TRIBUNE LIBRE : LE PEUPLE CORSE, UNE IDENTITÉ HISTORIQUE

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Le peuplement durable de l’île commence il y a près de 12000 ans. On n’a pas déterminé la venue des Corses qui s’est faite probablement par les îles de la Toscane. Ce peuplement est commun avec la Sardaigne. On établit via la génétique et l’archéologie, qu’il peut être de deux origines de peuplement avant l’âge du fer et l’époque historique. Ce peuplement devient homogène il y a 5000 ans et voit se développer une culture néolithique en rapport avec son environnement proche méditerranéen. Avec la période Torréene on assiste à l’apparition des Corsi entité culturelle homogène en contact mais aussi en bute avec d’autres peuples notamment en Sardaigne. Il n’y a peut être pas un peuple mais des peuples ayant la conscience d’une identité culturelle commune qui se matérialise avec la civilisation des mégalithes sur l’ensemble du territoire de l’île.

Le peuple corse de l’âge du fer a sa civilisation et sa culture propre lorsqu’il se confronte aux premières civilisations antiques étrusque, grecque et carthaginoise. Ces contacts sont faits d’abord d’échanges et d’apports culturels et commerciaux au travers de comptoirs puis avec la création d’Alalia en 565. La Corse et les peuples corses entrent dans l’histoire en devenant des acteurs contraints de l’histoire méditerranéenne de par l’enjeu et l’action des impérialismes commerciaux ou politiques. Le premier choc est à travers le contact avec la civilisation urbaine d’Alalia.

Ptolémée au IIe siècle établit une liste de 12 peuples en Corse les énumérant autour de leur civitates et les liens avec la Sardaigne. Ces peuples vivent autour de migrations saisonnières piaghja/muntagna dont on retrouve la permanence jusqu’à l’époque moderne et la fin de la civilisation agro-pastorale.

La première mutation la romanisation

L’arrivée des Romains est marquée par une longue conquête militaire, 130 ans, puis l’assimilation à l’empire à travers l’intégration à la Romania. La modification est lente mais la civilisation urbaine littorale, la paix, les relations maritimes stables favorisant les échanges culturels et commerciaux donnent une forte empreinte culturelle matérialisant une adhésion à l’empire. Cela se concrétise dans la langue, qui devient latine, et aussi la toponymie.

C’est probablement à cette époque que se situe le premier choc démographique fait à la fois d’arrivée de populations étrangères à l’île dans les villes littorales et probablement dans les propriétés latifundiaires des plaines, les carrières… Ces populations sont faites de fonctionnaires romains, de commerçants, d’esclaves, de marins, de voyageurs… mais il y a aussi les Corses partis ailleurs dans l’empire. C’est à l’empire romain, à sa longévité et à notre proximité avec Rome que nous devons une partie de notre identité.

Le peuple corse romain est une nation distincte mais un peuple romanisé avec une langue devenue latine. L’arrivée du christianisme est un des apports de la civilisation romaine du bas empire.

Rome et la civilisation romaine vont demeurer les références des peuples de l’île confrontés à la chute de l’empire puis aux invasions des Vandales. Les invasions barbares marquent pour les îles et la Corse donc la diluzione dello stato du Haut moyen âge ainsi qu’un isolement de plus en plus effectif et prégnant d’une identité collective. Les contacts se maintiennent en se diluant avec la Sardaigne et l’Afrique d’où vient la première pénétration du christianisme à la période Vandale et surtout Byzantine. L’invasion lombarde marque le début d’une période où la suzeraineté sur l’île devient virtuelle et la structure politique du ou des peuples corses difficilement déterminables.

Les différentes d’influences

Durant les siècles allant du VIe au IXe il est difficile de déterminer quelle fut l’influence civilisationelle majeure, lombarde ou byzantine, qui délimite en Italie l’espace du mezzogiorno. C’est sans doute une première nuance avec la Sardaigne d’influence byzantine même ténue qui se caractérise par l’état dit alto-giudicale. La Corse devient un Finistère byzantin ; ouvert dans sa partie nord-est aux influences lombardes sous une forme sans doute discontinue.

L’invasion arabo-musulmane en méditerranée marque l’entrée de la Corse dans le Moyen Age réel, les raids maures sur l’île et la fracture méditerranéenne Islam-Chrétienté marque la naissance du peuple corse « historique ». L’isolement, déjà patent de l’île à partir de la deuxième moitié du VIIe, devient dès lors durable et réel. Seuls semblent se maintenir les contacts avec Rome, même parcellaires, une présence militaire byzantine à travers la flotte du nord-méditerranée et sans doute des liens avec la Sardaigne voire la Toscane.

L’arrivée des puissances toscanes Pise et Gênes fait entrer la Corse dans le monde italique. En effet, avec eux, le peuple corse intègre l’histoire italienne qui devient son espace civilisationnel du XIe au XVIIIe siècle. Les conséquences en sont la seconde christianisation par les Pisans et l’imprégnation toscane (la tarra ferma) à la fois religieuse et culturelle.

La mythologie fondatrice de la féodalité clanique corse, la reconquista de Ugo Colonna. La période du Haut Moyen Age jusqu’en l’an 1150 marque la naissance de la mythologie fondatrice de la féodalité corse à travers le mythe d’Ugo Colonna. C’est la naissance du peuple corse historique au sein de la lutte en méditerranée entre Islam et Chrétienté d’Orient et d’Occident. C’est celle qui génère le terreau fondateur de la nation corse incarnée dans la figure du prince de la reconquista chassant les Maures et narrée par Giovanni della Grossa comme une histoire nationale. Cette mythologie s’appuie sur un contexte historique : celui de la reconquista de la méditerranée par les forces de l’Occident chrétien sur le monde musulman initiée par la (re)conquête de l’espace corso-sarde par des flottes pisanes et génoises (alliées au marquis Obertenghi) en 1016, acte fondateur de la naissance de ces thalassocraties.

La nation existe et la Chronique de Giovanni della Grossa du XVe siècle est un roman national, au sens médiéval du terme à travers la figure du prince/comte de Corse mais cette nation reconnue comme telle ne se concrétise qu’imparfaitement avec les Cinarchesi puis Sampieru. Elle est confrontée à l’influence culturelle et politique du monde italien à travers la présence pisane puis les colonies génoises et la révolte des popolare de Sambuccucciu.

L’après Concile de Trente, la nation corse, le catholicisme et les lumières : passage du clan féodal à la nation en 1735

Si le XIIe siècle marque la christianisation réelle de la Corse, matérialisée par l’œuvre des Pisans puis des Franciscains, c’est la réforme tridentine appliquée à la Corse qui marque une réelle évolution de la conscience chrétienne des populations. Cette œuvre à travers notamment les couvents et les confréries permet le passage de la nation tribale et médiévale héritière des Cinarchesi à la nation, concept politique du XVIIIe siècle, qui voit le jour avec les révolutions de Corse. L’immaculée conception, le Diu Vi Salvi Regina, le rôle de la consulta d’Orezza de 1731 dans le processus d’émancipation nationale qui se concrétise sous Paoli sont en grande partie le résultat de l’influence tridentine depuis la fin du XVIe siècle.

Le peuplement homogène durant des siècles de la romanisation à la période française

Il apparait de manière claire que l’île, comme la Sardaigne, n’a bénéficié que d’apports en peuplement ponctuels mais non structurants à l’identité collective du peuple corse. À savoir que lorsque ceux-ci se sont pérennisés de manière autonome, ils sont attestés à ce jour par les seules colonies littorales génoises de Bonifacio, Calvi, Bastia, Ajaccio et les Grecs à Cargèse.

Il n’a pas été trouvé à ce jour, ni de preuves de dépeuplement massif à une période historique donnée comme il fut supposé au moment des invasions sarrasines des IX et Xe siècles ni de repeuplement global au XIe venu d’Italie septentrionale. C’est une donnée majeure que la génétique confirme aujourd’hui et qu’aucune donnée globale n’infirme. Le dépeuplement avancé au moment des invasions sarrasines, illustré par Galetti et repris de manière plus ou moins structurée par certains, n’a eu lieu que de manière partielle et localisée. De même l’arrivée supposée de population arabo-musulmane au Haut Moyen Age n’est corroborée par aucune trace et relève vraisemblablement du fantasme historique qu’il soit énoncé, selon les époques, soit dans un sens horrifié soit magnifié.

L’immigration/émigration constante avec l’Italie de la communauté Corse/Gallura

Le concept d’immigration et la proximité culturelle sont confortés par des va-et-vient de population entre Terra Ferma (continent italien) et Corse ainsi qu’entre Nord de la Sardaigne et Corse qui ont été constants au cours de l’histoire mais n’ont été ni de même nature ni de même ordre. Entre le Nord de la Sardaigne et la Corse, il y a quasiment communauté de peuplement, en tout cas des échanges constants jusqu’au XIXe siècle. Les populations du nord de la Sardaigne étant précisément appelés Corsi puis Corsicani. Quant à Paoli, il appelait les Sardes les Corses de Sardaigne.

Les processus d’émigration et immigration avec la péninsule italienne se sont poursuivis tout au long de l’histoire. Le processus d’immigration, hors population des présides, a lui aussi été constant et partiel. Il n’y a pas de peuplement massif par les Toscans au XIe siècle car cela aurait signifié l’installation de colonies de peuplement sur le littoral puis conquête de l’intérieur montagneux. L’immigration connue et la plus répandue est majoritairement masculine, quelquefois familiale avec la prise de possession de fiefs territoriaux comme dans le Cap corse. Elle est une immigration dominante jusqu’au XVIIe siècle. À partir du XVIIe, on assiste à l’arrivée d’une immigration « pauvre » de travailleurs louant leurs services, à l’origine du terme Lucchesi qui de péjoratif connaitra une évolution vers un sens « raciste » au XIXe siècle. Cette immigration est essentiellement masculine.

L’installation des populations ligures de Terra ferma dans les villes/colonies du littoral. Leur intégration naturelle des présides : la communauté culturelle

Les colonies présides du littoral sont l’expression de la volonté de la puissance génoise. Elles visaient à la fois à assoir la puissance de la Cité-État ligure en méditerranée puis celle d’imposer aux populations corses et aux seigneurs Cinarchesi par la colonisation de peuplement et le contrôle du littoral, l’ordre génois. Cette politique de colonisation fut initiée par Pise au XIe siècle à Bonifacio. Les Génois, supplantant leurs rivaux en Corse au XIIIe siècle, développèrent cette politique avec succès malgré quelques échecs. Les présides, composés de population ligure ou italienne, pratiquent une ségrégation ethnique plus ou moins stricte vis-à-vis des populations corses réduites à résider à l’extérieur des murs des citadelles. Durant les dernières guerres cinarchesi puis à l’époque de Sampieru, ces colonies littorales seront les fers de lance de la stratégie militaire génoise puis de la domination politique et économique de celle-ci. Les sièges de Bonifacio et de Calvi au XVe et XVIe siècles, la fondation d’Ajaccio puis l’installation des Grecs à Cargèse sont à ce titre emblématique du rôle et de l’importance de ces colonies de peuplement dans la pérennité de la Corse génoise.

Ces populations vont entamer une lente et partielle corsisation au XVIIe siècle. Toutefois, lors des guerres d’indépendance de 1729 à 1769, ces populations vont rester semper fidelis à Gênes. Elles seront le principal obstacle à l’édification de l’État et de la nation corse par l’hostilité qu’elles manifesteront au gouvernement national et aux paesani, ainsi que le soutien qu’elles apporteront aux entreprises génoises puis françaises. Ces populations, que Paoli appelait à rejoindre la cause nationale, rejetteront massivement cet appel, à quelques notables exceptions comme les Masseria ou les Bonaparte. Elles représentaient plus de 20 000 personnes sur les 130 000 que comptait la Corse à l’époque de l’indépendance.

Ces populations, à partir de la période française, vont « se corsiser » et être absorbées par la population corse. La proximité culturelle et religieuse, la différenciation avec l’élément français dominant, la fin du concept de présides favorisèrent ce processus qui se concrétise dès le début du XIXe siècle. Le XIXe siècle marque une apogée démographique et culturelle, une éclipse politique et un décollage économique manqué. Le XIXe siècle voit à la fois se dérouler un accroissement démographique issu du solde naturel sans précédant en Corse mais aussi une homogénéité culturelle sur l’ensemble du territoire de l’île. La Corse n’a sans doute jamais été autant corse qu’avant la guerre de 1914, des villages jusqu’aux villes. Et ce, alors qu’elle quitte progressivement son univers culturel italien pour le monde français.

La guerre de 1914 puis l’exil massif vers les colonies françaises jusqu’en 1960 vont faire des Corses un peuple d’expatriés : ce qu’il a toujours été depuis le Haut Moyen Âge et les Corses peuplant certains quartiers de Rome. La diaspora est une constante historique et est une donnée consubstantielle au peuple corse. Des villes italiennes du Moyen Âge aux ports barbaresques, des Amériques aux bagnes de nouvelle Calédonie, de l’Indochine à l’Afrique du Nord des années 60, les Corses ont toujours été Corses de nation se reconnaissant comme tels et étant reconnus comme tels. Nier la diaspora c’est nier le peuple corse.

Jusqu’aux années soixante, et à l’exception de la période romaine encore mal définie et étalée dans le temps, la population de l’île n’a pas eu à faire face à un choc démographique majeur. Les évolutions furent lentes et les conflits entre populations allogènes et indigènes se réglèrent progressivement dans le temps par « dilution » des populations extérieures des présides par exemple ou des Grecs de Paomia dans la population corse. Ce fut également le cas d’autres groupes ou individus moins nombreux, moins visibles ou identifiés comme tels : on peut citer les juifs d’Île rousse ou d’autres ayant immigré peut être au XVIe siècle voire plus surement au XIXe ou début XXe siècle, les Barbaresques capturés au gré des infortunes des razzias qui se convertirent au christianisme, les quelques russes blancs après la révolution d’octobre, les pinzuti du XIXe et début XXe siècle… Les noms ou surnoms de certaines familles en gardent parfois la trace, réelle ou supposée, mais ces individus se « fondirent », par le mariage notamment, au sein du peuple corse où leurs descendants ne s’en différencièrent plus.

Il y a une différence entre population et individus : une population constitue un groupe, plus ou moins important avec une culture et une identité propre pouvant constituer une communauté… les individus sont isolés dans la population accueillante ce qui rend l’intégration plus facile.

Raids, invasions, installation et migrations

Ce sont des phénomènes distincts ; les raids sont des opérations de razzias ponctuelles se traduisant surtout par des dévastations. L’invasion est temporaire et revêt surtout un caractère de conquête militaire : elle a peu d’influence sur le peuplement mais comme les raids elle entraine plutôt le dépeuplement. L’installation/colonisation et les migrations sont eux des facteurs de peuplement durables. L’installation/colonisation constitue un établissement minoritaire durable, ville, colonie agricole… qui se caractérise par sa pérennisation et son caractère distinct du peuplement indigène du pays (les villes romaines, les présides génois, la colonie grecque de Cargèse). Les migrations, elles, constituent des flux de populations ne répondant pas à un projet politique précis mais à des conditions particulières (guerres, famine, raisons économiques) entrainant des flux de populations non contrôlés.

Ces données sont souvent confondues dans l’histoire de Corse par des énumérations à la Prévert d’occupants successifs : ainsi lorsque l’on cite Grecs, Romains, Vandales, Goths, Lombards, Sarrasins, Pisans, Génois, Aragonais, Français, Anglais, ect … , on parle de choses radicalement différentes. Aussi bien quant à la nature des présences respectives qu’à leurs effets. Ainsi les Vandales, qui se sont emparés de la Corse en 486 après y avoir mené des raids en 420 et 455, font de la Corse une terre de relégation pour les évêques catholiques. Il y a peu de chance qu’une colonisation de peuplement vandale se soit produite en Corse. On peut envisager une petite colonie de population centrée sans doute autour des cités d’Aleria et de Mariana. Quant aux Goths, ils ne font que passer en Corse au moment des guerres contre Justinien au VIe siècle. Enfin, les raids barbaresques ont surtout laissé des destructions et la désertification des côtes au XVIe et au début XVIIe siècle.

L’identité corse

L’identité corse est une construction historique finalisée au XIIIe siècle. En effet, au XIIIe siècle le peuple corse historique est constitué dans sa matrice générale : la langue corse latine et toscanisée en partie, le peuple corse établit autour de structures féodalo-claniques guerrières reconnaissant la fonction élective du chef et le jus sanguinis comme ciment d’appartenance au clan familial, la religion chrétienne catholique avec une prégnance de pratiques païennes. Cette société corse est bâtie autour de l’agro-pastoralisme, de la structure familiale, du clan, de la tribu devenue fief féodal regroupée dans des vallées espace de la transhumance piaghja/muntagna. Les villes portuaires sont des espaces d’échanges extérieurs, La terra ferma (l’Italie) l’horizon civilisationnel, la diaspora est déjà une composante du peuple corse et elle est présente surtout en Italie à l’époque. La Corse est une nation au sens médiéval du terme et reconnue comme telle à l’extérieur (Corse de nation).

Cette nation évolue au sein du monde italien qui constitue son espace culturel. Les révolutions de 1730 et Paoli amènent à la constitution de la nation moderne autour de valeurs catholiques d’influence franciscaine puis de la pensée des lumières. La révolution corse et Paoli n’opposent pas les deux concepts. Mais peuple et nation corses sont déjà constitués au XVIIIe. Paoli donne à la nation sa souveraineté et les représentations symboliques de son histoire : le drapeau et l’hymne.

La période française jusqu’en 1960 amène un choc culturel mais non démographique. Nous sortons de l’ère culturelle italienne avec une société qui demeure profondément corse, ancrée au niveau même du village. L’après 1914 amène une crise qui se caractérise par une migration extérieure vers le continent et les colonies françaises et le début de la polarisation des villes Ajaccio et Bastia. De 1797 à 1960, malgré l’imposition du français comme langue officielle en 1850, les carrières dans les colonies, la croissance puis la chute démographique de 1918 à 1962, la société demeure dans l’île comme dans la diaspora profondément et culturellement corse.

Di duva se ? di qual sè ? La langue, le lieu, la famille ou le clan : voila les marqueurs de l’appartenance au peuple et à la nationalité corse, même non assumés, et ce depuis des siècles quelque soit l’endroit au monde où se trouvait les Corses. Les Corses, jusqu’il y a peu de temps, n’ont jamais éprouvé de difficulté à dire qui ils étaient, n’y même à se définir.

Le premier choc migratoire de 1962 avec l’arrivée de populations « pieds noirs », après la guerre d’Algérie, constitue un évènement sans précédent connu dans l’histoire de l’île, sauf à remonter aux temps des peuplements préhistoriques. Ni la période romaine, comparable en phénomène mais espacée dans le temps, ni l’installation des populations des présides génois ne peuvent y être assimilées. Les différences culturelles et ethniques sont marquées, ce qui provoque une réaction non assumée initialement, puis revendiquée avec la CCN[1] avec le slogan i corsi fora ci lampanu fora. Le mouvement nationaliste met en avant les termes de « colonisation de peuplement » et de « génocide par substitution », la défense du « peuple corse historique »…

1982-1987 du peuple corse historique à la communauté de destin

Des campagnes IFF[2] à la communauté de destin, on passe de la conception ethnique historique à une notion politique plus ouverte, à des individus mais non des groupes ou des communautés non corses d’origine mais déjà intégrés. Il ne s’agissait pas de multi communautarisme mais d’entériner une situation de fait ne remettant pas en cause la structure culturelle et historique du peuple corse.

Trente ans après les choses ont changé avec  le tourisme, l’avènement des médias audio et visuels, les flux migratoires constants non maitrisés et non mesurés !

Le peuple corse du troisième millénaire : une communauté historique en évolution ou un homo corsicanus novus ?

En fait, aujourd’hui, face à la mondialisation, les médias, les flux migratoires, les flux touristiques, les communautarismes culturels ou religieux, il nous faut définir ce que nous sommes et ce que nous voulons être. L’histoire a façonné le peuple corse historique, les évolutions récentes le remettent en cause. Comme la définition d’une partie, la même qui veut l’ériger en nation. En fait le peuple corse a muté y compris dans sa composante ethnique corse. Le Corse vivant à Bastia et à Ajaccio n’est plus le berger ou le propriétaire terrien d’hier mais il a gardé le lien à la terre à travers le village. Il a une filiation que le français a perdu…

Les évolutions sont d’abord constituées par l’arrivée, l’installation d’individus venus d’ailleurs entre 1960 et 1985. Ceux qui sont restés dans l’île, sont devenus corses. À partir de la seconde moitié des années 80 et surtout dans les années 90, la société s’est décorsisée en profondeur mais pas en surface, de par l’avènement du mouvement nationaliste surtout clandestin. Cette décorsisation va s’affirmer dans les années 2000 par la disparition des anciennes générations nées avant la première guerre mondiale. Elle est accentuée par l’arrivée massive de populations extérieures à l’île. L’augmentation de population se fait sous l’effet des migrations extérieures. Les éléments nouveaux sont l’arrivée de population européenne d’origines diverses (Europe de l’est), la permanence de l’immigration française métropolitaine, portugaise et maghrébine. L’intégration ne marche plus ! Ce qui était encore un peu le cas dans les années 80 – 90 ne fonctionne plus. La société se délite ou se communautarise. Le référent nationaliste devient un des seuls remparts face à une société qui serait éclatée.

Il est nécessaire de définir formellement un code de la nationalité fondé sur l’identité, l’adhésion au patrimoine culturel et historique. La communauté de destin est une des définitions de la nation, encore faut-il en définir un contenu qui ne saurait être assimilé au droit du sol. Sinon cela veut dire que toute personne mettant le pied en Corse est Corse de droit et cela est synonyme de fin programmée du peuple corse.

En partant du peuple corse historique, nous pouvons définir un pacte d’adhésion à la nation corse par le combat émancipateur. Vouloir être corse, c’est adhérer à la nation, à ses valeurs, faire sienne son histoire, sa culture, participer à ses sacrifices. Etre Corse de nation au XXIe siècle, c’est remplir à des devoirs avant d’être un droit.

Denis Luciani

[1] CCN : Cunsulta di i Cumitati Naziunalisti

[2] IFF : I Francesi Fora

denisDenis Luciani est Docteur en histoire, représentant au sein du Conseil Économique, Social et Culturel de la Corse du Collège vie culturelle, représentant les parents d’élèves des écoles publiques et privées. Il n’est pas membre du cercle I Chjassi di u Cumunu mais a désiré apporter une contribution à la réflexion lancée lors de la réunion qui s’est déroulée à Aiacciu sur la notion de « peuple corse historique et/ou celle de communauté de destin ».

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