CONTRIBUTION : CORSE, CROISSANCE DÉMOGRAPHIQUE

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La Corse compte toujours plus d’habitants avec (proportionnellement). Selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee)  qui a publié les populations légales des communes, notre Île  connaît ainsi le taux de croissance démographique le plus élevé des “Régions de France métropolitaine”.

Au 1er janvier 2012, (recensement Insee), la Corse comptait 17.000 habitants de plus qu’en 2007 soit 316.257 habitants. Haute-Corse, 54%  de la  “population de  Corse” et 1,3  % de taux de croissance démographique. Corse-du-Sud, l‘augmentation est de 0,9 % . L’ïle a connu (2007-2012) une augmentation annuelle de 1,11% en moyenne, le double de la croissance moyenne hexagonale. Les chiffres que va donner bientôt l’INSEE montreront que le phénomène s’est poursuivi, voire amplifié depuis fin 2011.

Le solde naturel est quasiment nul : les décès (2920 en 2012) à peu près équivalent aux naissances (3010 en 2012), c’est donc le solde migratoire, “on s’en saurait douté”, qui explique cette  augmentation de  la démographie “insulaire”.

En 2040, selon une projection de l’Insee, si ces tendances démographiques se maintiennent, la Corse compterait 350.000 habitants, et elle connaîtra un vieillissement rapide de sa population qui deviendrait ainsi la plus âgée de France. En 2040, un “insulaire”  sur trois aura plus de 65 ans et un sur huit plus de 80 ans.

Dans tous les cas, quelle que soit l’origine de ces nouveaux arrivants qui vont pouvoir pour la plupart s’inscrire sur nos listes électorales et décider des choix pour la Corse à toutes les échéances électorales (à fortiori en cas de Référendum), la triste réalité est que l’apport de population extérieure à l’île se poursuit (à un rythme soutenu depuis l’an 2000) et que les Corses (d’origine ou d’adoption) sont de plus en plus minorisés dans leur pays (et ignorés en tant que peuple avec leurs droits sur leur terre), la Corse ne fabriquant plus de Corses, car n’en ayant plus les moyens réels.

La situation sociale dans l’île

Après la guerre de 40-45, jusque dans les années 70-80, l’île est un désert économique et l’exil est le seul recours à nombre de Corses pour échapper à la misère. La Corse est alors essentiellement rurale (70% de sa population vit dans l’intérieur). Les Corses sont majoritairement issus des classes populaires (paysannes et ouvrières) et seule une minorité d’entre-eux fait partie des notables et de la Bourgeoisie aisée (commerçants, professions libérales..). Les Corses dans leur immense majorité travaillent dur pour que leurs enfants, issus des classes populaires pauvres, connaissent un avenir meilleur.

Dans les années 80-2000, l’île connait une hausse globale de son niveau de vie, comme l’ensemble de l’Europe, tandis qu’un pseudo développement économique basé sur le tout-tourisme lui est imposé. C’est ainsi que nombre de familles hier pauvres, connaissent une amélioration de leur sort et atteignent un niveau de vie plus aisé, permettant à leurs enfants, au prix d’énormes sacrifices, de rejoindre les classes moyennes, notamment par des études (accession aux secteurs secondaire et tertiaire). La configuration socio-économique de l’île va changer en profondeur. L’urbanisation se développe (inversion au détriment de l’intérieur de l’île qui se vide). Une majorité de Corses, hier dans le besoin, va constituer le gros de la population aisée de l’île (classes moyennes). Du fait du développement économique imposé (Tout tourisme) un certain nombre de Corses, imitant des gens venus d’ailleurs vont eux-aussi s’enrichir par le bais de la spéculation et des Affaires en tout genre.

Les places laissées par les plus pauvres vont alors logiquement être occupées par des salariés venus d’autres contrées, dans le secteur primaire (agriculture et BTP..) puis secondaire et tertiaire avec le développement du tourisme (saisonniers ou autres plus sédentaires). Mais avec le tout tourisme et ses conséquences (constructions, travail saisonnier, immigration du sud et du nord..). Une colonisation de peuplement va s’implanter et se développer avec des personnes issues de classes sociales aisées (surtout françaises) venues chercher un meilleur cadre de vie et le soleil, qui vont investir dans les secteurs secondaire et tertiaire, ou prendre leur retraite dans l’île.

Mais avec l’évolution de l’économie (hausse du coût de la vie et des prix, baisse des retraites et des salaires..) et la crise touchant toutes les économies européennes, les conditions de vie vont peu à peu se détériorer occasionnant pour les Corses dans leur majorité de plus en plus de difficultés à trouver un emploi décent et pérenne, un logement, une formation, d’accéder au foncier dans leur propre pays. Ces difficultés vont alors toucher une majorité de familles corses ayant rejoint les classes moyennes mais qui vont alors connaître une régression sociale face aux difficultés rencontrées par leurs enfants confrontés à un avenir incertain dans leur propre pays.

Le résultat va être une « population corse » où les Corses sont majoritairement à la limite de la paupérisation (retraités, jeunes, chômeurs.. sur fond d’éclatement des familles) confrontés aux difficultés économiques et aux conditions de vie qui se dégradent (vivant sur les acquis des années 70-80). Seule une minorité d’entre-eux s’enrichissent toujours, alors qu’une trentaine de familles corses, reliées à un certain nombre de trusts financiers qui s’implantent dans l’île avec lesquels ils sont en cheville se partagent le gâteau du pseudo-développement économique imposé à l’île. Ses trusts les utiliseront comme relais (prête-noms, hommes de paille) notamment dans leurs relations avec le monde local de la politique et les institutions.

Quelques pistes de réflexion sur les évolutions depuis les années 80 :

Si au début des années de contestation (60-70) on pouvait parler de non-développement de l’île, de désert économique, on pouvait invoquer néanmoins, de façon paradoxale, une jeunesse qui, aspirant à revenir ou à ne pas quitter l’île, arrivait relativement facilement à trouver un emploi en Corse, le marché de l’emploi étant alors loin d’être saturé comme aujourd’hui. Au plan économique, l’île était tributaire des circuits administratifs publics où beaucoup de jeunes pouvaient trouver un emploi. La corsisation, hormis une partie de ces emplois réservés à des cadres venus de l’extérieur, était effective. Dans le privé, qui vivotait, une trentaine de « grandes familles corses » (héritières de possédants de patrimoines crées depuis plusieurs générations) se partageaient le marché et de facto, préféraient appliquaient « naturellement » une certaine corsisation des emplois, tant les réseaux familiaux et amicaux étaient omniprésents dans l’île. Le paternalisme, (pas toujours négatif, même si nombre de situations d’exploitation éhontée existaient)  régnait sur les relations salariés-patrons corses d’alors, ces patrons corses d’alors (entreprises de type familial)  étant proches des préoccupations de leurs employés qu’ils connaissaient ainsi que leurs familles depuis nombre d’années. D’ailleurs, même lors de grèves ou conflits plus ou moins durs dans l’île, les structures syndicales et socio-professionnelles regroupant ces petits patrons, artisans, commerçants, hôteliers, pécheurs, se retrouvaient souvent solidaires des luttes des salariés  (Isule Morte) aux côtés des mouvements régionalistes puis autonomistes.

Mais si dans ces années 70-80, les patrons corses embauchaient « naturellement » en priorité des Corses, ces attitudes “solidaires” au sein du peuple corse allaient évoluer et aujourd’hui c’est souvent le contraire.

Une nouvelle économie

Avec les années 80 et l’intrusion d’une nouvelle économie, basée sur le tourisme et le tertiaire, quelques familles de nouveaux riches corses se sont ajoutées aux propriétaires patrimoniaux existants, avec lesquels pour s’adapter et faire fructifier leurs patrimoines, ils allaient se rapprocher de circuits et sociétés commerciales ou financières extérieures ou internationales, servant même de prête-noms ou hommes de paille pour certaines,  alors que de plus en plus de gens venus de l’extérieur s’inséraient dans les nouveaux circuits économiques issus de la politique du tout-tourisme (agro-alimentaire, transports, circuits hôteliers, immobilier, commerce…) ou du tertiaire.

Une nouvelle gestion des ressources humaines

Un nouveau patronat et de nouvelles pratiques peu sociales :

Les relations salariés-patronat ont alors évolué, et si le paternalisme disparaissait de plus en plus, il allait être remplacé par une gestion des emplois et des salariés de type « capitaliste », pratiquée surtout par les nouveaux «jeunes» entrepreneurs ou patrons (modernes !!) qui, sacrifiant les relations sociales humaines, privilégieront un management de tout autre type. Le nouveau patron corse des années 80-90, (dans sa grande majorité) dans une nouvelle économie en Corse, qui désormais existait, même si on peut ne pas être d’accord avec le type de développement actuel imposé à l’île, s’inspirait désormais des méthodes de management pratiquées ailleurs, dont les maîtres-mots étaient compétitivité et rentabilité à tout prix, érigés en règle de fonctionnement et de gestion des ressources humaines même si les salariés, désormais malléables et corvéables à merci, étaient laissés pour compte. C’en était fini des relations humaines au sein  des entreprises. D’autant que nombre de ces entreprises au fil du temps étaient créées ou reprises par des personnes venues de l’extérieur (voir les listes des Chambres de commerce ou autres instituts consulaires), sans aucun lien ni avec la Corse, ni avec la culture, ni avec la langue, qui elles n’avaient aucun état d’âme.

C’est ainsi que malgré la petitesse de nombre de nos entreprises (une dizaine de salariés en moyenne) la plupart de celles-ci, sans doute rêvant aux entreprises du CAC 40, iront jusqu’à implanter le MEDEF, alors que les entreprises de ce réseau d’entrepreneurs emploient en moyenne des centaines de salariés. C’est ainsi que la « discrimination positive » au profit des salariés corses, acceptée et pratiquée naturellement jusqu’aux années 80 par les patrons corses, a été peu à peu abandonnée par le patronat de corse au profit d’une recherche à tout prix de rentabilité et de bénéfices, sans s’inquiéter des dégâts sociaux au sein de nombre de familles corses.  C’en était fini des petits syndicats d’artisans, commerçants ou entrepreneurs existant dans l’île dans les années 70-80, d’ailleurs souvent proches des revendications régionalistes/ autonomistes, appliquant de facto, par consensus naturel, la corsisation des emplois, préférant prioritairement embaucher de jeunes Corses.

Et c’est ainsi qu’une autre règle s’est de facto imposée, les Corses n’ont plus aucune priorité et même de façon plus ou moins officielle, beaucoup préfèreront embaucher des personnes venues de l’extérieur plutôt que des jeunes (ou moins jeunes) corses, réputés plus rétifs à certaines méthodes de management dignes des grandes multinationales. L’exemple le plus flagrant peut se voir en matière de formation professionnelle dans le secteur hôtelier ou touristique en général : alors que nombre de formations sont diligentées dans nombre de localités de l’île (Lycées, formations AFPA ou autres…) On trouve peu d’emplois pour les jeunes qui en sortent munis d’un diplôme. On peut se demander à quoi servent ces formations et que deviennent ces jeunes pourtant formés ?

Régression sociale : Vous avez dit, lutte des classes ? Ainsi, nombre d’entreprises de Corse sont gérées aujourd’hui par des «technocrates» souvent venus d’ailleurs et recrutés pour leurs qualités en matière de « gestion des hommes », appliquant les mêmes règles défavorables aux salariés en général et aux salariés corses en particulier, car voulant à tout prix appliquer les mêmes modes de gestion et de management que les grandes entreprises du CAC 40, adhérentes du MEDEF gérant pourtant, elles, des centaines de salariés. Le nouveau patronat ayant de facto des pratiques renvoyant à des méthodes d’exploitation faisant trop penser à  la réalité d’une lutte de classes au détriment de nombre de salariés, les conflits sociaux, dont beaucoup souvent nés simplement du non-respect de la législation sociale ou du code du travail, vont se multiplier, y compris au sein des administrations (de plus en plus décorsisées), alors qu’elles devraient donner l’exemple en matière d’application du droit du travail.

La Corse se développe depuis trente ans. Le tout tourisme crée des emplois et les jeunes corses peuvent vivre et travailler au pays !!!

Mais au profit de qui ?

Quels emplois ou formations pour la jeunesse corse ?

31 décembre 2014 : Nombre total de chômeurs sur l’île : 21.309 personnes (hausse de 1,1% par rapport à novembre). En un an, le chômage a progressé de 13,5%. Dans l’Hexagone, le nombre de demandeurs d’emploi inscrits en catégorie A, B et C croît de 0,8% par rapport à novembre 2014, soit + 6,4% en un an. Aucune catégorie d’âge n’est épargnée : Hommes, femmes, jeunes ou seniors…. Chez les hommes, il croît de 1,2% sur un mois (+16% sur un an) et pour les femmes de 1,1% sur un mois (+11,3% sur un an). Il augmente aussi chez les moins de 25 ans de 0,8% (+6,3% sur un an) et de 1,1% pour les 25-49 ans (+12,7% sur un an). Chez ceux de 50 ans et plus, il croît aussi de 1,6% (+20,7% sur un an), augmentant plus sensiblement en Corse-du-Sud (+2,2%) qu’en Haute-Corse (+0,2%). En Haute-Corse, la hausse sur un an est de +15,1%, contre 11,6% pour la Corse-du-Sud

Août 2015 : Les chiffres du chômage, comme prévisible, traduisent une nouvelle hausse du nombre de demandeurs d’emplois dans l’ïle : Le nombre de demandeurs d’emploi toutes catégories confondues a augmenté de 0,8 % en un mois et s’élève à 22 421 personnes.  Lenombre de demandeurs d’emploi de catégories A, B et C s’établit à 22 421fin août 2015. Un nombre en augmentation de 0,8 % par rapport à fin juillet.
(Corse-du-Sud est + 1,1 % – Haute-Corse + 0,5 %).

Décorsisation !

Il y a une décorsisation de plus en plus criarde au niveau de l’emploi en Corse. Certains pointent du doigt l’arrivée massive de fonctionnaires non corses dans les administrations… Oui, c’est vrai, mais il faut aussi balayer devant notre porte. C’est facile de critiquer la décorsisation des emplois dans les administrations « françaises » mais quid des promotions mirobolantes ou clientélistes (piston) dans certaines administrations para-publiques telles les grosses mairies, la CAPA, les conseils généraux ou la collectivité de Corse… Là on ne dit rien et les socio-professionnels et entrepreneurs corses (ou de corse) qui dans le privé, recrutent de préférence des gens venus d’ailleurs sans donner la préférence aux locaux. Il y en même malheureusement qui se disent nationalistes mais ils n’emploient que des gens de l’extérieur..

Des emplois pour les CorsesLa corsisation des emplois, une chimère ?

D’abord une application stricte de la notion de corsisation des emplois locaux, à partir de la définition du peuple corse que j’ai déjà énoncée plus haut. Ensuite se battre avec une structure efficace à mettre en place : une véritable agence de retour des Corses de l’extérieur (du monde entier) ou de leurs descendants qui souhaitent revenir chez eux ou retrouver la terre de leurs ancêtres. Mais cette aventure ne se fera pas individuellement, il faut des moyens d’accompagnement pour leur trouver logement, emploi, formation, crèches, services psychologiques pour les accompagner dans la vie quotidienne et les aider à s’acclimater à leur nouveau mode de vie et à la société corse d’aujourd’hui…Par ailleurs, il faudrait que les mouvements nationalistes mettent en place une ANPE parallèle (cela avait été tenté fin des années 80 avec une association Aiutu corsu..) où seraient centralisées toutes les offres et demandes d’emplois que les Corses transmettraient et charge ensuite aux mouvements tous ensemble d’appuyer les démarches et les candidatures… Sinon, tout se passe en cachette, le Pôle emploi ne fait aucune différence entre les locaux (c’est même souvent le contraire) et ceux qui débarquent ou viennent exprès pour prendre des places. le tout par internet et souvent avec des conditions favorables même aux installations des nouveaux promus…

La triste réalité économique

Mais au-delà, quand les responsables politiques et les décideurs économiques dans l’île accepteront-ils de voir la réalité en face…. au lieu de se gargariser de la “prétendue bonne santé de l’économie dans l’île” (sans préciser qu’elle est tributaire d’une économie touristique avec les constructions de résidences secondaires et d’un tourisme de masse, la Corse ne récoltant que des miettes et subissant beaucoup d’inconvénients), “de l’accroissement de la création de nouveaux commerces ou entreprises”, dont une majorité saisonnière, (sans préciser le nombre des liquidations et fermetures à la fin de chaque saison estivale), et en arrêtant de se donner bonne conscience se  prévalant du nombre de touristes transportés en augmentation chaque année, ou s’abritant derrière les grandes messes organisées régulièrement pour l’emploi ou la formation “pour la jeunesse corse” dans l’île, où l’on jette en pâture quelques emplois, une goutte d’eau au vu du nombre de demandeurs ?

Lorsqu’on analyse les circuits de formation dans l’île et les chiffres du chômage, on retombe malheureusement sur la triste réalité.

Quelles sont les offres d’emploi  et dans quels secteurs d’activités

  1. Service en restauration 2. Personnel de cuisine 3. Aide agricole de production fruitière ou viticole 4. Nettoyage de locaux 5. Personnel d’étage 6. Services domestiques 7. Plonge en restauration 8. Maçonnerie 9. Café, bar brasserie

Vous avez dit formation « pour les jeunes Corses » ?

Voilà les offres mirobolantes pour nos jeunes ! Qu’en pensent nos universitaires et tous nos décideurs politiques et économiques, et à quoi servent aujourd’hui nos circuits de formation professionnelle « au service de la jeunesse corse » ? Sans porter un quelconque jugement de valeur sur ces métiers proposés, il faut reconnaître que pour notre jeunesse, du moins celle issue de l’Université, ce n’est pas forcément la panacée, surtout connaissant les conditions de salaires (rémunération moyenne tourne autour du SMIC, offrant de faibles possibilités de promotion) et de travail difficiles. De plus le besoin de formation dans ces secteurs n’est pas très important. Ces emplois sont majoritairement occupés aujourd’hui par des travailleurs saisonniers. Ce sont des emplois à l’antichambre de la précarité, voire de l’exclusion. D’où les problèmes de logement et les difficultés à joindre les deux bouts pour ceux et celles qui en Corse, réussissent à obtenir un emploi dans ces métiers [1]. D’où aussi le refus de nombre de jeunes Corses, dont nombre de diplômés de l’Université ou issus des circuits actuels de la formation professionnelle dans l’île de les accepter et le retour à l’exil pour nombre de jeunes Corses [2].

Et avec le peu d’engouement des jeunes Corses envers ces emplois, « pour nos dynamiques socio-professionnels, entrepreneurs et commerçants », – parmi lesquels, (au-delà des adhérents du MEDEF, le grand patronat français), et même si leur entreprise est une PME, petite et moyenne entreprise, comme la majorité de celles de l’île –  certains gèrant ces entreprises de plus en plus selon les méthodes des entreprises du CAC 40, sans états d’âme envers leurs salariés, et bien sûr sans privilégier les salariés autochtones, car les jeunes Corses bien entendu « ne veulent pas travailler », ou « parce qu’ils ne trouvent personne sur l’île »,  bien entendu l’appel à une main-d’œuvre extérieure. Les embauches s’orientent vers des populations plus fragilisées, saisonnières ou venues d’ailleurs, et l’île du fait de sa notoriété touristique accueille de plus en plus d’exclus européens (quart monde français) et d’immigrés venus d’Europe de l’Est, d’Afrique et du Maghreb fuyant la misère de leurs pays, espérant trouver avec le soleil, le bonheur chez nous, y gagnant toujours plus que dans leurs pays d’origine, en attendant mieux une fois installées chez nous car ne repartant plus en grande majorité. Le tout aboutit à une situation sociale inquiétante, une population composée de Corses connaissant de plus en plus de difficultés et une population extérieure croissante déracinée et totalement déconnectée des problématiques politiques corses, aux conditions de vie difficiles.

De plus dans ces métiers le besoin de formation étant faible, les circuits de formation professionnelle de l’île se mettent au diapason. C’est ce qui explique que même un organisme tel que l’AFPA dont l’ingénierie et les compétences en matière de formation professionnelle sont pourtant reconnus, au lieu de laisser ces formations à d’autres circuits de formation, s’occupe même de vouloir former des demandeurs d’emplois, arrivés dans l’île très récemment et ne parlant même pas le français (à plus forte raison le Corse) voire totalement illettrés, tirant irrémédiablement la formation professionnelle « au service de la jeunesse corse », vers le bas !

Vivre et travailler en Corse [3]  !

Dans les années 70, c’était le rêve de nombre de jeunes Corses, exilés pour leurs études ouleur travail, qui sont revenus et le moteur de leur engagement dans la revendication corse durant ces années-là. Mais peu à peu la politique du tout-tourisme (et de non-développement, malgré aujourd’hui une certaine croissance en demi-teinte) s’est imposée, et ce même sans que nos élus puissent le décider, car tout était décidé hors de l’île. Cette politique du tout-tourisme s’est ainsi imposée et a tout changé en Corse, y compris nos valeurs, notre façon de vivre et de voir les choses. Et l’on en subit aujourd’hui les résultats dramatiques pour notre société et l’avenir de nos jeunes.

Au départ, il était question du tourisme, secteur à développer au même titre que l’agriculture, l’artisanat, l’agriculture, ou les services. Puis peu à peu, le a été avalisé et promu moteur du développement, et toute l’économie s’est organisée autour des quelques mois de la manne touristique (BTP et transports de masse, léthargie l’hiver et attente de la saison estivale avec ces millions de touristes prévus ou espérés, et en matière d’emplois des emplois saisonniers pour les locaux… puis très vite, on a préféré faire appel à une main- d’œuvre saisonnière venue de l’extérieur car plus malléable et plus compréhensive au plan des salaires et des conditions de travail que la population autochtone..

Alors comment s’étonner au-delà de ces offres d’emplois que les demandes des entreprises cadrent totalement avec ceux des demandeurs [4] :

Les éternels débats sur le développement de l’île

C’est ainsi aussi que depuis 40 ans, de grands penseurs ou de grands décideurs politiques ou autres nous brouillent les esprits en permanence sur les solutions économiques à appliquer dans l’île (en matière de formation, d’emploi ou autre) comme si nous traitions d‘un continent, alors que nous sommes 320000 hab. (tout juste un petit quartier de Marseille). Le résultat de 40 ans de développement économique est là : + 22000 chômeurs et une conomie basée sur un seul secteur éconoique, le tourisme qu’on ne maîtrise même pas et qui profite surtout globalement à des intérêts extérieurs, la Corse n’en récoltant que des miettes et tous les inconvénients liés à ce genre de développement, à l’exemple de la crise des déchêts, sans compte les impôts locaux en perpetuel augmentation… Et ce alors que peut-être tout simplement une réflexion plus réaliste et moins prétentieuse pourrait nous laisser entrevoir les clés d’un développement économique plus harmonieux et plus judicieux, plus équilibré spatialement et sectoriellement, dès lors que les intérêts des entreprises et des salariés seraient plus complémentaires, et que les bénéfices de ces nouveaux patrons ne seraient pas tout à fait incompatibles avec une plus grande justice sociale et une meilleure répartition des richesses et des bénéfices entre la majorité des habitants de l’île ?

Pour une petite communauté comme la nôtre, les solutions en faveur d‘un autre développement existent. Les potentialités énormes dans tous les secteurs d’activités pour notre ile qui dispose de nombre d’atouts, à condition qu’on cesse de réfléchir dans ce domaine comme si nous étions des millions de personnes. Alors réfléchissons en fonction de notre réalité et revenons sur terre. Refusons le tout-tourisme et la dépendance ! Ce qui est possible ailleurs dans le monde l’est aussi en Corse. Développer la Corse n’est pas utopiste. Refusons le fatalisme. Si nous voulons préparer sereinement notre avenir en tant que peuple sur sa terre, il faudra nécessairement parler aussi d’économie et de social.

Mais pour cela il faut exiger que tout développement économique mette nécessairement les Corses et le peuple corse au centre du débat.

Quel développement et au profit de qui ?

Ce doivent être aujourd’hui les questions essentielles à se poser si l’on veut réellement parler d’avenir pour les Corses sur leur île. Sinon, l’avenir se fera au profit des trusts de la finance et du tourisme et au profit d’autres venus d’ailleurs [5].

Avons-nous encore la possibilité et la force de mobilisation pour changer tout cela. Au-delà des avancées acceptées, à défaut d’être encore obtenues, au plan des institutions, de la langue… accepterons-nous que l’avenir offert à notre jeunesse au plan social et économique soit l’asservissement au tourisme de masse ou l’exil ? Nous ne voulons pas pour toute perspective d’emploi pour nos jeunes le refuge trop rassurant de la fonction publique, en sachant que le piston et le favoritisme y sont toujours plus présents et que nombre de postes sont réservés désormais à d’autres venus d’ailleurs, car y compris dans la fonction publique ou territoriale, la décorsisation avance.  Nous voulons pour eux un avenir digne et des emplois décents et en rapport avec leurs diplômes ou leurs qualifications, ce qui est malheureusement de plus en plus impossible si de nouvelles orientations économiques ne sont pas privilégiées et si le tourisme demeure le moteur de notre éonomie.

Véritable décentralisation ou déconcentration « centralisée »

Se pose aujourd’hui aussi la question de la décentralisation que d’aucuns confondent avec une politique camouflée de déconcentration « centralisée » (on donne d’une main un semblant de compétences qu’on reprend ensuite d’une autre main en décidant ailleurs des véritables enjeux et des réponses apportées aux problèmes locaux). Les exemples en la matière sont nombreux. De telles pratiques de décorsisation se retrouvent dans nombre d’organismes publics, et à plus forte raison dans nombre de sociétés ou entreprises privées, où les décisions sont imposées à partir de l’extérieur, malgré les votes récents de la Collectivité territoriale de Corse en matière de Décentralisation, surtout lorsque au sein de ces structures économiques n’existent pas des syndicats organisées et combattifs.

De grandes sociétés (du secteur privé)  et les administrations avec des fonctionnaires de passage (secteur public ou semi-public) aggravent la situation de l’emploi dans l’île en menant visiblement de façon systématique, et simultanément dans nombre de  secteurs différents, une violente politique de décorsisation des emplois.

Pourtant des Corses compétents et qualifiés (jeunes, moins jeunes ) sont là sur le marché du travail. Face à un tel mépris des aspirations corses, l’ensemble des nationalistes et des Corses doivent s’inquieter pour l’avenir de leurs enfants (issus des circuits de formation ou de l’université). La mobilisation s’impose pour mettre un frein à de telles pratiques en matière d’emploi dans l’île. Cette mobilisation doit imposer l’accès à l’emploi pour les Corses (priorité d’emploi à compétences égales sur tout emploi vacant dans le public ou privé). 

Corsisation des emplois et langue corse

Pour revenir au problème de l’emploi pour les Corses, un sujet qui dans les faits ne semble plus trop le souci premier de nombre de ces entreprises «modernes et compétitives », ne pourrions-nous pas par exemple, demander, surtout nous les nationalistes,

–  A tous ces patrons, nouveaux entrepreneurs, « socio-professionnels », dont certains se plaisent à dire qu’ils sont proches de nos idées et qu’ils les soutiennent, d’embaucher en priorité des corses qui parlent corse

–  A nos institutions, – sans attendre éternellement, une ratification des langues minoritaires par la France, qui si elle est nécessaire, n’est sûrement pas suffisante pour sauver notre langue- , de créer, comme au Pays basque, un certificat de langue corse d’un certain niveau qui permettrait aux employeurs d’appliquer de facto, une « discrimination positive » en faveur de nos salariés ou demandeurs d’emplois corses . Au vu du nombre d’associations, d’entreprises, de structures économiques, d’institutions qui se gargarisent de signer des conventions sur la langue corse avec la Collectivité territoriale, cela devrait être relativement faisable et rapidement.

– A nos instituts consulaires (CCI, Chambres des métiers ou d’agriculture) de favoriser la corsisation des noms d’entreprises en tous genres qui se créent, (car il y a de moins en moins de noms de commerces ou autres en Corse), de favoriser des formations pour les salariés des circuits commerciaux ou artisanaux leur permettant de connaître un minimum de noms de produits corses qu’ils sont appelés à commercialiser, et d’organiser des campagnes d’information  auprès de leurs clients en les informant qu’il est possible de parler corse dans leurs entreprises ou leurs commerces.. La liste de ces propositions d’actions est loin d’être exhaustive, si la volonté politique est là.

Pierre Poggioli 

[1] A noter qu’en Corse, les salaires « décents »  sont par rapport à a la moyenne française de 20% moins élevés. Et le coût de la vie y est en moyenne 20% plus cher.

[2] www.fiore-corse.net/index.php?page=metiersporteurs

www.francebleu.fr/infos/emploi/ingenieurs-et-informaticiens-sont-les-métiers-les-plus-porteurs-en-ile-de-France- En Île de France par exemple, les métiers les plus porteurs sont ingénieur et informaticien, mais aussi le secteur des arts du spectacle, de l’industrie ou de l’agro-alimentaire. Mieux encore, à l’échelle mondiale, malgré la crise, les métiers les plus recherchés sont les ingénieurs et les commerciaux. Etude: les emplois les plus difficiles à pourvoir en France … http://www.latribune.fr/…/actu…/les-dix-metiers-les-plus-recherchés-en-france-… 29 mai 2013- En 2013, travailleurs manuels, ingénieurs et commerciaux sont les …  

[3] A lire l’intéressant article de Massimu Poli, « Blog de Massimu », Média-part..21 mai 2014

[4] http://www.fiore-corse.net/index.php?page=metiersporteurs : L’emploi en Corse : Quelques sources d’information pour mieux connaître le marché du travail. Besoins de main d’oeuvre en Corse pour l’année 2013. Etude réalisée par Pôle emploi et le CREDOC(Centre de Recherche pour l’Etude et l’Observation des Conditions de vie).

Les tensions du marché du travail en Corse : Décalages entre demandes et offres d’emploi enregistrées à Pôle emploi en Corse en 2009. Diagnostic réalisé sur 10 catégories professionnelles par bassin d’emploi. Les 10 métiers les plus recherchés

par les entreprises  : 1. Service en restauration ; 2. Personnel de cuisine ; 3. Aide agricole de production fruitière ou viticole ; 4. Nettoyage de locaux ; 5. Personnel d’étage ; 6. Services domestiques ; 7. Plonge en restauration ; 8. Maçonnerie ; 9. Café, bar brasserie

par les demandeurs : 1. Vente en habillement et accessoires de la personne ; 2. Secrétariat ; 3. Service en restauration ; 4. Personnel d’étage ; 5. Personnel de cuisine ; 6. Services domestiques ; 7. Nettoyage de locaux ; 8. Assistance auprès d’enfants ; 9. Conduite et livraison par tournée sur courte distance.

[5] A noter dans le BTP, au-delà de quelques entreprises corses bien implantées, l’augmentation du nombre de petites et moyennes entreprises portugaises qui employant surtout des ressortissants portugais. Cela s’est remarqué notamment lors de la manifestation des socio-professionnels de l’extrême-sud «mobilisées» à Ajaccio en début d’année pour demander l’application du PLU de Porto-Vecchio qui venait d’être retoqué, car très impliquées dans la construction des résidences secondaires proliférant à Porti-Vecchju et Bonifaziu…

 

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