RIPIGLIÀ FIATU !

Je viens de refermer le livre de Pierrot POGGIOLI, intitulé GIRANDULATA MURTALE aux éditions FIARA.

La fois dernière où j’ai éprouvé un sentiment identique de voyage, c’était au cours de la lecture de La Douane de mer de Jean d’Ormesson.

Loin de moi l’idée de vouloir comparer les deux auteurs, ce serait irrévérencieux, tant pour l’un que pour l’autre.

L’académicien m’avait fait faire un voyage dans le temps, où les Ming côtoyaient Napoléon et le grand Khan poursuivait Alexandre le Grand. Il m’avait également fait faire un voyage dans l’espace où sa prose promenait le lecteur que j’étais à travers mers et continents.

Pierrot vient de m’offrir un voyage plus modeste certes, mais ô combien riche, rafraîchissant et enchanteur.

Il m’a fait revivre mon enfance, faite de l’extraordinaire du quotidien, depuis l’école, les vacances, les jeux, la cueillette des châtaignes, les noisettes volées, les cigarettes achetées « per babbu », les « mudoni » (châtaignes séchées et tendres) distribués pour la Noël, les bains dans la rivière, les fêtes religieuses, ma grand-mère « parturidora », la neige rompue pour que nous puissions nous déplacer « a rotta », « a suppa di pasta e fasgioli », la fête après avoir rentré le bois et celle qui suivait l’abattage du cochon.

Et que dire alors de ma fierté partagée avec mes cousins lors de l’enterrement de ma grande mère : « stu colpu simu i primi daret’à a cascia ». Quelle innocence devant le grand départ !

Son héros n’a ni le destin de la Dame de Bunifaziu, ni celui de Sambucucciu, ni celui de Pasquale Paoli.

Son héros a le grand destin, la magie de la vie quotidienne, celle qui a fait notre jeunesse. Il a le destin de la Corse qui nous a construit. C’est grand et magique à la fois.

Et puis que dire de la fin, avec une belle, tendre et douce histoire d’amour. « Paulucciu » — âme pure — rencontre un quantum d’énergie. C’est beau, simple, merveilleux, attendrissant.

J’ai donc fermé le livre, et comme le héros, accroché ma veste et me suis glissé dans mon lit.

Une larme coulait sur mon visage : celle de l’enfant que j’étais redevenu.

Ghisoni, le 19 juillet 2017, face au Kyrie Éleïson

Roger MICHELI

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