CONTRIBUTION : NÉCESSITÉ DE METTRE EN PLACE UNE STRUCTURE RÉGIONALE DÉDIÉE À LA VALORISATION DE LA RECHERCHE

sciences

Dans un article précédent intitulé « CONTRIBUTION : RECHERCHE & DÉVELOPPEMENT, UNE CHANCE POUR NOS TERRITOIRES ? », nous avancions l’idée que miser sur une politique R&D structurée pourrait avoir une influence sur le développement économique de la Corse. Ainsi nous affirmions que : « Définir une Stratégie d’Innovation Régionale est un impératif si l’on ne veut pas courir le risque d’un éparpillement des efforts et donc d’un échec de cette dernière. L’Assemblée de Corse doit donc organiser la veille scientifique et technique et doit ainsi être en mesure de définir les « besoins » de notre territoire. L’Assemblée de Corse doit encore plus développer des outils pouvant piloter et coordonner les projets R&D en relations étroites avec les différents partenaires impliqués (universitaires, entreprises, laboratoires privés, etc.) ».

Nous pourrions ainsi prendre le pari fou de miser collectivement sur la plus-value qu’amèneraient à notre secteur économique des projets innovants.

Cet article essaye de poser les grandes lignes « pratiques » d’une telle démarche.

Ce qui existe déjà

Au niveau national français, il existe déjà des structures qui ont pour but de faire le trait d’union entre la recherche dite « académique » et les marchés économiques. Ces structures sont les SATT[1]. Les SATT sont des SAS[2] créées par plusieurs établissements de recherche publics dans le cadre du PIA[3], au sein de l’action « Valorisation ». Elles ont été créées afin de mettre fin au morcellement des projets et proposer une simplification des démarches aux chercheurs et aux entreprises. Ces SATT s’appuient sur des équipes professionnelles dédiées pour détecter et évaluer les inventions et les accompagner jusqu’au transfert vers une entreprise. Les SATT ont pour objectifs de : protéger les inventions, accompagner les projets jusqu’à leur adoption par les entreprises et surtout porter le risque financier inhérent à ces projets.

Adapter ce concept aux spécificités de la Corse

La Corse dépend de la SATT Sud Est [4] et a donc en charge le développement de la compétitivité des entreprises par l’innovation issue de la recherche des régions PACA[5] et Corse. Cette structure a le mérite d’exister… elle n’est pas suffisante si nous revoyons nos ambitions à la hausse ! En effet, si nous voulons structurer et encadrer une stratégie Régionale d’Innovation il est nécessaire de se doter localement d’autres outils plus spécifiques. Il ne faut pas perdre de vue que le fait de maximiser l’impact des résultats de la recherche permettra, de fait, la création d’emplois qualifiés dont notre île manque cruellement.

L’idée du guichet unique

La CTC[6] doit être la plaque tournante de cette politique de développement. Elle doit l’insuffler, la soutenir et la promouvoir. Pour cela, elle peut s’appuyer sur le réseau des SATT mais doit également mettre en place, en son sein, un service dédié (guichet unique) qui aura pour missions :

  • Action de veille

Il est primordial d’avoir une vision en temps réel de ce qui se fait ailleurs et surtout d’être en capacité de prévoir les domaines porteurs à court, moyen ou long termes. Action qui ne peut se mener qu’avec l’aide de personnes hautement qualifiées et capables d’avoir le recul nécessaire pour analyser des travaux issus du monde universitaire ou industriel.

  • L’identification et la gestion des projets innovants

Jusqu’à présent la R&D est surtout axée sur la volonté des chercheurs de « valoriser » leurs travaux. Dans le milieu scientifique, ceci reste assez anecdotique et très peu gratifiant. La recherche académique est beaucoup plus valorisée. Il faut donc trouver les moyens d’inciter ces chercheurs à se tourner vers cette valorisation. De même, les scientifiques ne sont pas enclins à « alourdir » leur quotidien avec des tâches administratives. Il faut donc leur fournir un soutien conséquent pour gérer, protéger et négocier les projets avec les entreprises. Identifier les « freins » qui existent et les contourner seraient déjà un pas vers des actions plus efficientes.

  • L’identification des partenaires éventuels et le transfert au monde économique

Lorsqu’un projet est identifié, il faut ensuite trouver les partenaires susceptibles de travailler ensemble. Ce guichet unique devra donc disposer d’une cartographie de l’offre de recherche tout en identifiant également les partenaires industriels. Pour cela, des actions de sensibilisation vers les chercheurs mais également vers le monde économique devront être menées. La difficulté de la tâche réside surtout dans le fait que ces partenaires n’ont pas les mêmes objectifs et ne « parlent » pas le même langage. Il faut donc être capable d’intervenir sur toute la chaine du transfert : du scientifique qui imagine un concept, au commercial qui doit vendre un produit.

Parlons de ce qui fâche : les finances

Si l’objectif d’un guichet unique est de simplifier le transfert des innovations provenant de la recherche vers le monde économique, ne pas prendre en compte l’aspect financier serait une hérésie. En effet, l’activité R&D est très risquée. Qui peut réellement prévoir qu’une idée issue d’un laboratoire de recherche, aussi prometteuse qu’elle puisse être, va obligatoirement déboucher sur un produit fini opérationnel et rentable ? Il faut donc mettre en place des procédures qui permettent aux entreprises de ne pas supporter le poids d’un éventuel échec. Oui, il faut prendre en compte cet aspect de l’activité car le pourcentage de projets « viables » est faible ! Néanmoins, la plus-value d’un seul projet innovant pour un territoire peut être déterminant pour son économie. Les procédures pourraient se décliner ainsi :

  • Prise en charge de toutes les dépenses par la collectivité pendant la durée du projet pour les entreprises existantes,
  • Apport de fonds pour les nouvelles entreprises dédiées uniquement au projet.

Pour ne pas que ce type de financements soient « détournés » de l’objectif initial, un contrôle régulier devra être fait par le guichet unique. Contrôle mené par une commission d’élus, de techniciens, d’administratifs ainsi que de « spécialistes » reconnus internationalement.

Conclusion

Miser sur l’activité R&D n’est pas une utopie. Ce n’est pas non plus la solution miracle ! Cela doit-être envisagé comme une activité supplémentaire, valorisante sur le plan économique et intellectuel. Si nous décidons d’investir dans le savoir mieux vaut être capables d’identifier les difficultés qui se présentent à nous. Décréter l’excellence est une chose, s’en donner les moyens une autre, l’atteindre est encore plus compliqué…

Jean-Louis Rossi

[1] Sociétés d’Accélération du Transfert de Technologies

[2] Sociétés par Actions Simplifiées

[3] Programme des Investissements d’Avenir

[4] http://www.sattse.com

[5] Provence-Alpes-Côte d’Azur

[6] Collectivité Territoriale de Corse

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