TRIBUNE LIBRE : MÉDIA & RÉSEAUX SOCIAUX, NOUVELLES FAÇONS D’INFORMER

Media_Sociaux

Quelle est la situation ? 

Le 21ème siècle offre de nombreuses nouvelles possibilités en matière d’accès à l’Information. L’utilisation accrue de l’outil informatique et des réseaux sociaux a progressivement modifié les codes de la société moderne, et la Corse n’est bien entendu pas épargnée par ce phénomène.

Progressivement et successivement, chaque génération se détourne de plus en plus du support papier traditionnel. La télévision elle-même devient un média de second plan, face au développement de l’informatique de poche par le biais de la téléphonie mobile.

Aujourd’hui la grande majorité des 25-50 ans accède à l’information par le biais de l’Outil informatique.

Qu’en est-il des corses ?

La Corse n’échappe pas à la mondialisation. Elle n’échappe pas non plus aux changements qui en découlent. Les corses appréhendent de plus en plus jeunes l’outil informatique, et il en va de même pour la téléphonie mobile. Dès lors, leur consommation de l’Information change elle aussi. Elle passe ainsi de plus en plus par Internet et les réseaux sociaux, qui eux-mêmes évoluent sans cesse.

La jeunesse, qui a très vite fait siens ces nouveaux outils, peine donc à trouver une information qui lui corresponde, faute d’un décalage entre ses habitudes et des médias traditionnels qui tardent à utiliser ces nouvelles ressources.

Si peu à peu tous y viennent, les médias insulaires peinent à se mettre à la page.

Quid des médias traditionnels insulaires

  • Presse écrite :

La Corse qui était particulièrement passionnée par la presse écrite s’en détourne peu à peu elle aussi (près de 500 titres de journaux ont été publiés dans l’île). En témoigne la disparition de nombreux titres au cours des 2 dernières décennies.

Seul quotidien réalisé dans l’Île, Corse-Matin – bien que déclinant – reste à l’échelle de la France la PQR (Presse quotidienne régionale) qui jouit du meilleur taux de pénétration, soit environ 60%. Le journal progresse peu à peu dans son usage des réseaux sociaux. Effet d’annonce apprécié : il publie chaque soir sa couverture du lendemain. Corse-Matin est actuellement fort de 33 000 followers (personnes qui suivent) sur Twitter et 20 000 tweets avec un ratio d’une trentaine de tweets/jour.

À noter que de nouveaux titres de presse écrite (Settimana nouveau supplément de Corse-Matin, le mensuel In Corsica, le mensuel gratuit Kurnos tiré à 80 000 exemplaires, le magazine culturel Eccu, etc.), sont néanmoins apparus ces dernières années, mais pour l’instant n’ont pas montré un usage « vaillant » des nouvelles technologies.

  • Radiophonie : RCFM et Alta Frequenza

Si Alta Frequenza, radio principalement sudiste, a bien pris le virage des nouvelles technologies (site internet d’informations bilingues, comptes Facebook & Twitter retranscrivant la grande majorité de l’actualité de la radio), RCFM (Radio Corse Frequenza Mora) n’a pas encore franchi ce pas. L’évolution du service public d’information s’est vue ralentie par un conflit social long, qui a gangréné la transition vers les nouveaux médias au sein de Radio France. Aujourd’hui encore Frequenza Mora en paye le prix, avec une rédaction qui vieillit, et semble de plus en plus déphasée par rapport à la réalité insulaire.

Alta frequenza : 10 000 tweets, 8500 followers, site internet bilingue alimenté au quotidien.
RCFM : 3000 tweets seulement, 8500 followers, site internet ancré dans francebleu.fr, peu alimenté.

  • Télévision :

ViaStella est au sein de France Télévision l’unité locale la plus développée (temps d’antenne dédié de loin supérieur en comparaison aux homologues continentales, production encore conséquente, etc.), et ce malgré une diminution progressive de la production de documentaires réalisés à l’interne, qui faisait un temps un la force de la chaîne.

Vis-à-vis de l’utilisation des nouveaux médias, il est intéressant de constater que Via Stella fournit un site internet alimenté, une présence accrue sur les réseaux sociaux et un service de « replay » permettant de suivre chaque journal (mais le lendemain de la diffusion…). Ce service permet aussi l’accès à des émissions phares de la chaîne, comme Cuntrastu entre autres.

Gros bémol quand même : les productions « internes » long format ne sont disponibles en replay  qu’une semaine. Si les pages restent en ligne, le contenu audiovisuel lui s’efface.

Via Stella sur Twitter : 20000 tweets, 24 000 followers.

Et les médias Web ?

Les médias web, ou médias internet sont ceux qui utilisent préférentiellement ou exclusivement Internet pour leur diffusion. Leur contenu peut être essentiellement composé de textes, sons, vidéos, émissions de télévision (webtv) ou de radio (webradio), etc.

Ces nouveaux médias qui se multiplient en France et partout dans le monde ont le vent en poupe. Devenus, dès 2014, le 2ème média de l’Hexagone en ce qui concerne les investissements publicitaires, le « Digital » devrait supplanter la télévision dès cette année.

L’un des intérêts premiers de ce nouveau traitement de l’information repose sur sa facilité d’accès, direct et H24 depuis un téléphone mobile. Ces médias web sont d’ailleurs souvent présents sur la majeure partie des réseaux sociaux, afin d’améliorer encore plus leur visibilité.

Autre point fort, le web permet un traitement de l’information différent, « multimédia »: un sujet initialement traité en presse écrite sous la forme d’un texte accompagné d’une photo, pourra ainsi être accompagné d’une vidéo, d’un son, ainsi que de liens vers d’autres articles ou sites complémentaires. Equipé en tout et pour tout d’un bon téléphone mobile, un web-journaliste pourrait théoriquement jongler librement entre l’écrit et la vidéo en passant par l’audio et la photo pour traiter son sujet. Une liberté dans ses choix de traitement de l’Information théoriquement bien plus grande donc, même si elle peut se heurter à une perte de qualité technique (Appareil photo > Téléphone ; Caméra > Téléphone ; Enregistreur Nagra > Téléphone) ou professionnelle[1].

En Corse bien que peu à peu apparaissent de nouveaux blogs, sites d’information et webzines, ils sont pour l’heure très peu nombreux et n’offrent que rarement ces « avantages » précédemment cités.

  • CorseNetInfos :

Corse Net Infos est actuellement le seul site d’information de type « Pure Player » (média de type « tout en ligne ») insulaire.

Fort de 8 millions de visites et 22 millions de pages vues en 2015, il est le 1er web media indépendant de Corse. Sur Twitter, il a à son actif 17 000 tweets et 12 000 followers.

Malheureusement, il est regrettable de constater un traitement de l’information « façon presse écrite » : absence totale dans chaque article de lien hypertexte complétant les données, d’infographie, de son ou de vidéo. Tout aussi regrettable : l’utilisation faite de twitter, avec une publication globale article par article « tous d’un coup », au lieu d’espacer ces publications dans la journée, ce qui offrirait une meilleure visibilité.

  • A Piazzetta : un média Corse qui réussit en alliant modernité et identité

Mettant à l’honneur la macagna, le trimestriel gratuit créé en 2007 est tiré à 15 000 exemplaires et disponible dans 500 points de diffusion. Son information décalée et en langue corse semble avoir aujourd’hui trouvé son public.

A Piazzetta est le média insulaire qui a le mieux pris – à son échelle – le virage des nouvelles technologies, en témoignent : son site internet qui est aujourd’hui fort de 50 000 visites par mois, ses 12 000 abonnés Twitter et ses 20 000 likes Facebook. Aujourd’hui A Piazzetta est bien plus suivie en ligne qu’en format presse écrite.

Nouveaux Médias, nouveaux usages ?

Les Nouveaux médias, pour prendre la définition la plus simple que proposait le chercheur Lev Manovitch (@manovich) dans son article originel “New Media from Borges to HTML” en 2003, sont les activités médiatiques (lui-même disait « artistiques ») qui reposent sur l’ordinateur.

Une définition qui est aujourd’hui déjà bien dépassée, du fait du développement ces 15 dernières années de la téléphonie mobile, et plus récemment de la multiplication des réseaux sociaux. Si Facebook et Twitter sont aujourd’hui connus de tous, d’autres outils sont disponibles afin de toucher le plus grand monde :

  • Youtube et dailymotion permettent de créer en quelques cliques de véritables webTv ;
  • Viber et Skype proposent de téléphoner au bout du monde ;
  • SoundCloud facilite l’hébergement et le partage de sons et interviews en ligne ;
  • En Corse Snapchat cartonne particulièrement : les 15-30 ans l’utilisent pour s’envoyer des messages privés ou publics, textes, photos, vidéos qui s’effacent juste après la lecture ou dans les 24h ;

Tous les ans de nouveaux réseaux sociaux émergent avec de nouvelles fonctionnalités.

Periscope par exemple est apparu il y a quelques mois, en créant un buzz autour de Serge Aurier : le joueur du PSG est vu dans une vidéo insultant son entraineur. Ce réseau social permet de transmettre en direct une vidéo géolocalisée, ainsi que de l’enregistrer pour une lecture ultérieure. Une personne souhaitant suivre un évènement dans un lieu précis peut ainsi y assister très simplement, en direct ou en décalé. Les bienfaits de son utilisation dans le cadre journalistique sont évidents : diffusion en direct de conférence de presse, interview ou papier, moindre coût… Mais les dérives sont elles aussi très facilement identifiables : droit à l’image, géolocalisation illégales, etc…

Si les réseaux sociaux peuvent donc apporter de nombreux avantages en matière d’accès à l’Information, le revers de la médaille peut aussi être effrayant. Certaines dérives quant à l’utilisation des réseaux sociaux découlent de leur code lui-même.

Ainsi, si Facebook lui aussi a mis en place très récemment la possibilité de diffuser une vidéo en direct, toute modération devient très vite compliquée.

Et plus tendancieux encore, l’algorithme de reconnaissance des amis potentiels de Facebook est d’une puissance étonnante. Fonctionnant comme un réel aspirateur à donnée, on peut se demander dans quelle mesure nos informations personnelles sont protégées…

Pour aller plus loin : l’algo plus flippant facebook.

En conclusion quels médias pour la Corse ?

Si le 21ème siècle offre de nombreuses nouvelles possibilités en ce qui concerne le traitement de l’Information, l’absence est notable dans l’Île de sites internet d’information utilisant pleinement ces nouvelles ressources.

La jeunesse, qui a très vite fait siens ces nouveaux outils, peine à trouver une information qui lui corresponde, faute d’un décalage entre ses habitudes et l’ensemble des médias insulaires. De fait, elle est bercée à la fois par une identité corse qui recule, et un monde moderne se mondialisant, fait d’interconnexions et en perpétuel changement.

Une modernisation de nos médias traditionnels, ainsi que le développement de nouveaux médias adaptés pourraient devenir une nécessité, seul rempart contre un désintérêt de l’Information et une acculturation qui s’étendent de manière aberrante en Corse au 21ème siècle.

Petru Ghjaseppu Poggioli

[1] « Des dérives professionnelles associées à l’émergence du webjournalisme telle que l’intensification des pressions commerciales ». Cf. Regards journalistiques sur le travail des rédactions en ligne, Amandine Degand, Chercheuse en communication à l’Université catholique de Louvain.

sites.uclouvain.be/rec/index.php/rec/article/download/8273/7313

 

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