les enjeux politiques corses ne fonctionneront vraiment que dans la seconde partie de l’année, voire à la fin, en Décembre, si le nouvel exécutif français maintient le calendrier fixé par ses prédécesseurs. La situation en France pollue d’ailleurs grandement les avancées nécessaires. L’actuel gouvernement est déjà en mode pause, et dans les premiers discours des candidats potentiels qui font la joie des médias, les Corses ne sont même pas évoqués.

État des lieux des forces politiques

L’année 2016 et le début de 2017 ont été l’occasion de voir la carte des forces politiques traditionnelles se transformer fortement. A gauche l’éclatement de la liste macédoine de Paul Giacobbi et ses aventures judiciaires ont abouti à une dispersion des représentants de ce courant. Maria Giudicelli apparaît isolée, Paul-Marie Bartoli s’est retranché dans son Valincu, et les membres restants du groupe sont inaudibles. Le PC est entré dans une phase d’anti-corsisme absolu refusant toutes les évolutions possibles, et le PS est lui aussi partagé entre deux courants, De Gentili favorable aux évolutions locales, et Ciabrini rejoignant le bloc anti-corse. Les autres courants post Renucci sont absents. A droite les primaires ont redessiné une carte où les oppositions sont désormais fortement réactivées. José Rossi développe une ligne anti-évolution qui me fait penser à un rôle CFR des bonnes années, Laurent Marcangeli est le perdant absolu des derniers votes et se retrouve enfermé à Ajaccio, quant à Pierre-Jean Luciani il va sûrement jouer un rôle déstabilisateur lors des législatives, ses électeurs ayant fortement envie de sanctionner encore une fois Marcangeli. Iront-ils jusqu’à ne pas voter Ferrara et aller chez Nadizi au FN, c’est une possibilité. Le grand ressuscité est Camille de Rocca Serra qui, en choisissant Fillon, s’est replacé comme étant incontournable dans la géographie de la droite du sud et en fait de toute la Corse, son rôle dans l’amendement sur les droits de succession et son succès l’ayant encore solidifié. La droite évolutive (Mondoloni et Brunelli-Santoni) ne sont plus audibles car ils donnent l’impression de ne plus savoir ce qu’ils veulent, et en Haute-Corse Baggioni est définitivement out, Stéphanie Grimaldi n’est pas suivie et Ange Santini est inexistant. Quant au maire de Corti, son alliance avec Giacobbi le laisse silencieux tant que la justice n’a pas prononcé son verdict. Pour la droite bastiaise et celle de la Marana, la plus importante numériquement, elle est divisée elle-aussi en trois courants : Milani reste avec la municipalité nationaliste de Bastia et n’en sort pas, Gandolfi est affaibli par l’hostilité conjointe de Natali et de Galletti, l’une tentant de suivre Rocca Serra en vue des sénatoriales, et l’autre continuant sa politique à double visage, un peu à droite, mais pour lui-même, un peu avec Giacobbi, aujourd’hui Orlandi qui lui aussi essaie de faire quelque chose mais qui doit gérer l’héritage du système Giacobbi. Ses vœux avec le Préfet (!) sont le signe que lui-aussi est tenté par une politique anti-CTC, même s’il a joué le jeu de la collectivité unique pour tenter de prendre sa place. Cette situation est donc extrêmement profitable aux nationalistes, car la faiblesse de nos adversaires nous renforce et cela rend les prochaines législatives importantes pour solidifier la victoire de décembre : il y a une opportunité d’avoir 1 voire 2 députés nationalistes, tous les deux en Haute-Corse, ce qui serait un pas supplémentaire pour l’ensemble du mouvement national, même si ce ne sera qu’un résultat sans grand effet sur le quotidien des Corses.

Cette situation de transition amène en fait à continuer d’agir au quotidien pour consolider et augmenter les premiers acquis. L’objectif le plus important reste notre peuple qu’il faut continuer à garder avec nous, et ne pas le laisser se perdre dans ce moment électoral qui va venir jouer contre les évolutions essentielles, en les négligeant voire en les attaquant de front. Donc deux orientations me paraissent utiles : Vigilance et Mobilisation.

Olivier Jehasse

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Olivier Jehasse n’est pas membre du cercle I CHJASSI DI U CUMUNU. Il est professeur d’histoire ancienne et d’archéologie à l’université Pasquale Paoli à Corte et nous fait le plaisir de s’exprimer pour la première fois sur notre blog au travers d’une TL se rapportant à notre prochaine réunion publique se déroulant sur Aiacciu ce jeudi 02 février.

 

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