LE GRAND INQUISITEUR DE TOLÈDE SÉVIT-IL ENCORE EN CORSE ?

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De quoi nous parle t-il ? Quel inquisiteur ? Tolède ? En Espagne ? Oui cher lecteur le Grand Inquisiteur ici évoqué, est celui décrit par le grand écrivain Fédor Dostoïevski dans son ouvrage intitulé « Les frères Karamazov ».

Voici brièvement résumé, le chapitre intitulé qu’il lui consacre.

Nous sommes à Séville, en Espagne dans les années 1500. C’est là, alors que chaque jour s’allument des bûchers à la gloire de Dieu, qu’Il a choisi de revenir.

Il apparaît sans se faire remarquer, mais tous le reconnaissent. Silencieux, il passe au milieu de la foule avec un sourire d’infinie compassion. Son cœur est embrasé d’amour et ses yeux dégagent la lumière. Il s’arrête sur le parvis de la cathédrale au moment où l’on dépose le cercueil d’une enfant. La mère se jette à ses pieds : « Si c’est Toi, ressuscite mon enfant ! ». Il prononce une fois encore TALITHA KOUMI (traduction en fin de texte) et la jeune fille se lève.

À ce moment passe le grand inquisiteur. C’est un nonagénaire au visage desséché et aux yeux caves où luit encore une étincelle. Il a tout vu et ses yeux brillent d’un éclat sinistre. Il le désigne du doigt et ordonne aux gardes de le saisir. Si grande est sa puissance et si grande est l’habitude qu’a le peuple à se soumettre, que la foule s’écarte et que dans un silence de mort les soldats l’emmènent et le jettent dans un sombre cachot.

La nuit venue, dans les ténèbres, la porte s’ouvre et paraît le grand inquisiteur, un flambeau à la main. Il s’approche et lui dit : C’est Toi, Toi ? Pourquoi es-tu venu nous déranger ? Est-ce toi ou son apparence ? Mais demain je te condamnerai et tu seras brûlé. Le Prisonnier ne dit rien et se contente de le regarder.

L’Esprit de la destruction et du néant, t’a tenté par trois fois dans le désert et tu l’as repoussé.

Tu as d’abord refusé de changer les pierres en pain, c’est-à-dire que tu as refusé de fonder ta parole sur le miracle.

Tu as ensuite refusé de te jeter depuis le pinacle du temple en demandant aux anges de te sauver, c’est-à-dire que tu as refusé de fonder ta parole sur le mystère.

 Tu as enfin refusé de régner sur tous les royaumes du monde, c’est-à-dire que tu as refusé de fonder ta parole sur l’autorité.

Tu as dis aux hommes que tu voulais les rendre libres. Eh bien nous avons achevé cette œuvre en ton nom mais nous l’avons corrigée. Nous l’avons fondé sur le miracle, le mystère et l’autorité. Et les hommes ont humblement déposée leur liberté à nos pieds et ne se sont jamais sentis aussi libres que jusqu’à présent.

Et dire que tu voulais aller les mains vides, en prêchant aux hommes une liberté que leur sottise les empêchent de comprendre, une liberté qui leur fait peur, car il n’y a et il n’y a rien eu de plus intolérable pour l’homme et la société ! C’est pour devancer cette demande que nous avons restauré le miracle, le mystère et l’autorité.

L’inquisiteur se tait, attendant la réponse du prisonnier qui l’a écouté tout le temps en le fixant de son regard calme et pénétrant. Tout à coup, le prisonnier s’approche du nonagénaire et baise ses lèvres. C’est toute sa réponse.

Le vieillard tressaille, ses lèvres remuent. Il ouvre la porte et dit «Va-t’en et ne reviens plus, plus jamais ! ». Et il Le laisse aller. Le baiser lui brûle le cœur, mais il persiste dans son idée.

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 Ceux qui croient au ciel connaissent l’argumentation développée par Dostoïevski, car elle est issue de la « parabole des tentations » telle que rapportée par l’Évangéliste Matthieu.

Pour ceux qui ne croient pas au ciel, quelques précisions méritent d’être apportées, sur la vision du Grand Inquisiteur.

Si les pierres avaient été changées en pain, les hommes auraient accouru, tel un troupeau docile, reconnaissants et tremblants avant que cette main miraculeuse ne se retire. Mais en disant que l’homme ne vit pas seulement de pain, Il n’a pas voulu le priver de la liberté, estimant qu’elle était incompatible avec l’obéissance achetée par des pains. Pour le Grand Inquisiteur les hommes sont incapables de se rendre libres. Aussi décide t-il de les nourrir et d’exiger d’eux qu’ils soient vertueux.

Si le saut depuis le pinacle du temple avait eu lieu, les hommes auraient compris que Dieu devait agir à la place de l’homme. Mais en refusant de se jeter, Il a refusé d’exiger que Dieu fasse tout à leur place. Il désirait une adhésion qui soit libre et non pas fondée sur le mystère. Pour le Grand Inquisiteur les hommes sont des pantins sans consistance, incapables de supporter les joies et les peines de la vie. Aussi décide t-il de rassurer l’homme dans l’épreuve en instaurant le mystère au travers du dogme.

Si le glaive de César avait été saisi les hommes auraient trouvé sur la terre un maître devant qui s’incliner, un gardien de leur conscience et le moyen de s’unir en une commune fourmilière. Mais Il n’a pas souhaité les dominer. Pour le Grand Inquisiteur les hommes incapables de se rendre libres et incapables de supporter les vicissitudes de la vie doivent disposer d’un maître. Aussi décide t-il de s’emparer de l’autorité, du glaive de César, afin que les hommes lui obéissent.

Quel lien y a-t-il entre ce récit, cette argumentation, la Corse et la question qui figure en titre ?

Le lien réside dans le fait que ces trois notions, miracle, mystère et autorité, sont présentes en Corse. Les notions de liberté et de la vertu y sont proclamées, mais…..le Grand Inquisiteur, qui agit chez nous sous le Masque du Politicien, quelle que soit sa couleur idéologique, a aménagé ces trois notions.

 1 – L’aménagement de la notion de miracle en terre de Corse

La notion de miracle existe de deux manières. La 1ère qui devrait prédominer consiste à changer les pierres de la solitude face aux épreuves de la vie en pain de réconfort et de soutien grâce aux autres hommes et aux institutions.

Mais souvent le soutien passe par une aide sociale, l’attribution du RSA, l’accélération d’un dossier face à l’urgence d’une situation.

Et alors intervient la 2ème forme du miracle : celle du circuit de connaissance politique, celle du soutien d’intérêt. Elle conduit à changer les pierres du besoin en lien d’obligation, en obéissance achetée par ces pains.

Or le processus du changement des pierres en pain ne fonctionne en sa plénitude que s’il est alimenté par le seul carburant en mesure de lui donner son sens : AGAPÈ au sens grec, CARITAS au sens latin et FRATERNITÉ en République.

Et ce changement n’exige rien en retour. Il a lieu parce qu’il rencontre un certains nombre de paramètres tels la difficulté dans laquelle se trouve l’autre et le respect qu’il implique.

Pour paraphraser Simone Weil, bien souvent « nous pensons que l’autre nous doit ce que nous imaginons qu’il nous donnera ». Dans le processus de changement de pierre en pain « il nous faut remettre toute dette ». Mais allez donc expliquer ce processus aux Grands Inquisiteurs de Tolède…pardon de Corse.

2 – L’aménagement de la notion de mystère en terre de Corse

Le Politicien corse, copiant le dogme ecclésial et avec le concours d’une longue tradition administrative a construit un système d’entrée, de passerelles, de connaissances, de lenteur du circuit administratif, d’absence de communication.

Il s’agit quasiment d’un processus initiatique à l’image des mystères d’Eleusis, dans la Grèce ancienne. L’avancée du dossier, de la demande sera dévoilée petit à petit, comme une lente ascension vers le saint Graal.

Le Grand Inquisiteur de Tolède…pardon de Corse, n’aura cesse que de maintenir son pouvoir discrétionnaire dans un lent dévoilement, si tant est que l’issue en soit heureuse.

Mais allez donc expliquer aux Grands Inquisiteurs de Tolède…pardon de Corse, que la République est fondée sur l’ÉGALITÉ des droits et devoirs……

3 – L’aménagement de la notion d’autorité en terre de Corse

Dès lors que les notions de miracle et de mystère sont détournées, les conditions sont requises pour installer une kyrielle de roitelets, des maîtres « devant qui s’incliner ».

Et malheureusement ce comportement est devenu d’une extrême banalité en Corse, de la plus petite commune à la plus grande collectivité de Corse.

Si l’on en croit les anciens grecs, Thucydide en l’espèce, les hommes exercent tout le pouvoir dont ils disposent. C’est comme du gaz qui se répand au sein d’une éprouvette pour en occuper tout l’espace.

Or la notion d’autorité consiste à ne pas occuper tout l’espace et à laisser du vide, afin que les autres puissent s’épanouir dans cet espace libre de pouvoir, de Kratos, bref à restituer de la LIBERTÉ.

Pour reprendre une formule de Simone Weil : « Dieu et toutes les créatures, cela est moins que Dieu seul ». (Posez l’inéquation et vous comprendrez !). Cela signifie en termes républicains, qu’une fois posée l’existence des autres, l’autorité doit leur permettre de s’accomplir.

Dans le cas contraire l’autorité deviendra idole : « Quittez vos dieux, adorez les nôtres » disaient déjà les vainqueurs aux peuples conquis.

Que conclure pour la terre de Corse ?

Dostoïevski pensait que le processus qu’il décrit se perpétuait jusqu’à la fin des temps.

Il pensait que les dieux disparus, on se prosternerait devant les idoles. C’est fait ! Nombreux sont ceux qui se prosternent d’une manière ou d’une autre devant les Grands Inquisiteurs de Tolède….pardon de Corse.

Il pensait que des hommes rebelles furieux, se détruiraient eux-mêmes. C’est fait ! Certains se sont détruits au sens premier du terme au sein de mouvances politiques marquées par la proximité.

Il pensait que d’autres faibles, se traîneraient aux pieds des Grands Inquisiteurs de Tolède….pardon de Corse, en criant qu’ils ont raison. C’est fait ! Les 22 000 chômeurs et les 64 000 personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté n’attendent que le fait du prince pour espérer sortir des difficultés.

Les rédacteurs de ce blog pensent qu’il faut en terminer avec ces Grands Inquisiteurs qui sévissent encore en terre de Corse. Ils pensent qu’il faut restituer leur sens plein et entier aux notions de FRATERNITÉ, d’ÉGALITÉ et de LIBERTÉ, qui sont une interprétation républicaine de ce que rejetait Celui qui est cité dans la « parabole des tentations » au travers du refus du miracle, du mystère et de l’autorité.

Et vous cher lecteur, en conscience, qu’en pensez-vous ?

NB : TALITHA KOUMI araméen qui signifie « jeune fille, lève toi, je te le dis »

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